5 novembre 2006

Les noms composés

De moins en moins à la mode

Depuis 1992, le choix d'un double nom ne cesse de décliner

Vingt-cinq ans après l'adoption d'une loi permettant aux petits Québécois d'hériter de deux noms de famille, la popularité des doubles patronymes est en chute libre dans la province.

Marilou Séguin

L'an dernier, seulement 12 % des nouveau-nés se sont vu attribuer un nom de famille composé, comparativement à 22 % en 1992, un sommet historique.

Depuis cet apogée, le choix d'un double patronyme ne cesse de décliner.

« Le choix du nom composé a évolué très rapidement à partir de 1980, au point qu'on aurait pu penser à un mouvement de fond. On a même parlé d'évolution vers un système matrilinéaire », dit Louis Duchesne, démographe à l'Institut de la statistique du Québec.

« Mais devant le re virement, on peut constater que l'élément de mode était important et que cette vogue des noms doubles est en train de décliner », constate-t-il.

Loi innovatrice
Jusqu'en 1981, aucune loi ne régissait le choix du nom de famille d'un nouveau-né. La coutume voulait qu'on donne aux enfants d'un couple le nom de famille du père.

Mais depuis la refonte du Code civil en 1981, les parents peuvent choisir d'attribuer à leur enfant le nom de famille de l'un d'eux ou un nom composé d'au plus deux parties provenant de leur nom.

Mais encore de nos jours, le choix du nom du père reste le plus populaire avec 82 % en 2005. C'est même 10 % de plus qu'il y a quinze ans.

Il y a bien quelque 5 % des enfants qui ne portent que le nom de leur mère, mais dans la majorité des cas le père est inconnu. Il y a quand même 1 % des femmes mariées qui donnent uniquement leur nom à leur enfant.

Lourd à porter
La vague de jeunes affublés de doubles noms de famille au début des années 80 est aujourd'hui en âge d'avoir des enfants.

« Il n'est pas question que mes enfants aient un double nom», laisse tomber Catherine Perreault-Lessard, âgée de 22 ans.

« D'un côté, je suis contente d'avoir un double nom car ça me démarque, mais d'un autre côté chaque fois que j'écris mon nom sur une ligne, ça ne rentre pas », raconte la jeune femme.

« Parfois, j'en veux à mes parents car la vie n'est pas faite pour les noms doubles, mais en même temps je ne serais pas capable d'utiliser qu'un des deux, c'est mon identité », confie-t-elle en riant.

• Si les deux parents ont un nom simple, ils ont quatre choix pour leur enfant (A, B, A-B, B-A), alors que s'ils ont chacun un double nom ils ont 16 possibilités, soit 4 noms simples ou une des 12 permutations des 4 noms. Ouf !

• La Colombie-Britannique a les règles les plus souples au pays dans le choix du nom de famille des enfants. Les parents peuvent même choisir un nom qui n'est pas le leur.


Certains patronymes peuvent être lourds à porter

Marilou Séguin

En vertu du Code civil du Québec, si un nom de famille composé inusité prête au ridicule ou est susceptible de déconsidérer l'enfant, le directeur de l'état civil peut inviter les parents à modifier leur choix.

Certaines juxtapositions pourraient effectivement être lourdes à porter : Leboeuf-Haché, Lemoine-Allaire, Hétu-Guay, etc., mais aucune intervention n'a eu lieu jusqu'à maintenant.

Sans être stigmatisés, certains enfants subissent bien des moqueries en raison de leur nom de famille composé.

« Quand j'étais petit, j'ai souvent fait rire de moi à cause de mon nom », avoue Thomas Dubois Dufresne, aujourd'hui âgé de 27 ans.

« En plus, je trouvais ça long à écrire », ajoute le jeune homme qui pour simplifier les choses n'utilise que son dernier nom au quotidien.

Dans un de ses monologues, Yvon Deschamps faisait d'ailleurs des blagues sur la mode des noms composés.

« Je faisais des farces avec ça en disant que juste le temps d'apprendre le nom de ces enfants, tu avais déjà fini l'école », se souvient l'humoriste.

« Même si Judy est une grande féministe, elle n'a jamais tenu à ce que les enfants portent son nom. Moi j'ai dit : parfait, ça fait mon affaire », confie-t-il en riant.