Pierre F.
(...)
Nous parlions culture.
Ce qui m'intéresse n'est pas la critique. Ni les goûts et les couleurs. C'est d'arriver au point de rupture, d'arriver au bord du gouffre, là où il n'y a pas le plus petit espace de débat.
Par exemple le film Deux Secondes.
J'en avais entendu parler comme d'un truc sympathique (sauf par quelques amis cyclistes). Un bon petit film qui avait reçu le Prix du public au Festival des films du monde.
Je le loue avant-hier. Et je tombe sur un machin totalement nul. Pas seulement par son romantisme à pédales (c'est pas du tout ça, le monde du vélo), nul aussi dans son scénario, dans ses personnages, même Charlotte Laurier, plutôt bonne d'habitude, est nulle. Le point de rupture, c'est quand il n'y a pas le plus petit espace à un débat, à une discussion. Rien. Poubelle.
Sauf qu'au moment où tu refermes le couvercle de la poubelle, des milliers de gens se lèvent et protestent. hé hé, pourquoi tu jettes ça, nous on aime ça !
C'est exactement là que je veux être. Exactement au bord de ce fossé. Exactement devant l'urgence de jeter des ponts par-dessus les industries culturelles qui rationalisent, commercialisent, nivellent pour vendre plus.
Exactement devant l'urgence de jeter des ponts par-dessus une élite d'intellectuels qui donnent souvent l'impression de produire des oeuvres, un discours, qui ont d'abord pour fonction de confirmer leur statut d'intellectuels.
Exactement là, entre deux états culturels.
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