12 juin 2007

Dessiner la vie

Vous le connaissez déjà. Chaque semaine, il anime les pages de votre hebdomadaire avec des vignettes humoristiques de l’actualité. Vous rigolez peut-être aussi à la vue de ses caricatures dans Le Trente,The Gazette,Les Affaires,le Journal du Barreau du Québec, ou L’Actualité médicale. Voilà que Pascal Élie se lance dans le merveilleux monde de la littérature pour enfants et sort deux petits bijoux d’un coup, Le rêve de Djak et Djak à la mer, publiés aux chouettes Éditions de la Bagnole.

Geneviève Allard

L’idée de sortir ces aventures pour enfants aux allures de bandes dessinées est née au fil du temps. «Il y a quelques années, je faisais des bandes dessinées, en plus de la caricature dans L’Express d’Outremont, [où il a commencé sa carrière dans les hebdos en 1993] qui s’appelaient les Ultramontais. Je faisais des tranches de vie des gens d’Outremont», dit-il.

Chaque vignette se terminait par un «punch». «J’en avais fait une où le petit garçon demande un éléphant à ses parents parce qu’il se dit que s’il demande plus gros, il obtiendra plus petit. Et un chien, c’est ce qu’il désire», rigole l’artiste originaire d’Outremont, décrivant ici brièvement la trame de son livre Le rêve de Djak.

Pour le deuxième livre, Pascal Élie s’est inspiré de son frère aîné qui avait déjà dit à sa mère qu’il ne souhaitait pas retourner à l’école après les grandes vacances parce qu’«il était déjà allé l’année dernière». De là, le caricaturiste diplômé en droit a fait travailler son imagination et a cherché avec son angoissé et attachant Djak, des moyens de gagner sa vie sans travailler.

De l’inspiration
Le résidant de Westmount a décidé de se diriger dans la littérature pour enfants, un peu pour se sortir du carcan de la caricature, métier passionnant mais très demandant. «Tous les jours, je fais au moins deux caricatures d’actualité et il s’agit donc de réinventer la roue à chaque jour. J’adore ça, mais il y a de la pression et il faut avoir une idée. Je dis toujours que je sors des idées comme d’autres fabriquent des saucisses, il faut que ça roule, c’est essoufflant. Écrire pour les enfants, ça me repose. Je peux éteindre ma radio, fermer mes journaux, me débrancher et être relax.»

Le rêve de Djak et Djak à la mer ont quand même un côté très caricatural ─ parce qu’il est difficile d’ignorer son boulot de jour ─, avec un humour pour les petits et… leurs parents. «Je ne sais pas trop c’est pour quel âge, avoue-t-il. J’essaie de ne pas utiliser de mots trop compliqués, mais pas trop simple non plus, parce que je veux quand même que ça ait une valeur didactique et que ce soit le fun pour les parents qui vont le lire.»

De la vocation
Tombé dans la bande dessinée quand il était petit, celui qui est aujourd’hui père de deux garçons a carburé aux gags franco-belges des Gaston Lagaffe, Boule et Bill, et autres Schtroumpfs, durant toute sa jeunesse.

Malgré une imagination débordante et un coup de crayon assuré, celui qui compte parmi ses sœurs la designer Isabelle Élie se dirige vers des études en droit et passe même son Barreau. Il n’a toutefois jamais pratiqué. «Je dessine depuis toujours. Quand on est petit, on dessine tous. Il y en a seulement certains qui arrêtent et d’autres qui continuent. […] J’ai fait mon cours d’art à l’Université d’Ottawa, et après je me suis inscrit en droit. J’ai beaucoup aimé ça.»

Durant le Barreau, Pascal Élie a publié un recueil de caricatures qu’il avait fait entre les cours, pendant que le professeur enseignait et dans le journal étudiant de la faculté. «Un de mes profs était Jean-Louis Beaudoin, aujourd’hui juge à la Cour d’appel du Québec. Il m’avait dit qu’il trouvait drôle mes dessins et qu’il allait me présenter à son éditeur, Yvon Blais, d’une des plus importantes maisons d’édition juridique au Québec.»

De fil en aiguille, Pascal Élie s’est mis à bosser à temps partiel comme caricaturiste. «En 1998, je me suis dit que si je voulais faire ça à temps plein, il faudrait que je me lance.» Et c’est ce qu’il a fait, travaillant notamment avec Serge Chapleau durant quelques années et Aislin de la Gazette. Aujourd’hui, le caricaturiste vit de son crayon et griffonne sans cesse, toujours à l’affût de l’actualité et à l’écoute des nouvelles en continu. «Parfois, disons que c’est moins intéressant que Christiane Charette!»

Pour Pascal Élie, tout peut se caricaturer, ou presque. «“Comedy is tragedy plus time,” disait Woody Allen. Il y a des sujets plus délicats, comme Virginia Tech où il faut attendre plusieurs jours avant de faire une illustration qui finalement va plus parler de la sécurité dans les écoles ou du contrôle des armes à feu. Les caricatures de Mahomet ont été un choc pour tout le milieu médiatique. C’était une bataille pour la liberté d’expression dans son sens le plus noble.»

Et faut-il toujours être drôle? «Le but premier demeure de faire rigoler, mais cela ne contredit pas la réflexion. Parfois, il y a des sujets qui nous choquent et on se dit qu’on va les dénoncer. En général, pas toujours, quand on fait cela on se casse la gueule parce qu’on fait la morale. Et ça, ça ennuie le lecteur. Une caricature ne doit pas nécessairement faire rire ou pleurer, mais susciter une réaction, une réflexion.»


photo : Martin Alarie

Des idées
Entre une caricature du maire Tremblay et des nouveaux députés adéquistes inexpérimentés, Pascal Élie réfléchit aux prochaines aventures de son Djak. «J’ai quelques idées mais je préfère ne rien révéler parce que ce ne sera peut-être pas développé.» Par exemple, quand toute la petite famille était en vacances dans les Rocheuses, Pascal Élie et sa conjointe s’extasiaient sur la beauté du paysage et les enfants eux, s’extasiaient sur la beauté du tout petit écran de leur jeu vidéo!

«Ça pourrait être une idée où Djak voit tout à travers son «Gameboy». Je prends des notes comme ça de temps en temps», dit-il, évoquant au passage que les prochaines aventures de son petit personnage pourraient atterrir sur les tablettes dans un an. «Il n’est pas exclu aussi que je ferai un jour un recueil de caricatures. Je dois faire une sélection et les mettre de côté. C’est tout un travail parce que les caricatures d’actualité, ça vieillit vite!»

En attendant tous ces beaux projets, vous savez où aller pour sourire, réagir, ou froncer les sourcils: devant une des vignettes de Pascal Élie!