10 janvier 2007

André Désiront
Seul hôtel de Québec affilié à la chaîne des Relais & Château, l'Auberge Saint-Antoine a ouvert ses portes en 1992, dans un ancien entrepôt de l'îlot Hunt, un pâté de bâtiments érigés dans le Vieux-Port au début des années 1700.
Comme des fouilles archéologiques menées sur les lieux ont permis de dégager quelque 5000 objets abandonnés au cours des quatre siècles d'histoire du quartier, la famille Price, propriétaire de l'établissement, a décidé d'en faire un hôtel-musée, le seul du genre au Canada. Normal, pour une famille qui a elle-même contribué à écrire une page de l'histoire de la ville et du Québec! La compagnie fondée par William Price en 1810 est devenue sous les noms successifs d'Abitibi-Price, puis d'Abitibi-Consolidated, le plus important fabricant mondial de papier journal.
Dans les chambres et dans des vitrines aménagées dans les couloirs de l'hôtel exploité par ses descendants, on peut aujourd'hui admirer plus de 700 objets des pièces de vaisselle, de porcelaine ou de verre, pour la plupart restaurés par le Centre de conservation du Québec. Chacun des six étages de l'hôtel est dédié à un des anciens propriétaires et on y expose des objets datant de son époque.
L'Auberge Saint-Antoine n'est pas le premier hôtel-boutique implanté dans ce quartier de la basse ville contigu à la place Royale et adossé à la falaise sur laquelle se dresse le Château Frontenac. Il a été précédé par Le Priori, qui a colonisé un édifice du XVIIIe siècle de la rue Saint-Pierre. Un autre établissement réputé a suivi : le Dominion 1912, propriété de la famille Germain. Sur la même rue, les Gilbert, une famille de promoteurs immobiliers très connus à Québec, inauguraient peu après l'Auberge Saint-Pierre dans un édifice patrimonial jadis occupé par une compagnie d'assurances.
Juste à côté, la même famille a ouvert, l'an dernier, le 71, un hôtel haut de gamme de 40 chambres aménagé dans une ancienne banque. «Nous sommes allés chercher une clientèle différente de celle de la haute ville, explique Sonia Gilbert, directrice générale de l'hôtel 71. Elle est essentiellement composée de Montréalais, gens d'affaires ou touristes, qui connaissent Québec et qui savent qu'ils trouveront dans le croissant composé par les quartiers du Petit-Champlain et du Vieux-Port quelques-uns des meilleurs hôtels et des meilleures tables de la ville.»
Des tables propulsées au sommet de la liste des établissements les plus branchés de la Vieille Capitale! Outre le Laurie Raphaël, dont le copropriétaire, Daniel Vézina, est, avec Normand Laprise, le chef le plus médiatisé du Québec, le quartier abrite l'Initiale (lui aussi affilié à la chaîne Relais & Château), l'Échaudé, le Toast, le Panache, sans oublier ce populaire bistro classique qu'est le Café du Monde. Si les hôteliers, les restaurateurs et les galeristes se sont appropriés ces deux rues parallèles que sont Saint-Pierre et Sault-au-Matelot, les antiquaires ont colonisé la rue Saint-Paul qui, comme les deux précédentes, converge vers la place de la FAO.
Non loin de là, le quartier Saint-Roch, longtemps considéré comme la principale poche de pauvreté du Québec, renoue avec la prospérité. Plusieurs boutiques haut de gamme ont accroché leurs enseignes rue Saint-Joseph. Elles y côtoient des restaurants tendance comme L'Utopie ou le Clocher Penché. Deux promoteurs immobiliers, Jean Campeau et Geneviève Marcon, ont relevé le pari de transfigurer la rue Saint-Joseph pour en faire l'artère commerciale la plus élégante de la ville. «Ils ont racheté et rénové les bâtiments qui bordent plusieurs tronçons de la rue et ils refusent systématiquement les propositions que leur font les grandes chaînes comme Aldo, les Ailes de la Mode et d'autres, parce qu'ils veulent uniquement louer les locaux à des boutiques haut de gamme», explique Daniel Gagnon, directeur des communications de l'Office du tourisme et des congrès de Québec. C'est ainsi que le plus grand magasin Hugo Boss du Canada, s'est installé rue Saint Joseph, près de Peak Performance, une boutique de luxueux vêtements de sports, non loin de Baltazar et de Villa, des magasins d'objets et de meubles griffés.
Les commerçants, restaurateurs et hôteliers haut de gamme du croissant constitué par les quartiers du Petit Champlain, du Vieux-Port et de Saint-Roch se sont regroupés au sein d'une association baptisée la Clique («groupe de personnes qui s'unissent pour intriguer», précise-t-on sous la raison sociale de l'association). Et eux intriguent pour attirer les touristes dans cette basse ville de Québec, qui a longtemps vécu dans l'ombre des quartiers perchés en haut de la falaise. «Ils ont réussi, car le croissant est aujourd'hui fréquenté par un segment de clientèle plus jeune, intéressée par le luxe», constate Daniel Gagnon.