1er décembre 2012
C’est bien connu, le prix des billets d’avion varie beaucoup d’un jour à l’autre, de telle sorte que pour un même vol, deux voyageurs d’une même classe peuvent avoir payé des tarifs très différents. L’écart se compte parfois en centaines de dollars. Et contrairement à une croyance qui persiste, les places achetées à la dernière minute sont loin d’être les moins chères. Mais alors, comment payer le plus bas prix? Nathaëlle Morissette a pris un vol Montréal-Paris plus tôt cet automne pour voir qui avait fait la meilleure affaire et pourquoi.
Aussi: 5 trucs pour payer moins cher, par Marie-Eve Morasse.
En ce dimanche de septembre, ils sont nombreux à attendre en ligne avec leurs sacs à dos et leurs immenses valises à roulettes. Foulard au cou, chaussures de sport aux pieds, ces gens qui tiennent un peu nerveusement leur passeport et leur billet d’avion ont tous le même objectif : monter à bord du vol 733 d’Air Transat pour se rendre à Paris. Dans quelques heures, ils s’assoiront tous côte à côte, mangeront les mêmes pâtes au poulet et atterriront en même temps à l’aéroport Charles-de-Gaulle. Mais les voyageurs qui sont montés à bord de l’appareil ce jour-là n’ont pas tous payé le même prix pour leur billet d’avion.
Montréal-Trudeau. Porte 61. À trois heures du décollage, assis sur un siège tout près de sa porte d’embarquement, Jean-Guy sait qu’il a fait une bonne affaire. Sa femme, leur fils de 25 ans et lui-même ont réussi à dénicher des billets aller-retour Montréal-Paris pour 730$. Comme ce séjour en famille de deux semaines dans la Ville lumière était prévu depuis longtemps, ils ont réservé leurs places à bord de l’avion environ cinq mois avant le départ. Une bonne stratégie, selon ce voyageur aguerri. La preuve: la veille de son départ, il a consulté par curiosité le site internet d’Air Transat pour savoir si le prix des billets pour son vol avait changé. Le prix avait été gonflé de 200$. Grâce à sa prévoyance, la petite famille a l’impression d’avoir épargné 600$.
À quelques sièges de là, Richard Blondin et sa femme ont également réservé leurs billets au printemps, et ils ont payé le même prix que Jean-Guy et sa famille. Il faut dire que M. Blondin est à l’affût des moindres fluctuations de prix, comme d’autres surveillent les cotes de la Bourse. «On ne l’a pas vu moins cher que ça, assure-t-il. Si je n’ai pas surveillé 50 fois, je n’ai pas surveillé une fois, assure-t-il en gesticulant, son guide de Paris à la main. Il y a deux mois, le même billet se vendait à 880$. Pourquoi les prix fluctuent? J’aimerais bien le savoir.»
Chose certaine, les voyageurs qui s’y prennent d’avance semblent plus souvent récompensés. À bord du vol 733, les passagers qui ont acheté leur billet au printemps dernier comptent parmi ceux qui ont obtenu les meilleurs prix. La preuve, La Presse a réservé sa place pour ce vol en septembre, à peine trois semaines avant le décollage. Coût du voyage: 850$.
Même si plusieurs places restent invendues pour un vol, les prix ne baissent pas nécessairement.
Marlène, sa fille Suzanne et sa petite-fille Lea-Jeanne, 10 ans, ont payé 750$ chacune pour leurs billets, qu’elles n’ont réservés qu’une semaine avant de partir. Et Marlène admet s’être mordu les doigts, puisqu’un jour avant qu’elle se décide finalement à réserver ses sièges, Air Transat les vendait 680$.
Il y a aussi ceux qui n’ont acheté qu’un aller simple. Alex partait étudier la musique à Paris. Comme il attendait d’obtenir son visa, il a réservé sa place à peine une semaine avant le départ. Montant de la facture : 329$. Puis, il y a Sophie qui, en raison d’une urgence, a payé son siège le jour du départ, à peine une semaine après Alex. Pourtant, son billet lui a coûté presque 100 $ de plus – elle a déboursé 412$ pour monter à bord. Et ce, même s’il restait une quarantaine de sièges vides pour ce vol de 309 passagers...
Comment expliquer que le prix d’un billet d’avion fluctue beaucoup pour un même vol? Si les passagers ont parfois l’impression de jouer à une loterie aérienne, la fixation des prix – qui peuvent diminuer ou augmenter en 24 heures – est pourtant loin d’être le fruit du hasard.
