Pierre F.
« Une pression comme je n'en ai jamais ressenti »
« Non, je ne suis pas tombée ! »
C'est la première question que j'ai posée à Lyne Bessette quand je l'ai rejointe hier à son hôtel en banlieue de Trévise : « Es-tu tombée ? ». Quand j'ai vu son rang sur Internet, 20e du contre-la-montre élite à deux minutes de la Hollandaise Van Moorsel, je me suis dit qu'il était sûrement arrivé quelque chose. Soyons clair. Lyne Bessette n'était pas une des favorites de cette course. Cinquième, sur un parcours beaucoup trop plat pour elle, c'eût été extraordinaire. Mais il y a ça aussi, toute la saison Bessette nous a servi de l'extraordinaire. Sa victoire dans le Tour de l'Aude, extraordinaire. Sa course en Coupe du monde sur le mont Royal, extraordinaire. Ses progrès dans le contre-la-montre, extraordinaires. Alors pourquoi pas cinquième. Mais dixième eût été sa vraie place. Quinzième un peu décevant. Vingtième (sur 39), disons-le sans prendre de gants, un peu désastreux.
« Alors tu n'es pas tombée ?
- Non. C'est dans ma tête que ça ne marchait pas et je ne sais pas pourquoi. Un gros stress. Une pression comme je n'en ai jamais ressenti. Pourtant je
suis au mieux de ma forme. Les conditions étaient bonnes, il y avait de l'ambiance, du monde tout le long du parcours, c'était le fun. Techniquement, j'ai bien tenu ma ligne, tout était parfait. Sauf dans ma tête. C'est dans ma tête, pas dans mes jambes... »
Très déçue, la grande. Et aussi très honnête. Elle aurait pu me dire n'importe quoi. Par exemple, qu'elle avait pris les choses aisément puisque, de toute façon, sa vraie cible c'est la course sur route de samedi...
« J'espère que j'ai évacué la pression dans cette contre-performance, et que samedi je pourrai m'exprimer pleinement. Reste que, aujourd'hui, je suis très déçue. 20e derrière des filles comme ma coéquipière chez Saturn Emily Robins qui est une pure grimpeuse, c'est pas ma place. C'est pas moi. La première fois que je vis ça. Difficile... »
Soucieuse, la grande. Peut-être même un peu ébranlée. Ce n'est pas le bon moment pour douter. Elle aura besoin de tous ses moyens samedi pour monter sur le podium. C'est que ça va vite devant ! Très très vite. Les Van Moorsel, les Wilson, les Pucinskaite, les Zabirova, les Kupfernagel, eh madame ! ces demoiselles-là flyaient hier comme des hommes, et encore, comme des hommes pleins de toutes sortes de vitamines.
L'autre Canadienne, Clara Hughes, a terminé septième. Un très bon résultat.
La Hollandaise Léontien Van Moorsel - Léontien! pourquoi pas Gustave un coup parti - Léontien a gardé son titre de justesse devant une autre coéquipière de Lyne Bessette chez Saturn, l'Australienne Anna Wilson. Si j'étais à la place de Bessette, je ne quitterais pas cette Wilson de l'oeil samedi, elle ne devrait pas atterrir très loin du podium.
Une précision pour finir, quand je vous dis que les filles roulent comme les gars, j'exagère quand même un peu, sur le même parcours de 25,85 km, moyenne du vainqueur chez les juniors, le Suisse Fabian Cancellara : 50,6 km/h. Moyenne de la Hollandaise Van Moorsel : 47,6 km/h. Moyenne de Lyne Bessette : 45 km/h.
La course Contre-la-montre élite hommes. 50,60 km. Plat avec une petite côte à mi-course. Entrée en scène des «super grands», ceux qui font pipi bleu-marine, ceux qui font autant pour l'avancement du cyclisme que pour l'avancement de la pharmacie.
Les favoris Sur sa forme du récent Tour d'Espagne, l'Allemand Jan Ullrich semble intouchable. Dans le dernier contre-la-montre du Tour d'Espagne, il a pris près de trois minutes à son plus proche rival, le Suisse Alex Zuelle. Outre Zuelle, le plus sérieux adversaire de Ullrich sera l'Ukrainien Sergei Gontchar de retour d'une suspension pour dopage dans le Tour de Suisse. Gontchar vient de gagner la classique des contre-la-montre : le Grand Prix des Nations. Aussi parmi les favoris, l'Anglais Boardman qui vient de gagner rien du tout vu qu'il est un des rares pros à courir à l'eau claire.
Les grands absents : Armstrong, Olano, Jalabert.
Le Canadien de service Eric Wohlberg, de Levack, en Ontario. Wohlberg n'aura pas l'air fou, c'est un assez bon spécialiste du contre-la-montre, il peut se classer dans les douze premiers ce qui suffira largement pour qualifier le Canada pour les Olympiques de Sydney. Demandez-moi pas pourquoi, j'ai rien compris. Je sais seulement qu'il faut que le Canada - avec Wolhberg - se classe dans les 15 premières nations du contre-la-montre d'aujourd'hui pour inscrire deux coureurs au contre-la-montre de Sydney.
Wohlberg, 35 ans (comme le temps passe vite) a gagné le contre-la-montre des Panam cet été et celui du Commonwealth l'an dernier. C'est un gentil monsieur d'une remarquable discrétion, ça fait 35 ans qu'il pédale et qu'il ferme sa gueule, c'est pour ça que vous ne le connaissez pas et moi pas tellement non plus.
Demain - Repos. Les Championnats du monde déménagent à Vérone où se dérouleront les épreuves sur route. Jeanson vendredi. Bessette samedi.
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