Pierre F.
C'est est qui le pionnier du vélo dans ce journal ? C'est qui qu'en a parlé le premier ? Hein qui ?
Et voilà maintenant que tout le monde me vole mon idée. Celui-là revient de France où il a pédalé Pépère les environs de Paris et hop, douze pages dans la section tourisme. Et l'autre dans la section économie. Et l'autre aussi, le plus traître de tous, mon ami Richard qui deux fois par semaine dans le tabloïd pédale Montréal d'un pied léger, hop-là mon vieux, on dirait presque qu'il a inventé la bicyclette... Tu parles, avant que je l'envoie s'en acheter une à La Cordée, il n'y a pas deux ans, ce Judas qui m'ôte aujourd'hui le pain de la bouche, ne faisait pas la différence entre une machine à coudre et une bicyclette...
Je me sens trahi et dépossédé, bon. De quoi vais-je vous parler maintenant que le beau temps est revenu ? C'est que je ne suis pas journaliste moi. Ou si peu. En tout cas jamais autant que M. Courtemanche qui vient d'écrire un très bon document pédagogique sur son métier. Qui n'est pas le mien, c'est évident. Tenez, juste par la photo de la couverture je vois bien que je n'ai ni le kit, ni le look du journaliste, encore moins du grand reporter...
J'ai essayé d'expliquer ça cent fois à ma fiancée qui n'est pas dans les communications, elle est dans les fleurs, dans la rhubarbe, les oiseaux et dans la blanquette de veau et souvent elle se trompe, elle dit : " Mais enfin puisque t'écris dans un journal, tu dois bien être un peu journaliste ? "... J'étais content en recevant le livre de M. Courtemanche, je me suis dit qu'elle comprendrait mieux avec une photo couleur. Tu vois, chérie, ce livre ? Tu vois le monsieur ? ( elle ne pouvait pas ne pas le voir, il remplit la moitié de la couverture ), tu vois son imperméable ? Remarque comment le col est négligemment relevé pour arriver flush avec les petits cheveux follets sur la nuque en arrière... Note aussi les sparages de l'écharpe nouée négligemment - très important le négligé, c'est pour souligner le côté artiste, créateur de la profession, le négligé est souvent la seule différence entre le journaliste et le comptable ou le notaire - qu'est-ce qu'on disait ? Ah oui que l'écharpe était nouée molle, deux fois enroulée autour du cou, et tombant plus bas que la ceinture. Et note finalement, ma chérie, le plus important, note le regard de M. Courtemanche. Légèrement au-dessus de la ligne d'horizon, tourné vers le Liban... Alors que moi, comme tu le sais, j'ai le regard légèrement plongeant, fixé sur ma roue d'en avant. C'est toute la différence entre un cycliste et un journaliste grand reporter...
Et si j'avais eu encore un doute, je l'eusse perdu dès la première page du livre de M. Courtemanche. Troisième paragraphe : Je faisais du journalisme COMME on fait de la coke, nous dit l'auteur. On voit par là que le journalisme est une passion très exclusive. Je suis personnellement beaucoup plus dispersé. Pour vous dire, j'ai déjà fait dans la même journée du journalisme ET de la coke ET du bicycle et franchement si vous me forciez à choisir, je ne suis pas sûr que je prendrais le journalisme.
Qu est-ce qu on disait donc ? Ah oui le vélo. Vous pensez bien que je vais en parler pareil...
Non monsieur, ça ne roule pas fort cette année. Avec ce temps-là... je porte encore mes culottes à grand'manches, c'est, vous dire. Le froid, la pluie, quel pays. Samedi tiens, je me suis fait encore saucer en plein milieu de nulle part...
Mais ce n'est pas seulement le temps qu'il fait. C'est aussi le temps qui passe. Vieux et gras, mon vieux. Dans les côtes je sue tellement qu'il me semble que je laisse une trace derrière moi comme une limace...
Oh non, j'ai pas le look, là non plus. J'ai le kit pourtant. J'arrête pas d'acheter des gadgets nonos, des folies, anyway...
Dites rien. Vous n'êtes pas mieux. Je vous vois en ville sur vos vélos tout terrain, les VTT comme en dit maintenant. Ah vous êtes de jolis zoufs allez ! Des vrais crapauds. Et crapaudes. Misère ! 80 pour cent des gens qui achètent des vélos tout terrain ou vélo de montagne ne sortent jamais de la ville avec... Pourquoi vous n'achetez pas des vélos de ville d'abord ? Pour $325 vous auriez un super vélo de ville à six vitesses, alors que là vous avez une super scrap à $450 entre les jambes. Une super-scrap à 18 vitesses, me direz-vous. Oui bouffi, ça t'en fait belle jambe pour monter la rue Saint-Denis !
Je regardais ça dans l'étude de marché de Vélo-Mag : 12 pages pour les VTT. Une seule page pour les vélos de ville. Ça devrait être le contraire...
Je connais des architectes, des médecins qui se paient des vélos de coureurs à près de $2 000 et qui en feront trois fois dans l'année. Ça écoeure, mais je comprends le trip. C est un trip de look, de kit. D'habitude ils veulent un vélo de la même couleur que leur jaguar...
Mais la magouille des VTT concerne bien plus de gens. Ce sont des milliers de consommateurs qui se font carrément baiser par... par je sais pas quoi. La mode, le marketing. Ces gros pneus, ces immenses guidons c'est complètement aberrant... tiens c'est comme si mon voisin cultivateur prenait son tracteur pour aller au cinéma en ville...
Un mot, pour finir, de l'étude de marché de Vélo-Mag ( numéro du mois de mai ) que je vous conseille de vous procurer si vous avez dans l'idée d'acheter un vélo...
Côté vélo de ville, le mieux coté ( de loin ) est le Cyclo Métro fabriqué à Victoriaville ( $318 ). À Montréal on le trouve en version légèrement améliorée chez Laporte à bicyclette, rue Hôtel-de-ville.
Côté vélo sportif, les Marinoni dominent largement le peloton. Entre $600 et $800, les deux seuls vélos dans l'étude de marché qui dépassent les 70 points ( sur 100 ) sont des Marinoni. Quant au Chorus du même fabricant ( $ 1550 ), il ramasse 91 points, la seconde meilleure note de toute l'étude. Le top avec 92 points c'est le Argon 18 ( $ 1550 ). Argon ? J'avais jamais entendu parler. Je me suis renseigné : le Argon est fabriqué en petite quantité à Terrebonne... chez Marinoni ! Pour le compte de la boutique Eurocycle sur Saint-Denis...
Évidemment que l'étude a fait ronchonner quelques marchands et quelques fabricants. Reste que c'est une étude honnête et techniquement rigoureuse. Imparfaite c'est sûr, quelques erreurs et surtout quelques oublis.
Je voulais justement réparer, en terminant, un de ces oublis. C'est pas une plogue, c'est un hommage à mon japonais de Mauve que je ne monte presque plus, mais je lui dois bien ça... Dans la famille des Appolo-Kuwahara donc ( la famille du Mauve ), les derniers-nés sont, me dit-on, de la grande classe de leurs ancêtres. Ils se nomment Super-Tour ou Caravane et on les trouve entre autres chez ABC, avenue du Parc et chez Laporte, déjà cité.
Voilà mon vieux.
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