7 juin 1993

Le Grand Prix cycliste de Beauce

C'est quand même bizarre...

Pierre F.

L'Américain Marty Jemison sort grand vainqueur

Saint-Georges

Vous êtes-vous fait mouiller au Tour de l'Ile hier ? Désolant n'est-ce pas ?

Eh bien c'était encore plus moche à Saint-Georges, au final du Grand Prix cycliste de Beauce. Je parle de la mocheté du temps, de la pluie, de la grisouillerie, des spectateurs qui ne sont pas venus...

Mais la course elle-même n'en a pas trop souffert. Ni les coureurs. Surtout pas l'Américain Marty Jemison qui n'a pas été inquiété une seconde dans le critérium de clôture.

Jemison remporte donc brillamment ce Grand Prix cycliste de Beauce sans avoir gagné une seule étape, mais ça n'a rien à voir...

Une belle trouvaille ce Jemison. Coureur complet, avec une grande intelligence de la course, il a trouvé dans l'équipe Reynolds les équipiers de luxe pour l'épauler (Rover, McNutt, Lukas) et faire jeu au moins égal avec les très fortes équipes de l'Est...

Très calme, ce n'est le critérium d'hier qui pouvait l'énerver. 70 kilomètres tournés à toute allure dans le centre ville et remporté par l'Italien Giuseppe Guerrini, déjà vainqueur du grand prix de la montagne. En attaquant avec deux tours à faire Guerrini a surpris tout le monde, même lui : «Quand j'ai vu les Russes et les Hollandais se préparer pour le sprint, je me suis dit tiens, tiens, si j'attaque ils vont se regarder en se disant d'où il sort celui-là ?»

Guerrini a réussi à garder une poignée de secondes d'avance sur le peloton jusqu'à l'arrivée. Le Hollandais Haij qu'on avait beaucoup vu en début de course, a réglé un Ukrainien et un Russe pour le sprint du peloton...

Et c'est sur cette finale très cosmopolite qu'est tombé le rideau du Grand Prix cycliste de Beauce. La plus belle et la plus dure de toutes les courses au Canada...

C'est quand même bizarre...

Cela a commencé tout doucement il y a six ans quand Jean Lessard, un Beauceron de Montréal, un ancien coureur, est revenu dans ses collines natales, organiser un petit truc, une petite course entre copains... qui est devenue, allez savoir comment, une épreuve internationale, disputée par l'élite Européenne...

C'est bizarre parce que la Beauce n'a aucune tradition cycliste. Sa géographie se prête magnifiquement au vélo, mais bon, c'est tout. Hors du Grand Prix le vélo n'existe pas.

Le hasard fait que c'est à Saint-Georges que l'on trouve la plus grosse usine de vélos au Québec (Procycle) et le Grand Prix cycliste en fait largement son profit, reste qu'il n'y a pas un seul marchand de vélo à Saint-Georges. On trouve bien en ville, dans quelques commerces qui vendent aussi des clous et des tondeuses à gazon, des machins à pédales, mais pas une seule vraie boutique de vrais vélos. La chose mérite d'être notée dans une ville qui présente une course cycliste internationale d'une semaine. On accourt du fond de la Russie et de la Batavie pour gagner à Saint-Georges, comme en témoigne d'ailleurs, l'arrivée d'hier, dans l'ordre : un Italien, un Hollandais, un Ukrainien, un Russe. Et pour grand vainqueur, au classement général, un Américain.

C'est bizarre cet événement qui a prospéré indépendamment de son milieu, exotique dans son propre cadre... Mais me ferais-je mieux comprendre en disant que le Grand Prix de Beauce est plus délicieusement incongru en Beauce qu'une épluchette de blé d'Inde en Ouzbékistan ?

C'est pourquoi on m'y reverra l'an prochain.

Malgré les apparences les Canadiens ont bien fait dans cette grande course. Roland Green, tout d'abord, ce jeune homme de 19 ans qui finit troisième, révélation indiscutable de l'épreuve, deux victoires d'étape, de la classe, du panache et une tête de mule : depuis deux jours le médecin lui dit débarquer, mais cause toujours mon bonhomme, plutôt que débarquer Green se ferait plutôt poser des pédales sur une civière...

Tiens, on a revu le bout du nez de Jacques Landry hier, en tête du peloton. Va mieux. Devrait se montrer au Tour du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui commence mercredi prochain. Tout le monde s'en va là, les Russes, les Hollandais, les Italiens, tout le monde. Plus les pros Américains de Coors Light et IME. Ca devrait rouler fort...

L'équipe hollandaise est commanditée par «Diana», un salon de massage où travaillent des prostituées. C'est pas une blague. C'est connu. C'est normal en Hollande.

Remarque, tant qu'à putasser avec Canadian Tire, comme le cyclisme canadien, pourquoi pas avec des vraies putes ?

Où ça des filles ?
Je n'ai rien contre les filles qui font des courses de vélo. J'ai quelque chose contre cette mentalité «sportivement correcte» qui donne au cyclisme féminin une importance (une existence ?) qu'il n'a pas en terme d'effectifs, et encore moins en terme d'équilibre de ces effectifs (sauf dans quelques grandes épreuve internationales).

Il y avait 29 filles au départ du Grand Prix de Beauce féminin, ce qui est dérisoire, mais bon, si au moins elles avaient été à peu près du même calibre, il aurait pu y avoir un semblant de course...

Ce n'est pas le cas. Les filles de l'équipe Kahlua, les Alison Sydor, Clara Hughes et Sue Palmer, de classe internationale, étaient absolument seules. Elles ont fait ce qu'elles ont voulu, quand elles l'ont voulu. Elles arrivaient détachées, les trois ensemble, avec des dix, vingt, quarante minutes d'avance sur le reste du peloton. C'était complètement nono. Il n'y a pas eu de course, même pas un semblant de course...

N'empêche qu'elles se sont partagé, à quatre, 5 000 des 6 000$ de bourse. Ce n'est pas une bien grande fortune, mais c'est injuste si on pense que les gars avaient $16 000 à se partager entre cent coureurs, disons 50 de calibre à peu près égal...

Je n'ai rien contre les filles qui font des courses de vélo. Mais quand il n'y en a pas de filles, ou pas assez pour faire une course, ben n'en faites pas de course ! Gardez vos sous pour entraîner et développer les petites filles qui commencent. Et attendez qu'elles deviennent grandes.


page mise en archives par SVP

Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

veloptimum.net