17 décembre 2010
Dans l'après-midi du 19 novembre, tout était paisible dans la maison de Jacques Marcoux. Soudainement, un bourdonnement incessant s'est fait entendre. L'autoroute 30 venait d'être ouverte à la circulation.
Valérie Girard
« Je me demandais c'était quoi ce bruit-là, se souvient-il. Nous sommes habitués à la tranquillité ici. Maintenant, c'est fini. À l'heure de pointe, tout ce qu'on entend, ce sont les pneus sur la chaussée de l'autoroute. »
L'homme habite le secteur des C à Saint-Constant depuis une dizaine d'années. Il craint que sa qualité de vie ne soit plus jamais la même. Non seulement entend-il un bruit continuel provenant de l'autoroute, mais il peut également percevoir les véhicules lourds au loin.
« Quand j'ai construit ma maison, j'étais content parce que nous étions entourés de champs de blé d'Inde. Dix ans plus tard, on nous fout une autoroute », se désole-t-il.
Vérifications faites sur le terrain, il est vrai que l'autoroute se fait entendre jusque dans ce quartier résidentiel. «Il fallait s'y attendre, mais en même temps, je ne pensais pas que ça serait aussi pire», indique un autre résidant du coin, à l'extérieur lors du passage du Journal.
Non loin de là, dans le secteur des D, on entend aussi très bien la circulation de la nouvelle autoroute 30. Résidant du quartier, Paul Labrecque est lui aussi frustré de la situation. «Ce n'est pas la vie qu'on a choisie!, lance-t-il. Si c'est ça la vie en campagne, je vais aller rester en ville. Ça va être moins bruyant.»
Pire en été
Pour le moment, le bruit ambiant se tolère plutôt bien, les fenêtres étant fermées à cette période de l'année. Ce sera toutefois une autre histoire l'été prochain.
« C'est là qu'on va vraiment voir l'impact », lâche Alain Cloutier, qui habite également à proximité de la voie rapide.
« La nuit, ici, c'est le fun parce qu'il vente. On ouvrait les fenêtres et il ne faisait jamais chaud. On n'avait pas besoin d'air climatisée », dit à son tour M. Marcoux, qui s'imagine mal de faire pareil l'été prochain.
Les deux hommes sont à ce point exaspérés qu'ils songent même à déménager. « Je me donne un an, dit M. Cloutier. Si ça ne se règle pas, c'est certain que je mets une pancarte à vendre. »
À noter qu'aucune plainte concernant le bruit de l'autoroute n'avait été reçue au MTQ à la fin de la semaine dernière.
En images
Voyez une vidéo tournée dans le secteur des D à Saint-Constant récemment. Elle donne une bonne idée du niveau de bruit ambiant dans ce quartier.
17 décembre 2010
Alors que le député de La Prairie critique la hauteur des buttes aménagées le long de l'autoroute 30, le ministère des Transports du Québec (MTQ) assure avoir respecté les recommandations de l'étude d'impact sonore réalisée en 2003.
Valérie Girard
Au Nord de l'autoroute, à l'Ouest de la rue Saint-Pierre, une butte s'étend sur 700 m. Elle mesure 2,5 m de haut sur les premiers 150 m, puis baisse à 2 m sur le reste de la longueur. En tenant compte de sa base, celle-ci atteindrait le total exigé par l'étude, soit 2,8 m.
«Il n'y a pas que le mur qui est efficace contre le bruit, mais aussi ce qu'il y a en dessous», indique Marjolaine Gagné, responsable des communications au MTQ.
De l'autre côté de la rue Saint-Pierre, l'étude conseillait l'aménagement d'une butte mesurant entre 2 et 5 m de hauteur et qui atteindrait 1 921 m de longueur. Il a toutefois été impossible de valider si le mur actuel correspond à ces normes, le MTQ n'ayant pu fournir les données avant la tombée, mercredi.
Augmentation prévue
Bien que des mesures d'atténuation aient été mises en place, les citoyens de Saint-Constant devaient s'attendre à une hausse considérable du bruit avec l'arrivée de l'autoroute 30.
