Pierre F.
Bien sûr que je suis scandalisé de l'interdiction qui est faite aux cyclistes de traverser le pont Jacques-Cartier.
Et je vous prie de croire que ce n'est pas un militant de la pédale qui proteste ici. C'est un usager tout bonnement. D'ailleurs je ne suis pas militant du vélo, tant s'en faut. Je vais à bicyclette comme je vais en auto ou à pied, sans me poser de question sur mon droit de circuler. Pour moi il va de soi que le chemin est à tout le monde, y compris le chemin du pont Jacques-Cartier...
Vous dire comme je suis peu militant pour les choses de la bicyclette, je trouve mes amis de Vélo-Québec parfois bien téteux avec leurs campagnes de sécurité, leurs demandes de pistes cyclables, et quoi encore... Passe pour les pistes récréatives, mais en ville? Je n'ai jamais très bien compris le pourquoi de ces couloirs protégés. Je suis d'avis que ceux qui ne sont pas capables de rouler dans le trafic, devraient prendre l'autobus et attendre la fin de la semaine pour faire du vélo au canal Lachine avec leur petite famille. Mais non, je ne suis pas baveux. Je suis seulement resté très Européen pour ces choses-là. Ce qui ne veut pas dire casse-cou. Allez voir dans les grandes villes européennes, en Italie par exemple, c'est plein de vieilles mémées en vélo dans le trafic, souvent même, elles trimbalent un enfant sur un petit siège fixé au cadre, entre le guidon et la selle...
Je suis encore plus agacé par les statistiques d'accidents que les organisations cyclistes nous brandissent sous le nez à toutes les cinq minutes. Un jour c'est la faute des automobilites qui ne regardent pas avant d'ouvrir leur portière. Le lendemain c'est la faute des cyclistes qui ne s'arrêtent pas aux feux. A-t-on pensé que ce pourrait très bien n'être la faute de personne ?... Seulement une relation de cause à effet. Il y a de plus en plus de cyclistes dans la rue. Il y a donc de plus en plus d'accidents qui impliquent des cyclistes. Me semble que c'est facile à comprendre... Depuis la nuit des temps l'homme est le mammifère qui se pète le plus souvent la gueule en se déplaçant d'un point à un autre. Pourquoi serait-ce plus grave quand il se la pète en vélo sur le pont Jacques-Cartier ?
Je ne suis pas un militant de la pédale. Je tenais à le dire de crainte qu'on me confonde avec ce cher Bob Silverman. Je ne suis pas un militant mais il y a pourtant un moment où je le deviens, c'est quand on me dit de m'ôter du chemin. Même quand c'est soi-disant pour ma propre sécurité.
Le plus rageant c'est qu'ici, l'ordre de s'ôter du chemin du pont Jacques-Cartier vient de fonctionnaires qui sont en principe payés pour trouver des solutions aux problèmes publics. Des fonctionnaires qui ont trouvé une solution de fonctionnaire: EMPECHER. En empêchant la circulation des vélos sur le pont, effectivement, on évitera les accidents de vélo sur le pont. Bravo les gars, c'est bien pensé. Pas trop fatigués ?...
D'aucuns qui ne tiennent pas à être nommés m'assurent pourtant que j'ai tort de pointer les fonctionnaires. Toute cette histoire tiendrait au fait que le nouveau directeur général, Michel Lesage, s'est mis soudain à freaker sur les poursuites éventuelles que des cyclistes accidentés pourraient intenter à la société des deux ponts... Au fond, son intention serait moins d'interdire l'accès du pont aux cyclistes que de réactualiser le règlement qui l'interdit. Une manière de décliner toute responsabilité. Une manière d'avertir: «Traversez si vous voulez, mais si vous vous blessez, ne venez pas dire que vous ne saviez pas que c'était interdit»...
Souhaitons que ce soit la bonne explication et qu'après avoir fait les gros yeux, M. le nouveau président foutra la paix aux cyclistes et s'occupera de choses plus sérieuses comme par exemple les finances de cette société parapublique.
Souhaitons... mais j'en doute. Je soupçonne qu'il y a un peu plus qu'un avertissement au fgond de cette histoire. Et on a beau m'avancer que les fonctionnaires de la société des deux ponts n'y sont pour rien, je note que ce sont les mêmes qui, en 1987, ont fait preuve d'une extraordinaire mauvaise volonté dans les négociations avec les organisateurs du Tour de l'Ile...
Pour tout dire, je sens au fond de cette ridicule histoire, comme une volonté toute bureaucratique d'emmerder le monde.
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