18 mars 2007

Papier électronique : la révolution est à nos portes
Alain Brunet
Près d'un millénaire après l'invention de l'imprimerie (en Chine aux alentours de 1100 et non en Europe en 1440, par l'Allemand Johannes Gutenberg), les techniques de reproduction de l'écriture vivent un nouveau départ. En 2007, le papier électronique fera son entrée spectaculaire en Occident.
Le papier classique amorcera sous peu son inéluctable déclin. N'ayez crainte, ce n'est pas pour demain la veille, on résistera encore longtemps à ce progrès, mais Bien sûr, on vous dira que l'écran d'ordinateur et les nouveaux lecteurs connexes (baladeur numérique, téléphone portable, etc.) n'ont pas réussi à supplanter le papier jusqu'à maintenant. Or, ce nouveau papier électronique a toutes les chances d'y parvenir.
Compact, convivial, intelligible, «réinscriptible», durable, résistant à l'eau, nettement moins énergivore que l'écran d'ordinateur, doté de fonctions cognitives qui permettent notamment de scruter les comportements des lecteurs afin d'en améliorer les contenus préférés, lu à la lumière comme un livre ou un journal, utilisable partout où on peut lire normalement, le e-paper finira tôt ou tard par s'imposer auprès du grand public.
D'abord mis au point au Massachusetts Institute of Technology (MIT), le concept d'encre électronique améliore sensiblement les conditions de lecture d'un texte ou le visionnement d'une image fixe.
« L'écran d'ordinateur produit une déperdition de 70% de l'activité cérébrale consacrée à la lecture, comparativement à la lecture du papier. Autrement dit, un certain nombre de phénomènes (balayage, scintillement, etc.) perturbent la lecture des ordinateurs personnels et autres outils numériques pourvus d'écrans. Or, le papier électronique n'engendre pas cette déperdition », soulève le Parisien Bruno Rives, président de Tebaldo, l'observatoire des technologies émergentes, qui a exposé sa vision, mardi dernier, à Montréal.
Voilà donc l'argument massue, le papier électronique reproduit les conditions de lecture du papier classique, avec en prime les atouts de l'ordinateur: fonctions cognitives, possibilités de zoom et de fenêtres, variétés de modes d'alimentation des contenus (wi-fi, bluetooth, etc.), option de stylet qui restaure l'écriture à la main, haute résolution de l'image (200 à 400 points par pouce), on en passe et des meilleures.
Bruno Rives se montre d'autant plus optimiste sur les potentialités du papier électronique parce qu'il permettra aux professionnels de l'imprimerie de migrer vers les nouveaux métiers inhérents à cette technologie, même ceux qui fabriquent le papier classique et ceux qui l'impriment, car ils peuvent adapter leur savoir-faire à ce nouveau support.
Qui plus est, les considérations environnementales favoriseront assurément une croissance rapide du papier électronique: cette technologie s'amène sur une petite planète qui ne peut plus fournir assez d'arbres pour suffire à la demande des marchés émergents en papier classique. Alors? Journaux, magazines, livres et textes de toutes sortes seront bientôt bouleversés par cette technologie qui deviendra essentielle aux pratiques de l'écriture et de la lecture. Et que dire des lecteurs !
LEXIQUE
L'encre électronique
D'abord mis au point au Massachusetts Institute of Technology (MIT), le concept d'encre électronique consiste en l'émergence d'une multitude de microcapsules d'encre sur une surface plane. Commandées par un logiciel, ces microcapsules reconstituent textes et images. Pour l'instant, la technologie permet d'exploiter commercialement les teintes de gris et de noir, mais la couleur devrait être fin prête à être mise en marché au plus tard en 2008. La durabilité de l'affichage et la consommation infime d'énergie de l'encre électronique (aucune dépense d'électricité lorsque le texte est apparu) en sont les avantages fondamentaux.
Les formats de papier électronique
Les formes de papier électronique s'annoncent déjà variées : le lecteur générique, le papiercontenu, le papier électronique vierge, pour reprendre les catégories avancées par Bruno Ives. Plus précisément, le e-lecteur avec écran est un support de lecture comparable au ebook, mort dans l'oeuf il y a quelques années, comme on le sait. Secundo, le papier numérique est une feuille de plastique semi flexible ou encore plus souple, assortie d'un dispositif de transmission et de lecture de contenus. Tertio, le papier électronique vierge pourra remplacer le papier d'entreprise (utilisé à outrance comme on le sait) ou encore constituer le matériau principal d'un nouveau type d'affichage commercial. Et l'on ne compte pas les autres utilisations de l'encre électronique: surfaces aimantées pour les électroménagers, montres- bracelets, cartes bancaires ces dernières pourraient aussi exploiter la technologie e-ink, ce qui permettrait à l'utilisateur un affichage de son état de compte en temps réel.
