5 septembre 2012

Kruger Énergie courtise les Mohawks

Boîte aux lettres

Le 25 juin dernier, le Conseil de la nation mohawk de Kanawake a annoncé publiquement la signature d'une entente « historique » avec la compagnie Kruger qui assure la réalisation du Projet éolien Montérégie. Dans le cadre de cette entente, la nation mohawk recevra 20 000 $ annuellement durant 20 ans, en raison de 12 éoliennes érigées à Saint-Rémi et à Saint-Isidore. Au-delà de ce gain en espèces sonnantes, les Mowaks se réjouissent surtout du fait qu'une grande compagnie canadienne accepte de reconnaître leurs intérêts et leurs prétentions en ce qui a trait au territoire de l'ancienne seigneurie du Sault- Saint- Louis.

D'après la journaliste Valérie Lessard de l'Agence QMI, il semble que la compagnie Kruger Énergie a préféré ne pas commenter la nature de l'entente. On ignore donc si la compagnie a obtenu en contrepartie, des bénéfices ou des avantages pour sa reconnaissance implicite de la justesse des revendications territoriales des Mohawks, sur des terres de la Rive-Sud de Montréal. Par ailleurs, le Conseil de la nation mohawk nous précise que Kruger Énergie n'avait aucune obligation d'offrir ce genre de compensation dans le cadre du Projet éolien Montérégie.

Depuis 2005 le gouvernement du Canada a entrepris des négociations avec les Mohawks pour régler une revendication particulière concernant une ancienne seigneurie française. À l'origine en 1680 la seigneurie du Sault-Saint-Louis avait été octroyée aux Jésuites par le roi Louis XIV et ce, afin d'établir une mission catholique de même que pour l'usage et la jouissance des Iroquois du Sault. Aujourd'hui, la réserve de Kahnawake occupe une maigre fraction de la superficie originale de la seigneurie soit, environ 13 000 acres. Les Mohawks réclament donc maintenant des compensations (terres ou argent) pour la balance de cette ancienne entité territoriale (environ 45 000 acres) qui correspond aux territoires actuels des municipalités de Saint-Constant, Delson, Sainte- Catherine, Candiac ainsi qu'une partie des municipalités de Châteauguay, Saint-Philippe, Saint-Mathieu, Saint-Rémi et Saint- Isidore. Dans le cadre de cette revendication particulière, le ministère des Transports du Québec (MIQ) a annoncé au printemps qu'il céderait sous peu une terre de Châteauguay située en bordure de l'autoroute 30.

L'imbrication de l'industrie éolienne dans le dossier des revendications territoriales soulève un certain nombre de questions. Où se trouvent donc les emplacements des 12 éoliennes de Saint-Rémi et de Saint-Isidore qui seront indirectement impliqués dans les revendications territoriales ? Doit-on féliciter la compagnie Kruger pour une entente qu'on nous présente comme un geste gratuit de bon voisinage ? Après l'association d'Air Énergie TCI avec une compagnie mohawk pour créer un parc éolien indésirable à Saint-Cyprien-de- Napierville (24 MW mise en service projetée pour 2015), est-il pertinent de s'interroger sur les intentions de ces deux nouveaux partenaires qui s'intéressent à l'industrie éolienne dans notre région ? Est-ce que par hasard Kruger Énergie désirerait aussi s'associer avec les Mohawks pour développer une partie des 250 MW d'énergie éolienne réservés à de nouveaux projets issus des communautés autochtones (Jean Charest, Gaspé 20 juillet 2012) Si tel est le cas, une compagnie mohawk aura-t-elle encore le droit, suivant l'interprétation légale du décret gouvernemental 1043-2008 du 29 octobre 2008 d'installer ses éoliennes n'importe où en Montérégie sans recevoir l'accord des autorités municipales concernées ?

Si le passé est garant de l'avenir, la situation est pour le moins inquiétante.

Louise Gagnon
ethnohistorienne Saint-Valentin