19 août 1995

L'automne

Pierre F.

C'est pas pour vous faire freaker, ni rien. Mais l'automne est arrivé. le l'ai rencontré en haut de la montagne de Jay Peak, jeudi soir. Il est roux comme d'habitude et brumeux à la brunante.

J'étais parti de la maison, à vélo, vers cinq heures C'était encore le Cameroun à cette heure-là. Effoirés sous les lilas, minéralisés comme des vieux crocodiles, les chats laissaient les oiseaux se poser sur leur nez. A la frontière le douanier américain était pressé de retrouver la fraîcheur de son cocron climatisé. Le village de Richord sentait le goudron bouilli. Au pied des douze kilomètres de la montée de Jay, j'étais mort, lessivé. Alors j'ai accéléré un peu. C'est un coureur du Tour de France qui m'a donné le truc: « Quand t'es bien fatigué, t'accélère un peu, pas trop, juste ce qu'il faut pour fatiguer ta fatigue ».

J'ai trouvé l'expression joliment aérobique: «fatiguer sa fatigue». Et ça marche! Tu meurs deux ou trois fois, mais ça marche.

J'ai fait la montée dans un sauna. En haut l'automne m'attendait. Un frisson. Un peu de brume en plongeant dans la vallée. Une tache de roux dans les arbres. L'automne, mon vieux.

S'il peut être aussi beau que l'été qui durera bien encore un mois, l'hiver est encore loin.

C'est le bonheur que je nous souhaite.


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