Le retraité qui gagne trop cher pourrait avoir une mauvaise surprise
Yves Gingras
Vous avez trimé dur toute votre vie et vous vous êtes toujours acquitté de vos impôts de bonne grâce.
Ces impôts, pourtant élevés, devaient servir à vous verser une pension de vieillesse une fois vos vieux jours arrivés. C'est du moins ce que vous pensiez...
Mais la triste réalité risque d'être tout autre.
Vous pourriez, en effet, perdre cette pension si vous ne planifiez pas suffisamment votre retraite.
« Dans toute planification financière, il faut faire une projection des revenus de retraite », met en garde Gaétan Veinette, planificateur financier au Groupe Investors, à Brossard.
Le but étant de prévoir si les revenus de retraite excéderont le seuil fatidique de 63 511$ par année.
Car pour chaque dollar gagné en sus de ce montant, la pension de sécurité de vieillesse sera réduite de 15 cents.
Par exemple, un contribuable gagnant 71 511$, soit 8000 $ en sus du seuil établi pour 2007 à 63 511$, voit sa pension fédérale réduite de 1200 dollars par année, ou 100 $ par mois.
La pension mensuelle qu'il touchera en 2008 ne sera donc pas de 502,31$ mais de 402,31$.
Pour sa part, le retraité touchant plus de 103 111 $ ne recevra rien du gouvernement fédéral puisque la récupération de 15 aura accaparé la totalité de sa pension.
« Les tables publiées par les bureaux de comptables indiquent que le taux d'imposition maximal au Québec (impôts fédéraux et provinciaux combinés) est de 48%, observe M. Veinette. Si l'on ajoute une récupération de la pension de vieillesse de 15 %, cela fait un total de 63%.»
D'où l'importance, selon le conseiller financier, d'établir une stratégie afin de réduire le revenu net imposable (qui sert à déterminer la récupération de la pension de vieillesse).
« Pour ce faire, il faut défiscaliser certains revenus », poursuit-il.
Fiducie
Par exemple, un contribuable pourrait établir une fiducie entre vifs à l'avantage des membres de sa famille.
Ainsi, les sommes retirées de cette fiducie et servant à l'entretien de l'unité familiale ne seront pas incluses dans le revenu du contribuable.
Ce dernier pourrait ainsi éviter de franchir le seuil au-delà duquel est enclenché le processus de récupération de la pension de sécurité de vieillesse.
Le conseiller financier spécifie toutefois que cette stratégie n'est pas appropriée pour lés gens touchant moins de 100 000$ par année.
Une autre stratégie consiste à effectuer des retraits supérieurs à nos besoins avant 65 ans ou lors d'années où les revenus seront moindres.
Par exemple, un contribuable prenant une préretraite pourra effectuer des retraits de son RÉER au cours de ces années où ses revenus devraient normalement être moins élevés.
Fractionnement du revenu
Gaétan Veinette souligne également l'importance de profiter des possibilités de fractionnement du revenu pour les personnes âgées de 65 ans et plus.
Depuis 2006, on permet à un retraité d'allouer une partie de ses revenus à son conjoint afin de réduire son impôt.
Un contribuable gagnant, par exemple, 100 000 $ pourrait transférer 40 000$ de revenus à son conjoint qui n'en gagne réellement que 20 000 $.
Ainsi, chaque membre du couple aurait un revenu pour les fins fiscales de 60 000$ et le conjoint plus fortuné éviterait ainsi la récupération de sa pension de vieillesse.
Cette possibilité de fractionner les revenus de retraite a rendu moins attrayante la contribution au RÉER du conjoint, stratégie très populaire, jusqu'en 2006. «Mais la contribution au RÉER du conjoint demeure pertinente dans certains cas », précise néanmoins Gaétan Veillette.
En effet, il y aurait toujours lieu de cotiser au REER du conjoint si l'on prévoit prendre sa retraite avant 65 ans.
Le RÉER du conjoint demeure aussi une option intéressante si l'on compte se prévaloir du Régime d'accession à la propriété ou si le conjoint moins fortuné pense puiser dans son REER pour retourner sur les bancs d'école.
L'option des Fonds de placement de Série T
Yves Bourgeois, conseiller financier pour le Groupe Option-Retraite à Montréal, propose d'acheter des fonds communs de placement de Série T.
Ces fonds tentent, dans la mesure du possible, de verser des remboursements de capital à leurs détenteurs de parts plutôt que des dividendes ou des intérêts.
Les sommes ainsi attribuées ne constituent pas un revenu fiscal puisque c'est un remboursement de l'argent investi par le contribuable et non un revenu d'intérêt ou de dividende.
« Par exemple, plusieurs de ces fonds peuvent verser jusqu'à 8 % ou 10% en capital sans que cela soit inclus dans le revenu du contribuable », explique le conseiller financier.
M. Bourgeois observe que des clients possédant jusqu'à environ un demi-million de dollars d'actifs peuvent ainsi toucher des revenus tout en allant chercher non seulement la pension de sécurité de vieillesse, mais également le supplément de revenu garanti (versement octroyé par le gouvernement fédéral aux plus démunis des retraités) et les crédits d'impôt pour remboursements de TPS, de TVQ et d'impôts fonciers.
« Je recommande particulièrement à mes clients les fonds de série T de Fidelity », poursuit Yves Bourgeois.
Par exemple, les fonds Fidelity Équilibré et Répartition d'actifs de série T ont rapporté annuellement sur 5 ans 11,5 % et 10,9%.
Cette stratégie est pertinente toutefois pour les retraités disposant de sommes non incluses dans un REER.
Un client disposant de fonds de série T hors-REER pourrait retarder jusqu'à 71 ans les sorties de fonds de son RÉER ou le paiement du Régime des rentes du Québec et vivre en attendant de retraits faits à même ses fonds de série T.
L'investisseur devra toutefois être conscient que les retraits de ses fonds de série T abaisseront le coût réputé de ses parts.
Ainsi, le gain en capital sera plus élevé lorsqu'il revendra ses parts de fonds de série T.
Il risque néanmoins d'être gagnant puisque le gain en capital jouit d'un traitement fiscal avantageux. En effet, seule la moitié du gain en capital est inclus dans le revenu imposable du contribuable.