Jean Courchesne
Quelle somme puis-je retirer de mon capital à chaque année pour être raisonnablement certain de ne pas en manquer avant la fin de la retraite ?
Dans la pratique, nous constatons que beaucoup de futurs retraités ou de retraités sous-estiment le nombre d’années qu’ils vivront durant leur retraite. Ces personnes négligent donc de planifier leurs revenus futurs en conséquence et empiètent ainsi trop rapidement sur leur capital. Ils risquent donc d’en manquer avant la fin du parcours. Généralement, les planificateurs expérimentés recommandent d’entrevoir la possibilité que vous allez vivre plus longtemps que vous ne le croyez. Les données suivantes portent à réfléchir.
Un homme qui atteint 65 ans a 50 % de probabilité de vivre jusqu’à 83 ans et 25 % d’atteindre 89 ans. Une femme qui atteint 65 ans a 50 % de probabilité de vivre jusqu’à 86 ans et 25 % d’atteindre 92 ans. Un couple dont les deux membres ont atteint 65 ans a 50 % de probabilité que l’un d’eux vive jusqu’à 90 ans et 25 % que l’un d’eux vive jusqu’à 94 ans. (Source : Institut canadien des actuaires)
Un grand nombre d’idées circulent à propos du taux de décaissement ou, si vous préférez, du pourcentage du capital de retraite qui peut être retiré à chaque année. Une de ces idées préconise que le pourcentage de décaissement qu’un retraité peut effectuer pourrait correspondre au potentiel de rendement à long terme de son portefeuille. Ainsi, en suivant cette logique, un retraité qui prévoit que sa stratégie de placement générera à long terme un rendement annuel composé de 7 % pourrait retirer à chaque année 7 % de son portefeuille sans mettre son plan financier en péril.
Regardons les deux exemples suivants pour évaluer les limites de ce raisonnement.
>> Le retraité favorisé par la conjoncture :
Un retraité favorisé débute sa retraite avec un portefeuille équilibré dont le rendement annuel composé est de 7 %. Ce rendement est produit à partir de la séquence des cinq rendements annuels suivants : 10 %, 9 %, 6 %, 7 % et 3 %. Si notre retraité effectuait un retrait annuel constant de 7 % basé sur la valeur initiale de son portefeuille, le capital de retraite n’aurait pas été entamé après cinq ans de prélèvements. En fait, la valeur du portefeuille après cinq ans serait même plus grande qu’au moment de sa création.
Deux raisons expliquent ce résultat : la faible volatilité du rendement et les rendements les plus élevés ont été obtenus durant les deux premières années. Ainsi, une faible volatilité, associée à des rendements initiaux élevés jouent en faveur de la préservation du capital.
>> Le retraité défavorisé par la conjoncture :
Un retraité moins chanceux débute sa retraite avec un portefeuille plus «dynamique» dont le rendement annuel composé est de 8 %. Ce rendement est produit à partir de la séquence suivante : -16 %, -4 %, 7 %, 25 % et 36 %. Si notre investisseur effectuait un retrait annuel constant de 8 %, le capital de départ aurait été alors entamé de près de 15 % après cinq ans, et ce, malgré des taux de rendement élevés obtenus à l’année quatre et cinq. La grande volatilité du portefeuille et les rendements négatifs obtenus dans les deux premières années expliquent ce résultat.
Les exemples présentés visent simplement à démontrer le lien entre la volatilité, la séquence des rendements et la préservation de votre capital. Bien que l’on puisse estimer à partir de données historiques le rendement potentiel d’un portefeuille à long terme, personne ne peut prévoir à l’avance la séquence des rendements que vous obtiendrez dans les premières années de votre retraite.