«Les compagnies aériennes ne sont pas naïves par rapport au prix qu’elles facturent, affirme Paul Arseneault, titulaire de la chaire de tourisme Transat ESG-UQAM. Elles connaissent la demande, l’historique et la conjoncture. » Ainsi, lorsque les transporteurs ont des indications voulant que pendant une semaine, voire une journée, la demande est plus forte en raison d’une fréquentation élevée de leur site internet ou de la tenue d’un événement précis dans une ville, ils vont immédiatement augmenter les prix. Et ceux-ci peuvent redescendre à peine quelques jours plus tard si Miami, Paris ou Mexico sont soudainement moins populaires.
Air Transat et Air Canada le confirment, c’est l’offre et la demande qui fait que les prix fluctuent. «Les prix sont tout d’abord fixés par le transporteur aérien ou le voyagiste en tenant compte des coûts d’exploitation (fixes et variables), ainsi que d’une mince marge de profits, explique Debbie Cabana, porte-parole d’Air Transat. Le prix peut par la suite subir des fluctuations, à la hausse comme à la baisse, selon le taux de remplissage et la vélocité des ventes.» «La fluctuation des prix des billets varie selon les marchés, les saisons et les destinations, ajoute Isabelle Arthur, porte-parole d’Air Canada. Généralement, les milieux de semaine (mardi, mercredi) sont les journées où vous pourriez trouver des tarifs plus bas, et parfois aussi les samedis selon les marchés.»
Des bons prix, en quantité limitée
Bien malin celui qui connaît la recette magique pour acheter les billets au meilleur prix. Selon Paul Arseneault, le fait de réserver son siège longtemps d’avance permet néanmoins bien souvent d’éviter une facture salée. « Le prix du billet le moins cher affiché longtemps à l’avance par le transporteur peut difficilement être battu», estime-t-il.
Plusieurs mois d’avance, lorsqu’un transporteur rend un vol disponible entre Montréal et Paris, par exemple, il affiche au départ toutes ses grilles tarifaires. S’il a une quinzaine de sièges disponibles à 500$, il les mettra alors immédiatement en vente. Une fois qu’ils auront tous trouvé preneur – souvent rapidement –, il sera impossible pour la compagnie d’en vendre d’autres au même prix. Il restera donc ceux à 700$, 800$, 900$...
Et que ceux qui croient que de réserver sa place à la dernière minute est un bon plan se le tiennent pour dit: « Si vous avez besoin d’un billet au dernier moment, le transporteur sait que vous êtes mal pris, souligne le titulaire de la Chaire de tourisme. Il sait donc pertinemment que vous êtes prêts à le payer, peu importe le prix.»
Prédire le prix: une science inexacte
Les voyageurs ne sont pas les seuls à vouloir déterminer le meilleur moment pour acheter un billet d’avion. Des experts se sont penchés sur la question au fil des années. Ils en ont tiré des théories... contradictoires.
En 2010, l’économiste Makoto Watanabe est arrivé à la conclusion que c’est huit semaines avant un vol que les prix sont les plus bas. Dans un rapport truffé de formules mathématiques complexes, il écrit qu’« il y a des preuves empiriques qui montrent que les prix des billets d’avion augmentent» à l’approche du départ.
Au printemps dernier, une analyse publiée par la Airlines Reporting Corporation, association américaine qui fait le lien entre les transporteurs et les agences de voyages, a plutôt établi à six semaines avant un vol le moment où les billets d’avion sont les moins chers.
Du côté du site canadien FlightNetwork, une analyse des vols a permis de déterminer que les prix sont les moins élevés trois semaines avant le départ. « Après, les tarifs augmentent substantiellement», note Jamil al Jabri, directeur du marketing du site.
Les intermédiaires
Les transporteurs aériens ne font pas cavalier seul dans la vente de sièges. Ils font affaire avec des partenaires. En fonction de la commission que ces derniers s’attribuent au passage, les transporteurs peuvent donc vendre les billets pour un même vol à des prix différents, explique Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat ESG-UQAM.
Ces intermédiaires sont:
• les agents de voyages;
• les agences de voyages en ligne (Expedia, Travelocity) ;
• les partenaires des alliances (par exemple, United qui vend un vol Montréal-Los Angeles assuré par Air Canada);
• les consolidateurs (intermédiaire entre les transporteurs et les voyagistes pour la vente de billets).
