15 août 1996

La vie après les Jeux

Pierre F.

(…) vous vous demandiez s'il y avait une vie après les Jeux olympiques?

Puisque je vous dis oui. La même qu'avant. Ma fiancée, mes huit minous, mes deux vélos. Le même coup de pédale, un peu moins souple quand même - c'est normal après trois semaines sans rouler. Même que je suis allé me refaire une cadence au Grand Tour, dans le sillage des petits pelotons...

Quelque 2000 cyclistes sur le chemin, forcément on en voit de toutes sortes, et comme toujours, ce n'est pas des plus fins dont on se souvient... Entre Joliette et Rigaud, j'ai suivi longtemps un grand tarla qui cruisait toutes les filles seules qu'il doublait. Le genre pénis à pédales. Un cul au loin? En avant toute. Il dépassait, jugeait du lot mine de rien. Se laissait rejoindre. Abordait : «Bonjour mademoiselle, je peux vous dire un truc? Votre selle est un peu haute. Vous devez avoir mal dans le califourchon, non?» Si j'étais une fille, me semble que j'aimerais mieux qu'on me prenne pour une salope que pour une valise. Baises-tu? J'aimerais mieux que «ta selle est un peu haute». Et ta vue, Ducon, elle est pas un peu basse?

Je sais, je sais. Ni salope ni valise : princesse. Toutes des princesses. Je les voyais hésiter quand le grand tarla les rejoignait et les abordait, elles avaient, écrit sur le front, la question qui les tarabustait : et si celui-là était le bon ? Et si c'était le chevalier qu'elles attendaient qui arrivait enfin sur le grand braquet de son Marinoni ?

Ah.

Des fois, je me dis que Dieu devait être en chicane avec sa fiancée quand il a inventé les filles. Et que c'est pour ça qu'il leur a mis des roues un peu plus petites et des pneus ballounes.


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