2 février 2008

Une retraite sans risque: possible ou pas ?

Jean Courchesne

Quel­le som­me ­puis-je re­ti­rer de mon ca­pi­tal à cha­que an­née ­pour ­être rai­son­na­ble­ment cer­tain de ne pas en man­quer ­avant la fin de la re­trai­te ?

­Dans la pra­ti­que, ­nous cons­ta­tons que beau­coup de fu­turs re­trai­tés ou de re­trai­tés ­sous-es­ti­ment le nom­bre d’an­nées qu’ils vi­vront du­rant ­leur re­trai­te. Ces per­son­nes né­gli­gent ­donc de pla­ni­fier ­leurs re­ve­nus fu­turs en consé­quen­ce et em­piè­tent ain­si ­trop ra­pi­de­ment sur ­leur ca­pi­tal. Ils ris­quent ­donc d’en man­quer ­avant la fin du par­cours. Gé­né­ra­le­ment, les pla­ni­fi­ca­teurs ex­pé­ri­men­tés re­com­man­dent d’en­tre­voir la pos­si­bi­li­té que ­vous al­lez vi­vre ­plus long­temps que ­vous ne le ­croyez. Les don­nées sui­van­tes por­tent à ré­flé­chir.

Un hom­me qui at­teint 65 ans a 50 % de pro­ba­bi­li­té de vi­vre jusqu’à 83 ans et 25 % d’at­tein­dre 89 ans. Une fem­me qui at­teint 65 ans a 50 % de pro­ba­bi­li­té de vi­vre jusqu’à 86 ans et 25 % d’at­tein­dre 92 ans. Un cou­ple ­dont les ­deux mem­bres ont at­teint 65 ans a 50 % de pro­ba­bi­li­té que l’un ­d’eux vi­ve jusqu’à 90 ans et 25 % que l’un ­d’eux vi­ve jusqu’à 94 ans. (Sour­ce : In­sti­tut ca­na­dien des ac­tuai­res)

Un ­grand nom­bre ­d’idées cir­cu­lent à pro­pos du ­taux de dé­cais­se­ment ou, si ­vous pré­fé­rez, du pourcentage du ca­pi­tal de re­trai­te qui ­peut ­être re­ti­ré à cha­que an­née. Une de ces ­idées pré­co­ni­se que le pourcentage de dé­cais­se­ment qu’un re­trai­té ­peut ef­fec­tuer pour­rait cor­res­pon­dre au po­ten­tiel de ren­de­ment à ­long ter­me de son por­te­feuille. Ain­si, en sui­vant cet­te lo­gi­que, un re­trai­té qui pré­voit que sa stra­té­gie de pla­ce­ment gé­né­re­ra à ­long ter­me un ren­de­ment an­nuel com­po­sé de 7 % pour­rait re­ti­rer à cha­que an­née 7 % de son por­te­feuille ­sans met­tre son ­plan fi­nan­cier en pé­ril.

Re­gar­dons les ­deux exem­ples sui­vants ­pour éva­luer les li­mi­tes de ce rai­son­ne­ment.

>> Le re­trai­té fa­vo­ri­sé par la conjonc­ture :

Un re­trai­té fa­vo­ri­sé dé­bu­te sa re­trai­te ­avec un por­te­feuille équi­li­bré ­dont le ren­de­ment an­nuel com­po­sé est de 7 %. Ce ren­de­ment est pro­duit à par­tir de la sé­quen­ce des ­cinq ren­de­ments an­nuels sui­vants : 10 %, 9 %, 6 %, 7 % et 3 %. Si no­tre re­trai­té ef­fec­tuait un re­trait an­nuel cons­tant de 7 % ba­sé sur la va­leur in­itia­le de son por­te­feuille, le ca­pi­tal de re­trai­te n’au­rait pas été entamé ­après ­cinq ans de pré­lè­ve­ments. En ­fait, la va­leur du por­te­feuille ­après ­cinq ans se­rait mê­me ­plus gran­de qu’au mo­ment de sa créa­tion.

Deux rai­sons ex­pli­quent ce ré­sul­tat : la fai­ble vo­la­ti­li­té du ren­de­ment et les ren­de­ments les ­plus éle­vés ont été ob­te­nus du­rant les ­deux pre­miè­res an­nées. Ain­si, une fai­ble vo­la­ti­li­té, as­so­ciée à des ren­de­ments in­itiaux éle­vés ­jouent en fa­veur de la pré­ser­va­tion du ca­pi­tal.

>> Le re­trai­té dé­fa­vo­ri­sé par la conjonc­ture :

Un re­trai­té ­moins chan­ceux dé­bu­te sa re­trai­te ­avec un por­te­feuille ­plus «dy­na­mi­que» ­dont le ren­de­ment an­nuel com­po­sé est de 8 %. Ce ren­de­ment est pro­duit à par­tir de la sé­quen­ce sui­van­te : -16 %, -4 %, 7 %, 25 % et 36 %. Si no­tre in­ves­tis­seur ef­fec­tuait un re­trait an­nuel cons­tant de 8 %, le ca­pi­tal de dé­part au­rait été ­alors entamé de ­près de 15 % ­après ­cinq ans, et ce, mal­gré des ­taux de ren­de­ment éle­vés ob­te­nus à l’an­née qua­tre et ­cinq. La gran­de vo­la­ti­li­té du por­te­feuille et les ren­de­ments né­ga­tifs ob­te­nus ­dans les ­deux pre­miè­res an­nées ex­pli­quent ce ré­sul­tat.

Les exem­ples pré­sen­tés vi­sent sim­ple­ment à dé­mon­trer le ­lien en­tre la vo­la­ti­li­té, la sé­quen­ce des ren­de­ments et la pré­ser­va­tion de vo­tre ca­pi­tal. Bien que l’on puis­se es­ti­mer à par­tir de don­nées his­to­ri­ques le ren­de­ment po­ten­tiel d’un por­te­feuille à ­long ter­me, per­son­ne ne ­peut pré­voir à l’avan­ce la sé­quen­ce des ren­de­ments que ­vous ob­tien­drez ­dans les pre­miè­res an­nées de vo­tre re­trai­te.