21 septembre 2016

Construction d’une piste d’atterrissage privée à Saint-Mathieu

Hélène Gingras

Il n’y aura pas plein de va-et-vient, ce n’est pas le but de l’exercice. - Philip Lane, propriétaire d’un aérodrome privé (au 556a chemin de la Petite Côte) à Saint-Mathieu

Contrairement à certains producteurs qui possèdent leur piste afin de faire de l’épandage sur leur récolte, Philip Lane veut pouvoir s’adonner au décollage et à l’atterrissage derrière sa maison située sur le chemin de la Petite côte à Saint-Mathieu. Il est à terminer la construction d’un bâtiment à quatre hangars pour accueillir son avion, celui d’un ami et de deux autres personnes.

C’est pour des raisons pratiques qu’il a pris cette décision, affirme-t-il.

«Parfois, ça me prend une demi-heure avant de pouvoir décoller à l’aéroport de Saint-Hubert. Si on ajoute l’entreposage, l’essence et les coûts d’opération, c’est assez dispendieux. En décollant d’ici, je vais aussi sauver du temps», a-t-il confié au Reflet qui s’est rendu à sa rencontre, au début du mois.

C’est un citoyen inquiet par le trafic aérien qui pourrait être généré qui a mis prévenu le Journal.

M. Lane n’est pas sans savoir que son projet d’aérodrome privé ne fait pas l’unanimité et se veut rassurant.

«C’est pour mon usage personnel», a-t-il répété à plusieurs reprises au cours de l’entrevue.

Lui et les trois autres pilotes qui décolleront ou atterriront sur la piste mesurant 2000 pieds de longueur (609 mètres) par 50 pieds de largeur (15 mètres) s’adonneront à leur loisir de manière occasionnelle et de jour seulement, puisque la piste ne sera pas éclairée.

«On ne décollera pas souvent, on travaille nous aussi, a-t-il dit. Ce sera de temps en temps, les fins de semaine. En plus, à cause des vents, ce ne sera pas toujours possible.»

Des éoliennes érigées dans le champ voisin confirment que la piste se trouve près d’un corridor venteux.

Côté bruit, M. Lane se défend également.

«Un ski-doo mène plus de train qu’un avion», a-t-il justifié.

De plus, la piste est isolée des maisons, a-t-il fait valoir.

«Elle est au fond, entourée de champs, à un kilomètre et demi du chemin de la Petite côte et à deux kilomètres de Saint-Constant de l’autre côté», a-t-il dit.

Voulant prouver qu’il agit en toute légalité, M. Lane a aussi montré au Journal un rapport à l’effet que les pierres de remblai utilisées pour aménager la piste ne sont pas contaminées. Il envisage néanmoins d’asphalter la piste un jour pour diminuer les dommages pouvant être causés par les roches aux carlingues.

«Tout est légal, a précisé l’homme. Pour l’aménagement des ponceaux, j’ai respecté le diamètre demandé par la MRC de Roussillon.»

Consultée, la MRC confirme que les ponceaux respectent les normes.

Quant à deux voisins interviewés par le Journal, ils n’ont démontré aucune inquiétude quant à cet aérodrome.

«J’ai hâte de faire un tour!» a lancé l’un d’eux.


21 septembre 2016

Aucune autorisation préalable n’a été nécessaire

Hélène Gingras

Philip Lane n’a eu besoin d’aucune autorisation pour aménager sa piste d’atterrissage sur sa terre.

Informée de ses intentions depuis deux ans, la municipalité de Saint-Mathieu n’en voulait pas, mais ne pouvait rien faire pour en empêcher sa réalisation. Elle peut seulement s’assurer que le résident agit dans les normes, notamment en ce qui a trait à la construction du bâtiment abritant quatre hangars. Une inspectrice sera d’ailleurs dépêchée prochainement sur les lieux.

«On est contre, a confirmé la directrice générale, Louise Hébert. On a aussi eu des plaintes de citoyens. On a fait des représentations auprès de la MRC et la Commission de la protection du territoire agricole (CPTAQ), mais on s’est fait dire qu’on ne pouvait rien faire. Ça nous jette à terre.»

Pour Mme Hébert, c’est la goutte qui fait déborder le vase.

«On a été pris pendant des années avec un train qui sifflait et la fermeture de la montée Monette pendant plusieurs mois», a-t-elle rappelé.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) affirme aussi avoir des réserves quant à ce projet. Un producteur qui réside à proximité de M. Lane s’en est plaint.

La Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) n’a elle non plus aucun pouvoir d’action, même si la piste empiète sur les terres agricoles. La construction d’une piste est de «juridiction fédérale», a dit Éliane Brunet, préposée aux renseignements.

Contacté à son tour, Transports Canada a fait savoir que son organisme n’avait pas lui non plus à «émettre d’autorisation spécifique» étant donné qu’il s’agit d’un aérodrome privé. L’organisme devait néanmoins envoyer un inspecteur pour s’en assurer. Le Journal a relancé Transports Canada pour savoir si la visite avait eu lieu, mais il n’a pas eu de retour de courriel avant d’aller sous presse.

Marie-Anyk Côté, gestionnaire aux communications stratégiques pour la région du Québec à Transports Canada, avait néanmoins affirmé que «la réglementation est en train de changer».

C’est aussi la réponse obtenue par Le Reflet auprès du député fédéral de La Prairie, Jean-Claude Poissant, ancien producteur agricole.

«Le ministère des Transports travaille actuellement sur de nouvelles règlementations qui exigeraient des consultations publiques avant la construction d’un aérodrome», a écrit l’attaché politique de M. Poissant, Normand Laberge.

La construction d’aérodromes est un sujet chaud. Il y a quelques mois, le ministre Garneau a émis un arrêté pour interdire l’aménagement d’un aérodrome controversé desservant 200 avions à Mascouche-Terrebonne. Il avait réclamé au préalable une consultation approfondie.