26 novembre 2007

Qui est journaliste ?

Avant, la chose était claire: était journaliste qui écrivait ou travaillait à la rédaction d'un journal. Point.

Daniel Lemay

Pour Rodolphe Morissette, il n'y a jamais eu de doute. Et personne n'a sourcillé, samedi soir, quand le père de la chronique judiciaire au Québec a reçu le prix Judith-Jasmin Hommage, au congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), qui s'est terminé hier.

Homme de peu de mots, M. Morissette a raconté sa première journée au Devoir, alors dirigé par Claude Ryan. «Quand je suis arrivé à la rédaction après ma première affectation, Louis-Gilles Francoeur m'a demandé si j'avais déjà fait du journalisme. J'ai dit non. Il a dit: «C'est pas compliqué. Dans le premier paragraphe, qui s'appelle le lead, tu mets les éléments les plus importants de la nouvelle. Tu racontes ensuite le reste comme si tu parlais à ta mère.» Rodolphe Morissette, agrégé de philosophie, a pris sa retraite en 2006 après 22 ans comme chroniqueur judiciaire au Journal de Montréal. Une belle carrière. De journaliste.

Avant d'honorer son prestigieux lauréat, la FPJQ avait passé une bonne partie de son congrès à se demander, justement, qui est journaliste et qui ne l'est pas. Un blogueur qui échange des opinions avec les internautes est-il journaliste? Un panéliste a rappelé que, des quelque 12 millions de blogueurs aux États-Unis (le nombre de web logs dépasserait les 50 millions dans le monde), 34% se disent journalistes. Dans le Petit Robert, l'acception la plus vaste du mot journaliste se lit ainsi: «3. Personne qui s'occupe de l'information dans un système de médias.» Le mot-clé: information.

Le congrès de la FPJQ proposait des tables rondes sur des thèmes comme Photographe à tout faire, Journaliste tout-terrain ou Qu'est-ce que les journalistes ont que les autres n'ont pas? Les congressistes, plus jeunes que jamais, ont discuté de «journalisme citoyen» et de «média social», d'«inforéalité» et d'«agrégation de contenu», une approche qui, a expliqué Marie-Lyse Paquin, éditrice en chef de Yahoo! Québec, est basée sur «le partage de l'espace entre amateurs et professionnels». Cela pose d'emblée la question du contrôle et de la modération ou, comme elle le disait, de l'«automodération».

Sur le même thème, Philippe Brochen, secrétaire de rédaction à Libération - le seul grand quotidien de France qui n'appartienne pas à un «grand groupe industriel» -, a rappelé que «Libé» avait décidé de s'ouvrir aux réactions des internautes, considérées en général comme «plus agressives et haineuses que positives». Et qui est journaliste en France? Quiconque détient une carte de presse. La source des revenus constitue le critère de base: qui tire plus de 50% de ses revenus d'activités journalistiques - par opposition à activités de communication - peut obtenir une carte de presse.

L'émergence des «multiplateformes», par ailleurs, presse le journaliste traditionnel à se faire photographe ou caméraman, quand ce n'est pas monteur ou preneur de son. Inversement, le caméraman pourrait trouver avantage à parfaire ses techniques d'entrevue et de reportage. Ce mélange des genres, évidemment, ne va pas sans effet sur la formation, la répartition des tâches et le contrôle de la qualité. Sans parler de la diversité des sources, un grand cheval de bataille de la fédération.

«Il faut se demander qui est journaliste», a lancé François Bourque après son élection à la présidence de la FPJQ, samedi. Tout en écartant le virage corporatiste, le chroniqueur du Soleil a évoqué la création d'un «sceau» professionnel. Vaste projet de réflexion.


25 novembre 2007

S’informer ou attendre d’être informé

Je reviens donc du congrès de la FPJQ à Québec où (voir le post précédent) la profession a admirablement défendu le droit du public à l’information.

(...)

