30 août 1999

Annie Gariépy jusqu'au bout

Pierre F.

La chose était entendue depuis samedi : Annie Gariépy a remporté le Grand Frix cycliste féminin 1999, la plus importante victoire de sa carrière. Classée comme une bonne équipière, de plus en plus attirée par la piste, Annie avait souvent montré ses limites sur la route, surtout quand cette route monte. Bref, on ne l'imaginait pas remporter une course de cinq jours, aussi sélective que le Grand Prix féminin international. On ne l'imaginait surtout pas battre des Bessette, des Clara Hughes, des Anne Samplonius et des Linda Jackson, toutes frappées de la feuille d'érable, toutes des piliers de l'équipe nationale. On tenait la Gariépy en si mince estime depuis quelque temps qu'on ne l'avait même pas retenue pour ces jeux de seconde zone que sont les Jeux panam.

C'est vous dire si Annie Gariépy souriait hier du sourire de la souris qui a bouffé le chat.

Elle a forgé son succès dans la première étape en prenant deux minutes et demie au peloton qui, entre vous et moi, s'en fichait bien à ce moment-là. Tout le monde savait que la Gariépy se ferait larguer dans les bosses du lendemain. Tout le monde se trompait : elle a tenu, ne cédant que 30 secondes à une Lyne Bessette pourtant impériale ce jour-là.

" Ouais, mais regardez-la bien exploser demain, dans la montée de sept kilomètres du mont Sutton ! ». Tout le monde s'est encore trompé. C'est justement dans le mont Sutton que i la Gariépy a scellé sa victoire. Bessette a attaqué, Gariépy l'a suivie, ou presque. Dix secondes, c'est tout ce qu'elle a cédé à une Lyne Bessette dépitée en dépit de sa victoire, si dépitée qu'elle a dit à son coach en descendant de vélo : " it's set up ». Traduction française : the carrots are cooked.

Restait le samedi mais le samedi Lyne Bessette n'a pas donné un coup de pédale pour renverser la vapeur et refaire son retard. Le dimanche, elle m'a très gentiment engueulé à cause du titre dans La Presse. " Lyne Bessette n'y croyait plus ». Lyne vous fait dire qu'elle y croyait, mais apparemment, son coach, beaucoup moins.

What ever. Hier, dans le contre-la-montre de Brigham, Bessette, une des meilleures au monde dans cette spécialité a réussi un truc canon à plus de 44 km à l'heure, retranchant 63 secondes à l'avance de Gariépy. Comme cette avance était de 95 secondes avant le contre-la- montre, je me dis que forcément il y a quelqu'un qui ne sait pas compter quelque part. Il n'y a pas une excuse qui tienne et n'en déplaise au coach de Lyne, 32 secondes c'était jouable, samedi.

Mais bon, tout finit très bien. Gariépy mérite un million de fois sa victoire. Cinquième hier matin dans un exercice qui n'est pas du tout le sien, elle nous a encore surpris en devançant des spécialistes du contre-la-montre comme Linda Jackson et Dede Demet. Gariépy se sera battue jusqu'au bout, défendant chaque pouce de terrain du bec et des ongles, et elle mérite de loin notre première étoile, qu'elle partagera avec toute son équipe, l'équipe Élita, Mélanie Dorion, Di Guistini, Sarah Ulmes, Kim Langton, et Sophie St-Jacques pour leur combativité et leur intelligence de la course.

La seconde étoile à Jean Lessard et Angèle Fortin qui portent ce Grand Prix féminin à bout de bras et sont en train d'en faire un événement unique dans le calendrier cycliste. Cette année cinq superbes journées de vélo. Samedi à Bedford, en arrivant au terrain de l'exposition, en voyant l'estrade, les tentes de service, les bénévoles qui couraient partout, je vous jure, j'ai eu le flash d'une version bucolique du Tour de France.

La troisième étoile enfin à Lyne Bessette pour ses trois victoires d'étape (tout de même !).

Note... Le contre-la-montre était suivi, à Cowansville, d'un critérium qui n'a rien changé. Cette dernière étape a été remportée par Clara Hughes.


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