Les lecteurs
IRX, une filiale de Philips, a lancé il y a un an le modèle de lecteur rigide The Illiad, avec option de stylet, dont l'autonomie sans électricité de six à huit heures pourrait être jugée trop restreinte. Ce lecteur intègre néanmoins une liaison sans fil.
Lancé en novembre 2006 au coût de 350$ US, le e-reader de Sony comporte une surface rigide de lecture, 8 gigaoctets de mémoire (ce qui équivaut à environ 500 romans) et jouit d'une connexion à une banque de données d'environ 10 000 titres gérée par Connect, un service de Sony comparable à l'iTunes Music Store et qui comporte une librairie virtuelle.
Mis au point par la firme française Ganaxa, qui en a coordonné la création avec différents partenaires, le lecteur du journal économique Les Échos coûtera 350 euros aux abonnés français il sera vendu au prix coûtant. La première version du e-lecteur aura 8mm d'épaisseur, la seconde 5mm et on prévoit une version semiflexible dans deux ans.
Polymer Vision, une filiale de Philips, mettra en marché cette année le Cellular Book, un lecteur dont le papier électronique s'enroule et se déroule, ce qui en fait un outil compact, comparable au téléphone portable. Le Cellular Book sera connecté en temps réel à ses sources d'information.
18 mars 2007

E-papier : croissance phénoménale en Chine
Alain Brunet
Selon Agathe Zou, consultante pour la firme française Ganaxa, on assiste en Chine à une croissance fulgurante de la lecture de textes numérisés.
«D'après une étude du Centre chinois de l'information sur Internet, la lecture de textes "traditionnels " n'a cessé de chuter au cours des dernières années pendant que le taux de lecture non traditionnelle a connu une croissance très rapide, c'est-à-dire cinq fois plus qu'en 1999. Depuis six ans, la lecture de contenus numérisés est passée de 3,7% de la population à 27,8%. Jusqu'à maintenant, 148 000 titres ont été numérisés pour le marché chinois, comparativement à 80 000 aux États-Unis. Si seulement 9100 exemplaires (virtuels) ont été lus en 2001, 10,5 millions d'exemplaires l'ont été en 2005.»
La presse écrite, nous apprend la spécialiste chinoise, participe activement à cette nouvelle aventure du papier électronique. «L'Administration générale de la presse et de l'édition accompagne plusieurs groupes de presse en ce sens. Le Liberation Daily, le Yantai Daily et le Ningbo Daily, par exemple, commencent à distribuer des e-lecteurs à leur clientèle.»
On s'applique, par ailleurs, à fournir aux Chinois des outils créés en Chine. En outre, Mme Zou indique que l'implantation massive de la lecture numérisée touche d'abord le réseau scolaire chinois. «Une société créée par l'université de Beijing, le ministère de l'Éducation a entrepris d'offrir des e-lecteurs aux étudiants chinois. Cette initiative du gouvernement a d'abord été motivée par la difficulté de plus en plus grande de s'approvisionner en papier traditionnel.»
Les réseaux de libraires chinois participent également à cette émergence. Mme Zou évoque l'exemple d'un seul réseau de librairies qui compte 9 millions de clients ayant accès à un catalogue complet de livres numérisés.
18 mars 2007
Alain Brunet
Le Japon, paradis de la haute technologie, ne va pas manquer le bateau du papier électronique.
«Il y a au Japon de plus en plus d'expérimentation, développement et commercialisation du papier électronique», explique la consultante nippone Haruko Tsujita, invitée virtuellement mardi dernier à parler aux participants montréalais des Rencontres sur le papier électronique.
«Le ma rché japona is du papier électronique, soutientelle, est déjà considérable. D'un chiffre d'affaires de 2,6 milliards de yens en 2003 il passera à 19,9 milliards de yens (200 millions CAN) en 2008, ce qui représente une croissance de 2193%.»
Haruko Tsujita cite plusieurs exemples d'entreprises pionnières dans ce nouveau marché. Matsuhita-Panasonic a lancé le e-lecteur Words Gear. Seiko- Epson est à fabriquer du papier électronique à haute définition. Hitachi teste actuellement dans les trains japonais un affichage commercial fondé sur la technologie du papier électronique.
Soft Bank Telecom investit dans le petit affichage commercial, pendant que Nec/Toppan s'applique à concevoir de plus grands panneaux publicitaires. Fujitsu est en train de mettre au point un papier électronique pour s'adapter à différents reliefs. Astrec conçoit une nouvelle technologie de marquage au sol et Xerox est à mettre au point des photographies à base d'encre électronique.