L’association semble étrange, mais angoisse et voyage vont parfois de pair. Avec la multiplication des sites internet consacrés à la vente de billets d’avion, trouver un billet au meilleur prix devient presque aussi hasardeux que d’investir en Bourse. Doit-on acheter à l’avance ou, au contraire, attendre les bonnes affaires de dernière minute? Comme les marchés financiers, le prix des billets d’avion varie en fonction d’un grand nombre de facteurs (voir autre texte). Il existe quand même quelques trucs pour dénicher des aubaines.
Magasiner, naviguer, magasiner encore
Soyez avisés : si vous souhaitez trouver le billet d’avion le moins cher pour une destination, c’est presque un emploi à temps plein qui vous attend. Pour obtenir le prix le plus bas possible, il faut être aux aguets. Les rabais sont nombreux, mais les sources de réduction sont multiples. Frédéric Prévost-Lebeuf, gestionnaire du site Yulair.com, qui recense les meilleurs prix de billets d’avion à partir de Montréal, cherche les rabais de façon « manuelle ». Sites internet des compagnies aériennes, réseaux sociaux, tout y passe. « Il y a toutes sortes d’outils sur le web, par exemple le site Kayak. com. Je vérifie également les soldes sur les sites des compagnies aériennes. Quand une compagnie va faire une baisse de prix sur une destination, les autres vont souvent suivre », explique-t-il. Pour ses besoins, il achète quand il voit un prix « tellement ridicule que ça ne peut pas baisser davantage» !
Les principaux moteurs de recherche du web ont flairé l’engouement pour les billets à rabais et ont lancé des moteurs spécialisés. Google a son outil Flight Search, qui permet de dénicher les meilleurs prix pour les vols au départ du Canada et des États-Unis. Microsoft n’est pas en reste : selon la destination choisie, il se risque même à prédire si le prix du billet a plus de chances d’augmenter ou de baisser.
Voyager en basse saison
Vous pensez partir dans le Sud en février? Vous n’êtes pas les seuls, et la loi de l’offre et de la demande s’applique également aux billets d’avion. Pour trouver des rabais, mieux vaut s’évader à Paris en novembre qu’en juillet. Mais même en période de pointe, il est possible de faire des économies, note Jamil al Jabri, directeur du marketing pour le site FlightNetwork.com. « Si vous désirez partir pendant la période des Fêtes, il y a de fortes chances que vous trouviez des billets moins chers en partant le 24 ou le 25 décembre qu’en partant le 21 », précise-t-il.
Être flexible
La flexibilité est presque un euphémisme pour décrire ce qui est devenu pour certains une nouvelle façon de voyager. Si on accorde une importance absolue au fait d’obtenir le plus bas prix possible, on peut toujours choisir sa destination de vacances en fonction du prix. Un rabais pour un vol vers Washington un vendredi? On y passe la fin de semaine. « Si nous avons la flexibilité de partir en fonction des aubaines, être toujours prêt à partir peut très bien nous aider à trouver de bons prix», confirme Jamil al Jabri.
Partir des États-Unis
Chaque année, environ 5 millions de Canadiens traversent la frontière pour prendre l’avion. En octobre, un rapport du Conference Board du Canada expliquait que le prix des billets est souvent moins élevé lorsqu’on part de Burlington ou de Plattsburgh. Frédéric Prévost-Lebeuf, du site Yulair.com, y voit une façon de faire des économies, mais également une belle occasion de faire deux voyages en un. «Par exemple, au départ de New York avec Delta, il y a beaucoup de destinations pour l’Europe de l’Est qui sont dans les 700$ aller-retour. À ce prix, ça vaut la peine de passer par New York, quitte à y passer quelques jours.»
Prévoir les correspondances
Passer par New York pour se rendre à Mexico? C’est plus long qu’un vol direct, mais à certaines périodes de l’année, c’est parfois l’option la moins chère. Si vous ne craignez pas les arrêts et les courses parfois folles pour ne pas rater un avion, il peut être avantageux de faire une, voire plusieurs escales.
Si on voyage avec des enfants ou qu’on cherche la tranquillité d’esprit, mieux vaut parfois payer quelques dollars de plus pour éviter de subir des correspondances qui n’en finissent plus, croit Jamil al Jabri, de FlightSearch.com. « Parfois, les vols directs sont plus abordables, surtout dans un même pays. Mais il est vrai que si on regarde les vols qui se rendent en Asie ou en Europe de l’Est, cette corrélation existe moins », dit-il.
Des sites utiles
www.bing.com/flights
expedia.ca
google.com/flights
kayak.com
yulair.com