Pierre F.
Quelle course mon vieux. Quel spectacle. Et quel décor.
Pour vous résumer, Lyne Bessette a gagné la deuxième étape du Grand Prix Cycliste féminin courue hier autour de Knowlton, mais c'est Annie Garlépy et ses coéquipières de l'équipe Élita qui ont fait la course. Et quelle course mon vieux. On est parti de Knowlton sous un beau soleil, au bout du village on est passé devant la maison de Lyne Bessette, à ce moment-là ça roulait facile, les mains sur les cocotes de freins les filles papotaient chiffon, non c'est pas vrai, la Gariépy a presque tout de suite foutu le feu aux poudres et la course a commencé. Ce n'était plus le temps de parler ni de regarder le paysage.
Ben voyons donc, s'est-on dit, en voyant la Gariépy attaquer peu après Cowansville, ben voyons donc, ça ne marchera pas, ça ne peut pas marcher, elle a presque gagné hier, elle a déjà deux minutes et demie d'avance au général, le peloton va répliquer.
Puis on s'est aperçu qu'elle n'était pas seule. Elle était avec Lyne Bessette, Linda Jackson et une petite Ontarienne inconnue. Bessette ? Jackson? Eh, eh, peut-être que ça allait marcher après tout. Avant Dunham trois autres filles se sont jointes aux fuyardes dont deux Élita, deux équipières d'Annie Gariépy, la Néo-Zélandaise Sarah Ulmes et Mélanie Dorion reconnaissable à sa couette qui dépasse du casque.
Disons-le carré, ce sont les trois Élita qui ont fait la course, les quatre autres filles de l'échappée se contentant de suivre. Les Élita se sont incroyablement dépensées, Ulmes sur le plat, Dorion dans les bosses, et Gariépy déjà dans son carrosse de leader mais qui payait quand même beaucoup de sa personne. Elles ont rageusement creusé sur le peloton un écart qui s'est soldé à l'arrivée par près de cinq minutes.
« C'est ma réponse aux sélectionneurs qui m'ont oublié pour les Jeux Panam », nous a lâché Annie, après la course. Deuxième à Knowlton, comme la veille à Farnham, Annie Gariépy a endossé le maillot de leader du Grand prix. Au classsement général, elle devance Lyne Bessette par près de deux minutes.
« Pour les gens d'ici »
Pour revenir à l'étape, les Élita n'ont pas gagné sur tous les tableaux, ce serait trop beau, à quinze kilomètres de l'arrivée, elles n'ont pu empêcher la grande Lyne Bessette de faire son numéro. Lyne les a attaquées exactement où on pensait qu'elle le ferait, sur le chemin du Mont-Écho. Elle est partie toute en souplesse et puissance, dans l'interminable dernière pente du parcours, elle enroulait le grand plateau comme si elle pédalait sur le plat, vent de dos. Elle est arrivée en solitaire dans Knowlton qui l'attendait, que dis-je, qui l'espérait. Lyne est l'enfant chérie du pays, la preuve triomphante qu'il n'y a pas que des touristes à Knowlton, son père vend de l'huile à chauffage au bout de la grand rue, ça repose des antiquaires et des outlets.
À la ligne d'arrivée Lyne était heureuse bien sûr, mais surtout soulagée : « Je la voulais cette étape-là, moins pour moi - on ne peut pas toutes les gagner - que pour les gens d'ici qui m'encouragent si gentiment »
En résumé, une journée de vélo parfaite. On a eu ce qu'on attendait : la victoire d'étape de Bessette. On a eu en prime un formidable coup de théâtre - Gariépy leader au classement général. Conséquemment, on a aussi la promesse d'un sacré mano a mano entre ces deux-là, aujourd'hui, dans la très dure ascension du Mont Sutton.
Annie Gariépy rêvait à haute voix. « Si je ne perds qu'une de mes deux minutes d'avance dans la montée du Mt-Sutton, si je reste dans la roue de Lyne samedi, et si je survis au contre la montre dimanche... ». Nos voeux vous accompagnent, mademoiselle, mais mettons que ce ne sera pas vraiment des vacances !
Puis-je, en terminent, féliciter le paysage ? Plus précisément l'odeur des pommes dans la montée de la Joy Hill, l'air ahuri des douaniers américains quand nous sommes entrés au Vermont pour d'ailleurs en ressortir aussitôt, et les tâches de rouge dans les érables du Mont-Écho.
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