Une lectrice, « Fragments », a publié ce commentaire, récemment, sur mon blogue : Le journalisme Québécois de nos jours remplace les vieilles matantes mal commodes sur le perron de l’église. Ils s’occupent à provoquer et alimenter la zizanie sur des petits riens tout nus qui ne sont pas important. Trop d’entrevue et de sensasionnalisme sur des sujets inusités et pas intéressant. Je trouve que je suis très mal informée et ça contribue malheureusement à me garder ignorante. Désolée Patrick, ta profession mérite un bon coup de fouet. Le manque d’éthique devient endémique.

Ce à quoi Bozappa a répliqué : Sachez choisir la source de l’information et non pas juger de celle qui vous convient ou pas. En 2007, 
on a le choix. Il y 10 ans , un reportage de presse internationale provenant de France nous parvenait avec 6 mois de décalage. Aujourd’hui , ce même reportage nous est parvenu simultanément via internet , partagé par moults commentaires provenant de partout sur la belle bleue . J’ai le droit et le privilège de me renseigner donc, je suis.

Je penche du côté de Bozappa. Je l’ai dit, lors d’un panel à l’Institut du Nouveau Monde, en août, à une participante qui s’estimait mal informée par les medias, surtout sur l’actualité international : « C’est parce que vous vous informez mal, Mademoiselle. » Parce qu’aujourd’hui, en 2007, désolé, on peut s’informer à des milliers de mamelles. Nous ne sommes plus prisonniers du bulletin de 18h et du journal du matin.

Aujourd’hui, on peut consulter, en temps réel, des sources réputées, diversifiées, ciblées, taillées sur mesure pour nos intérêts, nos goûts. BBC, AFP, New York Times, El Pais, Le Monde, Al-Jazeera, whatever, faites votre choix. Tout est disponible, en ligne. C’est l’Afrique qui vous branche ? Je suis sûr qu’il y a quelque chose, quelque part, pour vous éclairer.

Même chose ici, au Québec. Si un sujet vous intéresse, il y a moyens de diversifier ses sources d’info, de comparer, de soupeser, de pousser plus loin. Évidemment, si vous achetez UN journal, ou que vous écoutez UN show du matin, ou que vous regardez RDI dix minutes, non, vous ne serez pas bien informé. Idem dans l’opinion : entre Le Devoir, Le Soleil, le JdeM, La Presse, The Gazette, le Globe et tous les autres : il y a de la variété. Vous me faites mourir de rire quand vous dites le contraire.

Comme dit Bozappa : J’ai le droit et le privilège de me renseigner. J’ajouterais : la responsabilité. Mais en 2007, on peut s’informer. On n’a pas à attendre de l’être.


Commentaires

C’est de la déresponsabilisation de votre part. Dire que VOUS avez la responsabilité de vous renseigner et que moi en tant que journaliste cela me dédouane de faire un travail intègre c’est trop facile.

Oui nous avons la responsabilité de nous renseigner, mais cela n’empêche pas le fait que parler d’une minitre qui fait 110 sur le métropolitain (c’est la vitesse du traffic lorsqu’il n’y a pas de bouchon) c’est du jaunisme. Cela n’a rien à voir avec le débat. c’est de l’anecdotique.

Mais ça fait vendre et aujourd’hui c’est le seul critère important d’une nouvelle. Je ne dis pas qu’il n’y a plus de journaliste honnête, je dis seulement qu’il faut nourrir la bête et que cela crée un billet énorme dans le traitement de la nouvelle.

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C’est assez significatif qu’au lieu de défendre la qualité de ton journalisme, tu as choisi d’expliquer qu’on peut allez lire autre chose. Donc, ton approche est à prendre ou à laisser, et si les consommateurs n’aiment pas ton produit, ils peuvent bien en trouver un autre. Réponse très offre et demande, qui explique en même temps pourquoi les scribes sont si accros à la polémique ces jours-ci : ils travaillent dans une sorte de capitalisme sauvage de l’information. Le supercarburant de cette économie est le sensationnalisme. Pourquoi écrire un article nuancé quand on peut faire dans la formule-choc et créér une belle polémique qui va faire parler de toi et peut-être donner lieu à d’autres articles et sûrement à quelques billets de blogue ?

