LA VIE APRÈS L’ONF
Guy Maguire,
webmestre et cycliste

par Marie-Pierre Tremblay
juin 2003

En 2001, Guy Maguire (1) troquait son fauteuil de directeur général-adjoint pour une selle de vélo, son attaché-case pour des cartes de presse et ses longues planifications pour le développement d’une centaine de sites internet formidablement documentés. Un virage qui le met en contact avec les meilleurs athlètes canadiens en vélo, plongeon et ski de fond, les dirigeants des fédérations sportives, les parents des athlètes, les entraîneurs, les organisateurs de courses, les journalistes sportifs et un lectorat comptant des centaines de milliers de professionnels et d’amateurs à travers le monde.(2)

Les débuts
« Je voyais les sites d’Yves Leduc. C’était beau, bien fait et je me disais : « Moi, je ne suis pas capable de faire ça, c’est trop compliqué ». Cela me semblait vraiment hors de portée. Puis un jour, je découvre que mon fils Louis, qui étudiait alors en informatique, avait créé un site sur des groupes musicaux. Alors Louis m’a montré comment m’y prendre et pour essayer, j’ai bâti un site pour Marthe, ma femme, qui est travailleuse sociale et qui a ouvert un bureau privé à la demande de ses clients. Elle est spécialiste de la thérapie brève, a donné plusieurs conférences et publié des articles remarqués. Je voulais expliquer ce qu’elle faisait, son approche, ses études et tout. Elle a été la première travailleuse sociale au Québec à avoir son site internet. C’est un site qui est fréquemment consulté. »

La naissance de veloptimum.net
« J’avais trouvé ça très intéressant et je voulais en faire un autre. Comme je naviguais beaucoup sur internet et que j’étais fasciné par le vélo, je découvrais des trucs que j’envoyais aux uns et aux autres et je n’en finissais plus de donner des références. Alors je me suis dit que je devais créer mon propre site. Je l’ai appelé Véloptimum.

Au départ, je me suis demandé ce qui pourrait intéresser les gens : comment acheter et entretenir un vélo ; où rouler au Québec ; j’ai abordé les questions de sécurité (sièges et voiturettes pour enfants, port du casque, que faire contre les chiens qui se lancent à votre poursuite, etc.) et petit à petit j’ai développé deux grands dossiers qui me tiennent à cœur parce qu’ils traitent de sujets qui constituent de sérieux problèmes pour les cyclistes : le virage à droite au feu rouge et le téléphone cellulaire au volant. » Maintenant, on y trouve de tout : des infos sur les clubs de vélo, les voyages au Canada et à l’étranger, les compte-rendus des courses, des fiches sur les athlètes et les artisans des courses, bref tout ce qui se rapporte au vélo est là. C’est certainement le site le plus développé au Canada, en français. Ce n’est peut-être pas le plus beau, je ne suis ni graphiste ni designer, mais c’est le plus complet. »

Les premiers sites d’athlètes
« Un jour, je vois dans le journal que Lyne Bessette vient de gagner la médaille d’or aux Jeux du Commonwealth. C’est vraiment ça qui m’a allumé. J’avais mon site général sur le vélo mais là , c’était un événement. Il n’y avait personne qui s’attendait à cela, elle n’était pas connue du public et je ne la connaissais pas non plus. Mon premier réflexe a été de découper des articles de journaux et de démarrer un site sur elle. Cela a été mon premier site sur une athlète. Un an plus tard, environ, elle participait à une course aux États-Unis et le commanditaire invitait les gens à écrire un mot d’encouragement aux coureuses. Je lui ai envoyé une petite note en lui disant que je la suivais et que j’avais construit une page internet sur elle. Elle m’a répondu en me donnant son adresse courriel. Nous avons continué à correspondre et j’ai été la rencontrer avec Marthe, dans la région de Sutton.

Entretemps, j’avais commencé un site sur Dominique Perras, un des cyclistes canadiens les plus en vue à l’heure actuelle. Pour me remercier, il m’a offert un maillot de l’équipe européenne avec laquelle il courait. C’était alors un des seuls maillots Phonak qui existait en Amérique, je crois. Hors, comme mon gabarit n’est pas exactement celui d’un coureur cycliste mais qu’il convient à Marthe parfaitement, elle le portait lors de notre rencontre avec Lyne Bessette, et tout l’entourage de Lyne a alors salué avec respect... Madame Perras ! Le monde du cyclisme est un univers bien particulier. Tout le monde se connaît ! »

Le plaisir du scoop
« Par après, j’ai fait le site de Clara Hughes qui est l’une des quatre athlètes de toute l’histoire des Olympiques à avoir gagné une médaille aux olympiques d’hiver (en patinage de vitesse) et aux olympiques d’été (en vélo), puis celui de Geneviève Jeanson », de continuer Guy du même souffle. « Elle, c’est un vrai phénomène. J’avais commencé à la suivre avant qu’elle ne remporte à trois jours d’intervalle le Championnat du monde junior au contre-la-montre et le Championnat du monde junior sur route. Je connais ses parents et, un jour, je les rencontre au Marché Atwater. Je leur demande : « Avez-vous eu des nouvelles ? » Ils me répondent : « Vous saviez ? Nous, on ne savait même pas qu’elle y participerait. Eh oui ! elle a réussi. Elle a battu pour la deuxième fois le record d’ascension du Mont Washington. On vient tout juste de l’apprendre ». Alors, moi, j’avais un scoop sur cet exploit incroyable. Dans les minutes qui ont suivi, j’ai mis les résultats sur internet, trois heures avant que la nouvelle soit diffusée par les autres médias. »

