1er septembre 1998

Autres bruits

Pierre F.

Brigham est un minuscule village loyaliste au bord de la Yamaska, un peu au nord de Cowansville. Les loyalistes se singularisaient en plantant un pin devant leur maison, si vous passez un jour par Brigham, cela vous expliquera pourquoi les pins font une haie aussi bizarrement irrégulière, rue principale... Bref, j'étais à Brigham dimanche matin pour couvrir une course de bicyclette, pour mon plaisir plus que par devoir, et, je le souligne, j'étais d'excellente humeur. Du moins en arrivant. Il faisait un petit soleil guilleret. La brise apportait l'odeur des pins. Un beau dimanche matin tout infusé de langueur. J'étais d'excellente humeur, j'insiste, jusqu'à ce que l'annonceur (par ailleurs charmant, mais ça n'a rien à voir), jusqu'à ce que l'annonceur, sur l'estrade des officiels, se mette à parler dans son putain de micro.

Nous n'étions pas plus d'une soixantaine de personnes, coureuses incluses, en plein coeur du village. Il était 9 h 30 dimanche matin et la sono était à fond comme pour un concert des Rolling Stones en plein air. J'imaginais les gens furieux dans les maisons voisines, pestant contre les vociférations de l'animateur qui nous exhortait à faire plus de bruit encore : " On les encourage bien fort, mesdames et messieurs, on fait du bruit, on applaudit, on chante, on crie ! " Quand j'ai suggéré qu'on baisse le volume de la sono, on m'a regardé comme si j'étais le roi des emmerdeurs. Une fête sans bruit ? Imagine-t-on !

J'eus beau faire valoir qu'on était tout juste une soixantaine, qu'on pouvait se parler normalement, que le criayage ne ferait pas venir un spectateur de plus, rien n'y fit. Il faut faire du bruit pour être important.

Ce qui nous ramène à mon projet d'enquête sur le bruit, annoncé l'autre semaine. Vous avez été plus de 300 à y faire écho. Je vous remercie. Votre intérêt confirme que le bruit est bien une des pires pollutions du temps, et vos commentaires ouvrent des avenues intéressantes, par exemple celle-ci : ce qui semble vous déranger plus que le bruit que vous entendez, c'est le même bruit que n'entendent pas les sourds par convenance, pouvoirs publics, voisins, etc.

De loin le bruit le plus dénoncé dans ma boîte vocale est celui font les avions qui arrivent à Dorval. Vient ensuite le bruit du voisin ( surtout son chien et sa piscine ). Les motos. L'hélicoptère des flics. Enfin les bruits industriels.

Je ne sais toujours pas si je me lance là-dedans avant ou après mes vacances. D'ailleurs je ne sais pas encore où et quand je partirai en vacances.

Je suis si perturbé ces jours-ci, et si perplexe sur notre avenir constitutionnel, que si vous me dites encore une fois, juste une fois, d'aller me faire, me faire... j'y vais.


page mise en archives par SVP

Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

veloptimum.net