19 mars 2011

Je ne suis pas accro à Twitter (pas du tout)

Marc Cassivi

Elle dit parfois que Twitter est pour moi comme une laisse. Pour rire, bien sûr. Mercredi, elle m’a demandé si je préférais la compagnie de Twitter à la sienne. Elle me l’a dit d’un ton monocorde, en gardant tout son sérieux, comme si elle le pensait vraiment.

Ma blonde me dit souvent, avec son humour pince-sansrire, que j ’ entretiens avec Twitter le même rapport que ceux qui ont des dépendances à la drogue, au jeu ou à l’alcool. Que je nie la réalité. Que je ferme les yeux. Que je ne veux pas reconnaître qu’il y a « un problème » .

Je sais bien qu’elle fait des blagues... Mais c’est faux. Je ne nie rien du tout. Pour la simple raison qu’il n’y a rien à nier. Je ne suis pas accro à Twitter. Pas du tout. La preuve, c’est que je viens à l’instant de fermer l’application Tweetdeck, qui me donne accès simultanément à une demi-douzaine de « fils de nouvelles » . Et que je ne pense pas la consulter avant d’avoir terminé ce paragraphe.

Je navigue sur Twitter depuis novembre 2009, convaincu rapidement par des collègues de son utilité, en dépit de tous mes a priori. Je ne sais plus précisément si j’ai 15 682 ou 15 692 abonnés. Le nombre exact est de toute manière trivial et sans importance ( tant que j’en ai plus que @ HugoDumas). Je ne consulte pas ces statistiques quotidiennement, comme d’autres les cotes de la Bourse. Il y a des limites au narcissisme. Certains jours, j’oublie de vérifier.

Il est aussi exagéré de dire que je suis obsédé par les chiffres ronds, même si j’ai fait coïncider la publication de cette chronique avec mon 5000e twitt et qu’il y a précisément 500 jours que je suis abonné à Twitter ( ce qui fait exactement, si mes calculs sont bons, 10 tweets par jour).

Une lectrice à qui j’avais répondu dans la nanoseconde m’a demandé la semaine dernière, sur Twitter, si j’y étais branché sous perfusion. Pas du tout. Il se trouve que je suis diligent, et que par le plus pur des hasards, j’étais à ce moment précis devant mon ordinateur. À moins que ce ne soit devantmon ordinateur portable, mon téléphone « intelligent » ou l’iPad que m’avait prêté La Presse.

Je ne suis pas dépendant à Twitter. Et afin de ne jamais le devenir, je m’astreins depuis toujours à des règles strictes de microblogage. Je ne twitte jamais sans gants, quand la température extérieure est inférieure à moins 25. Je ne twitte pas sous la douche, lorsque j’ai à me laver les cheveux. Je ne twitte jamais avant 7h30 du matin, question de civilité ( quoique avant-hier, c’est vrai, il n’était que 7h28).

Est-ce que je regarde parfois la télévision sans twitter? Jamais. Ce qui ne veut rien dire, en ce qui me concerne. Les autres aussi le font. Nous sommes des milliers autour de cette machine à café nouveau genre. Je compose des messages à l’épicerie, au restaurant et à la librairie. Je le fais à la piscine, pendant les cours de mon plus vieux. Je twitte en dînant, devant mon ami Marc-André, qui ne m’en tient pas rigueur.

Est-ce que je perds parfois mon temps sur Twitter? Jamais. Puisque je twitte pendant ce temps-là. Je twitte, donc je suis. Et on me suit. Au nom de l’avancement de l’homme et de sa société. Au service constant d’une information de qualité. Et pour savoir ce que l’on dit de Jean-Michel Dufaux aux Enfants de la télé.

Il est vrai que je twitte assez pour m’être dédoublé sur Twitter. À mon adresse secondaire, @ CassiviSoccer, je discute de foot avec d’autres mordus, je commente les grandes compétitions, et je m’informe des nouvelles du jour.

D’ailleurs, depuis que j’ai découvert Twitter, je n’ai jamais été plus informé. De tout et de rien. De futilités et des grands enjeux géopolitiques mondiaux. Je sais tout sur la catastrophe japonaise grâce à mes abonnements à la BBC, au Guardian, au New York Times, au Monde, à Time Magazine, à CNN, à Cyberpresse, à Radio-Canada, et aux autres. Aucune nouvelle de cinéma ne m’échappe depuis que je suis abonné à Allo Ciné, Imdb, Variety, @ MALussier, @ EbertChicago, Télérama, Mon Cinéma, etc.

C’est vrai, Twitter n’est peutêtre pas la plateforme idéale pour résoudre de grands débats d’éthique et de société en 140 caractères. C’est un média qui n’est pas à l’abri du potinage, des épanchements obséquieux et du partage excessif d’états d’âme. Mais c’est une agora moderne ou je trouve une communauté d’esprit, des idées pour des chroniques, et une mine d’informations, pertinentes et moins pertinentes, sur tout ce qui m’intéresse: la politique, les arts, le sport, la cuisine, le voyage et MC Gilles. On m’excusera d’ailleurs. J’y retourne à l’instant.