Sur la rue Capes, par exemple, on prévoyait que le niveau sonore allait passer de 48 à 57 décibels en 2021. Dans le secteur des D, sur la rue Dumais, le niveau allait passer de 55 à 58 décibels la même année.
Il faut toutefois savoir que, dans les deux cas, il s'agit de données plus élevées que la norme exigée par le décret gouvernemental pour la construction de l'autoroute paru en 2004, qui se situe à 55 décibels. C'est aussi ce que recommande la Politique provinciale sur le bruit routier établie en 1998.
« Actuellement, le débit de circulation est bien en-deçà de ce qu'il sera en 2021. Nous sommes confiants qu'on se situe actuellement sous la limite de 55 décibels », assure Mme Gagné.
Cela signifie-t-il que le gouvernement prévoit hausser les buttes actuelles ? « On verra rendu là si dépassement de norme il y a », répond Mme Gagné.
Pour l'heure, un suivi sonore est seulement prévu dans un an. Le MTQ devra en réaliser un autre cinq ans après l'ouverture du tronçon.
Sans aucun écran antibruit, les citoyens se seraient retrouvés avec des niveaux de bruit allant jusqu'à 66 et 64 décibels à ces deux mêmes endroits.
17 décembre 2010
Mis au fait des plaintes des citoyens, le député de La Prairie demande au ministère des Transports du Québec (MTQ) de bonifier les mesures d'atténuation du bruit aux abords de l'autoroute 30, au Sud de Saint-Constant.
Valérie Girard
Pour François Rebello, la situation actuelle témoigne du manque de considération qu'a le gouvernement envers la population.
« Pour l'avoir constaté nous-mêmes, le niveau sonore est extrêmement élevé, insiste-t-il. L'impact sur les citoyens qui vivent à proximité est inacceptable. Les buttes actuelles n'ont en moyenne que deux mètres de hauteur, et je comprends les citoyens qui se plaignent. »
Selon lui, les aménagements actuels ne respectent pas les recommandations du Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE). Dans son rapport rédigé en 2002, le BAPE mentionnait en effet que des monticules d'une hauteur de quatre mètres, à la limite des propriétés, permettraient de réduire considérablement le niveau de bruit.
« Imaginez, le trafic qui emprunte la nouvelle autoroute en est encore à ses balbutiements puisque la voie de contournement n’est pas complétée de Châteauguay à Valleyfield », ajoute-t-il.
En béton
Joint cette semaine, le ministère a assuré de son côté avoir respecté toutes les exigences de l'étude d'impact sonore réalisée un an après les audiences publiques.
À cet effet, l'élu critique toutefois la façon dont a procédé le gouvernement pour réaliser l'étude. Les relevés sonores utilisés ont en effet été pris lors de conditions météorologiques favorables alors qu'aucun vent et aucune pluie ne sévissait.
Il en aussi contre le fait qu'on aurait pris en considération que la chaussée allait être recouverte d'asphalte. Or, elle est faite de béton strié.
«Après avoir choisi de faire l’autoroute en béton, en aucun cas le gouvernement n’a daigné publier de nouvelles études, augmenter les mesures d’atténuation, ou informer les citoyens de ce changement», avance-t-il.
Le député demande à ce qu'une nouvelle étude soit réalisée. Or, cette requête n'a pas lieu d'être pour le ministère des Transports.
«Le niveau de décibels entre l'asphalte et le béton est le même, indique Marjolaine Gagné, responsable des communications au MTQ. C'est seulement le bruit qui est perçu différemment par l'oreille.»
Appui du maire
Le maire de Saint-Constant, Gilles Pepin, a lui aussi démontré son appui aux résidants touchés.
« J'ai convoqué une rencontre avec les représentants du MTQ afin de trouver une solution. Je veux qu'on regarde quelles sont les améliorations qu'il est possible d'apporter », a indiqué celui qui rencontrera les représentants du ministère en janvier.