25 novembre 2007

Pour en finir avec les excuses

Le cardinal Ouellet est tout étonné de la réaction des Québécois à ses excuses. Il s'est excusé pour tout ce que l'Église nous a fait de pas correct. Tout en affirmant que l'Église est ce qu'il y a de mieux pour nous. À quoi s'attendait-il? Les excuses, c'est comme les coups de poing, ça fait toujours plus de bien à celui qui les donne qu'à celui qui les reçoit.

D'abord, c'est quoi, une excuse? Selon le dictionnaire, c'est une manifestation physique ou verbale visant à abolir la culpabilité résultant d'une faute, d'un manquement vis-à-vis quelqu'un.

On a 5 ans. Notre grand frère nous donne un coup de poing dans le ventre. On braille. Notre mère arrive :

« Qu'est-ce qu'il se passe ?

Bouhou! Y m'a donné un coup de poing dans le ventre ! Bouhouhou !

Bertrand, excuse-toi !

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Si tu t'excuses pas, tu vas aller dans ta chambre !

Je m'excuse.

C'est beau.

Comment ça, c'est beau??? C'est pas beau! J'ai un gros bleu sur le ventre et je pleure encore. Mais mon frère est libre comme l'air. C'est pas juste. On apprend jeune à haïr les excuses.

Bien sûr, plus la faute est grave, plus les excuses deviennent difficiles à accepter. Vous revenez à la maison après le party de Noël du bureau: "Chérie, je m'excuse, mais je t'ai trompée avec la secrétaire.» Ça m'étonnerait que vous passiez les Fêtes. Malgré vos belles excuses.

«Excuse» n'est pas un mot magique qui efface tout. «Excuse» est plus une protection pour celui qui le prononce.

Prenons une faute vraiment mineure. Vous êtes au téléphone avec votre meilleur ami. Soudain, il a un autre appel. Il vous dit: «Attends une seconde.» Il revient 15 minutes plus tard en disant: «Excuse-moi! Je t'avais oublié.» Il était mieux de dire «Excuse-moi!» Sinon, vous auriez été en ta... Vous lui répondez: «Ça va, ça va...» Mais dans le ton de votre «ça va, ça va», vous faites sentir que ça va pas tant que ça. Que 30 secondes de plus et vous lui auriez raccroché au nez. Au nez qui était ailleurs.

Lui, il sait qu'il a été impoli. Il ne vous avait sûrement pas oublié. Il savait que vous étiez en carafe, mais il trouvait le deuxième appel plus important que le vôtre. Alors il vous a laissé sécher. Pour se sentir moins coupable, il revient en s'excusant. Mais vous, ça ne vous redonnera pas vos 15 minutes perdues à attendre.

Vous vous sentez dindon, mais vous continuez la conversation. Trop souvent, quand quelqu'un s'excuse, c'est comme s'il vous niaisait une deuxième fois.

Il y a pire. Il y a les gens qui s'excusent en même temps qu'ils commettent la faute. Vous attendez dans une queue chez le nettoyeur. Une personne pressée, mais dont le linge ne l'est pas encore, passe devant vous en disant «excusez-moi». Comme si «excusez-moi» était un permis pour tout faire. Un écusson de police. Un laissez-passer V.I.P. Tassez-vous, je m'excuse. Wô! Excuse-toi pas, reste en arrière! Arrêtez de vous excuser et apprenez à vivre !

Pour qu'une excuse ait un tant soit peu d'effet sur la personne qui la reçoit, il faut que la personne qui la présente soit d'une totale sincérité. Bref, que le poids de sa culpabilité soit comparable au poids de sa faute. Alors là, on est quitte. Mais les gens qui s'excusent le font plus par opportunisme que par réelle culpabilité. C'est pour enlever les effets négatifs que leur faute pourrait avoir sur eux-mêmes qu'ils se résignent à s'excuser.

Toujours à ce même party de bureau, vous avez envoyé paître votre patron. Vous vous excusez. Pour sauver votre job. Uniquement. Vous pensez chaque mot que vous avez prononcé. Et vous lui rediriez tout ça le jour où vous gagneriez à la 6/49.

Bref, ça fait 10 000 ans que l'homme s'excuse à outrance. Et les excuses en sont venues à valoir moins que le dollar américain. Il faut trouver autre chose. Une autre façon d'effacer ses erreurs. Bien sûr, il y a les cadeaux.

Que fait un mari quand il se sent vraiment coupable? Il envoie des fleurs à sa femme. Le cardinal Ouellet aurait pu envoyer des fleurs à chaque Québécois. L'odeur des roses nous aurait fait sentir sa volonté repentante. Mais bien sûr, tous les cadeaux du monde ne peuvent pas tout faire pardonner.

Il n'y a qu'une façon au fond d'être pardonné, c'est de changer.

Mais changer, c'est tellement plus difficile que de s'excuser.

Quand le pape s'appellera Ginette 1re, l'Église n'aura pas besoin de s'excuser.

Sur ce, je voudrais m'excuser auprès de tous ceux que cette affirmation pourrait offenser.



caricature : Serge Chapleau, La Presse, 24 novembre