Ce que Pozappa dit est surtout bon pour l’information internationale et ne tient pas compte du fait que le public ne pas fouille pour ses nouvelles. Le public a déjà bien assez de misère à ouvrir un journal et à regarder les nouvelles en soirée : il ne fera pas une recherche sur Google chaque fois que quelque chose le préoccupe. Et pour ce qui se passe au Québec, Google est largement une perte de temps, puisque nous sommes loins d’avoir une multitude de sources d’information qui rendrait cette recherche informative.

Les journalistes, surtout ceux qui sont à l’emploi des grands organes de presse, doivent donner l’exemple par leur rigueur. Avec les journalistes-blogueurs, nous avons droit à une sorte de journalisme hyper-personalisé qui peut-être intéressant, mais qui peut facilement devenir déficitaire en faisant du journaliste LA nouvelle. C’est divertissant, bien sûr, mais sommes-nous mieux informés ? Bonne question.

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Je crois qu’il faut faire attention avant de dire que la facilité d’accéder à l’information aujourd’hui fait en sorte de remettre la responsabilité de bien s’informer dans les mains de l’auditeur, pour plusieurs raisons.

Premièrement, trop de gens prennent pour acquis que de surfer sur le net est quelques choses qui est facile pour tout le monde, ce n’est pas vraiment le cas. Bien des gens se fit encore aujourd’hui au source d’information conventionnel (journaux, radio, télé) pour s’informer.

Deuxièmement, s’il est vrai qu’on peux trouver plusieurs sources d’informations au niveau international facilement, ça devient plus difficile de dénicher des sources d’informations localement, autre que ceux qui appartiennent au réseau conventionnel déjà existant. Bref, on nous sert sur le web les mêmes trucs qu’on nous sert dans les médias conventionnel aussi.

Troisièmement, même parmi ceux qui surfent le web, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui encore la grande majorité de la population écoute les bulletins de nouvelles à la télévision, malgré le fait que les informations sont restransmises très souvent sur le net, simplement par commodité. Il est plus facile d’allumer son téléviseur ou de lire les journaux que de se mettre à cliquer et a feuilleter sur le web. Il faut se rapeller qu’un journal demeure plus facile à apporter qu’un portable dans un autobus ou dans le métro.

Bref, si oui le web permet de mieux s’informer, je crois qu’encore aujourd’hui on ne réalise pas a quel point les médias conventionnel, et ceux qui en font parties, ont un impact majeur sur les nouvelles qui occupent nos vies et la perception du monde de la majorité de la population. On aimerait tous croire qu’on est plus intelligent que ça pour ne pas se laisser influencer ou qu’a l’inverse le fait d’exprimer son opinion ou le ton dans la présentation d’une nouvelle lorsqu’on est journaliste ne signifie pas pour autant qu’on veux que les gens pensent comme ça, il n’en demeure pas moins qu’a ce niveau, on vie aujourd’hui dans une société qui a n’a généralement pas vraiment le temps de se développer une opinion étant donnée justement la grande quantité d’information avec laquelle on se fait bombarder.

Je crois qu’aujourd’hui, à cause de la grande quantité d’information disponible et le fait que les gens ne peuvent se permettre de développer une opinion sur tout, le milieu journaliste se doit de redoubler ses efforts dans la qualité et l’impartialité de la présentation de ces nouvelles.

Ce n’est pas demain matin la veille qu’un site de nouvelles sur le web, qui couvre les nouvelles du Québec, va dépasser les sites de Cyberpresse, Canoe (JDM,TVA), Radio-Canada et autres affiliés aux médias déjà connus.