Les Vélo nouvelles
« Vélo nouvelles, c’est une page que j’alimente quotidiennement. Tous les jours, je vais sur internet, j’en extraie ce qui me semble le plus intéressant pour les cyclistes et je le publie. Je reçois aussi très souvent des courriels des coureurs eux-mêmes, me signalant ceci ou cela. Alors, je transforme les courriels en communiqués et je les illustre de photos que je prends sur le site de leur équipe. »

Les complicités
« Jusqu'à aujourd’hui, j’ai bâti 33 sites ou pages sur les cyclistes québécois et je les tiens bien à jour. Je fais souvent de la rédaction moi-même mais, tout compte fait, je génère assez peu de contenu. Comme il n’y a pas de pub sur mes sites, les gens savent que c’est du bénévolat et ils font tout pour me faciliter la tâche. Ils m’envoient plein de dossiers de toutes sortes, des courriels, des notes, des photos. Je reproduis aussi des articles qui me sont envoyés par des journalistes étrangers et qui me donnent des points de vue nouveaux sur un athlète, ou je mets en ligne des articles destinés au marché québécois mais qui permettent aux Européens, par exemple, de suivre leurs équipes en compétition ici. Je fais des hyperliens avec plein d’autres sites intéressants. Comme il n’y a pas beaucoup de sites en français, j’ai des échanges constants avec le public, les coureurs, les journalistes. Mes sites constituent une sorte de plaque tournante où chacun y trouve son compte. J’ai l’impression que mon travail est vraiment utile. En tout cas, je reçois à tous les jours des témoignages de gens qui semblent l’apprécier. Et quant aux athlètes eux-mêmes, ils sont tout à fait ravis car les sites leur donnent une grande visibilité. »

Les coulisses
« En me délivrant des accréditations, les fédérations sportives reconnaissent elles aussi la valeur de mon travail. Et ces accréditations valent leur pesant d’or car elles me donnent accès à l’arrière-scène des événements. Cela me permet d’assister aux conférences de presse, de prendre des photos avec la caméra numérique qui m’a été offerte lorsque j’ai quitté l’ONF, de me tenir aux premières lignes et d’entendre et de voir tout ce qui se passe en coulisses. Cela me permet aussi de prendre place dans les voitures de presse... Ça, c’est vraiment l’fun parce que dans certaines courses, les voitures de la caravane sont en liaison radio avec les officiels et tu sais instantanément où est tel ou tel coureur, qui est en échappée, etc, etc. Et comme le hayon arrière est ouvert et que le banc est tourné vers l’arrière, les cyclistes sont à 100 pieds de toi. C’est très excitant.

J’ai fait des rencontres extraordinaires. Avec Louis Barbeau, par exemple, qui est directeur technique de la fédération québécoise de sports cyclistes pour le secteur route. Ce gars-là , c’est une encyclopédie vivante du vélo. Et j’ai de bonnes relations avec plusieurs journalistes, comme Martin Smith du Journal de Montréal et Simon Drouin de La Presse, de même qu’avec des photographes comme Martin Chamberland et Bernard Brault. Je reçois plusieurs invitations pour assister à des dîners ou à des galas et j’adore cela. Oui, je partage maintenant un univers dont je n’avais jamais pensé être. Mais c’est certain que maintenant, « je fais partie de la gang ».

La passion du vélo
« L’année dernière, j’ai roulé tout près de 6000 kilomètres. Non non, il n’y a pas tellement longtemps que je fais du vélo. Avec les enfants, le travail, je n’avais pas beaucoup de temps. Mais Marthe est très très sportive et elle m’a entraîné à sa suite. Maintenant j’ai fait tellement de progrès que je vais de temps en temps rouler avec des champions... Et nos vacances, nous les passons à vélo. Nous en avons fait beaucoup au Québec, un peu aux États-Unis, mais aussi en Hollande, en France (les châteaux de la Loire) et, cette année, ce sera l’Autriche.

Tu sais, ma priorité, quand il fait beau, c’est de rouler. Je ne vais pas faire mes trucs avant d’aller rouler, mais après, quand j’ai du temps, je fais ça à mon rythme. Au bout du compte, j’y mets des heures mais ce n’est jamais un fardeau, c’est toujours un plaisir renouvelé. C’est en fait beaucoup beaucoup de plaisir et ça rend service. Qu’est-ce qu’on peut demander de mieux ? »

________________________

(1) Guy Maguire est entré à l’ONF en 1967. Il a occupé successivement les postes de représentant à Sherbrooke, de directeur régional pour le Québec et de chef de la mise en marché française à la Division de la Distribution puis de directeur-adjoint Distribution. Il devient par la suite directeur du Programme hors-Québec (production et distribution) et directeur général-adjoint Distribution au Programme français. Il a pris sa retraite en 2001.

(2) Dans cette très longue entrevue - on connaît la verve de Guy et son goût de l’anecdote - il a été aussi largement question de ski de fond et de plongeon, deux autres de ses passions. Nous y reviendrons à l’automne.

NDLR - Vous avez un vélo à donner ? Si vous êtes de Montréal ou des environs, communiquez avec SOS Vélo (514.251.8803), Cyclo Nord-Sud (514.843.0077) ou encore avec Les Enfants de Bolivie (450.763.0849).

________________________

photo 1 : par Louis Panneton-Maguire
photo 2 : Clara Hughes, Guy Maguire et Lyne Bessette au Vélodrome de Bromont, au printemps 2002. Par Dominique Beaudoin
photo 3 : par Vélo Québec



nouvelles achat & entretien rouler au Québec hors Québec sécurité course cyclos montagne industrie quoi d'autre ?

Page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, svpsports@gmail.com
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

veloptimum.net