Pierre F.
D'après vous, du Peugeot, c'tu meilleur que du Mikado ?
Youpi, mon premier téléphone "de bicycle" de l'année !... La saison a presque un mois de retard. D'habitude, fin avril, les bicyclettes sont achetées et les questions portent plutôt sur les itinéraires, le plus beau chemin pour Boston, le plus court pour New York...
- Pis, toujours, Peugeot ou Mikado ?
Bof, entre nous, Mikado et Procycle (qui fabrique Peugeot et Vélo Sport) se surveillent de si près, depuis trois ou quatre ans, qu'il n'y a plus de différence notable entre leurs bicyclettes, de même calibre, bien sûr...
On chuchote tout de même, dans le milieu, que les produits Procycle sont un peu moins chers, à qualité égale. Je le crois volontiers. Procycle, le géant du vélo au Canada, est assez puissant pour se permettre de niaiser la concurrence. Tant mieux pour le consommateur... Jusqu'au jour où la concurrence rendra les armes. Alors bonjour monopole, et tenez-vous bien consommateurs !
Cela dit, $20 ou $30 de plus, moi j'achèterais quand même du Mikado. Cela tient à des détails qui n'ont pas plus d'importance que la couleur du cadre, je veux dire, ici, la couleur de mes préjugés... Mais bon, après tout, on enfourche nos préjugés plus souvent que notre vélo, alors pourquoi devrait-on être gêné d'en tenir compte ?
Quels préjugés ? Bof, les nommer ne les légitimeront pas pour autant. C'est sûr que Procycle c'est Peugeot, et Peugeot c'est français et les Français me font...
Mais n'allez pas croire que mes préjugés, qu'ils soient à pédales ou non, m'amusent. Ce que vous prenez peut-être pour de la complaisance n'est que de la fascination. Je suis fasciné, depuis toujours, par l'autonomie des préjugés, par leur sans-gêne, par leur faculté de mener une vie tout à fait indépendante de la tête dans laquelle ils se sont installés... Au contraire de la bêtise qui participe entièrement de la personne, qui en émane en fait, les préjugés la parasitent, la morpionnent...
Et increvables avec ça ! On prétend que la lumière les affaiblit mais allez donc vivre à la clarté 24 heures sur 24... Au moindre sombre détail, les revoilà plus gros et plus forts que jamais...
Me revient une anecdote qui souligne parfaitement cette ténacité des préjugés... Donc je n'aimais pas Procycle parce que Peugeot, parce que, croyais-je aussi, c'est une grosse boîte qui piquait ses idées chez les petites ( entre autres chez Mikado )... Or voilà que l'été dernier, passant en Beauce à bicyclette, je fis le détour, à la sortie de Saint-Georges, pour aller visiter l'usine Procycle. J'y fus bien accueilli et sortis de là impressionné, et même un peu ému par toute cette haute technologie au service de la plus simple et la plus noble des machines...
Et puis j'avais bien rendu compte que Peugeot n'était, qu'une marque déposée, et les Français un souvenir. J'avais parlé aussi avec des ingénieurs qui, manifestement, n'avaient pas besoin d'aller piquer leurs idées ailleurs. Bref, en sortant de là, mes préjugés sur Procycle agonisaient. Je me sentais plus léger, et pédalais allégrement, quand...
Quand, sur l'étroite route du parc industriel, je fus soudain dépassé par un camion. Je dis " dépassé ", mais j'entends " trépassé " par un camion. Une manière de tentative de meurtre. Notez que ce n'est rien de surprenant dans la très western Beauce, où les rodéos se font en trucks. Mais l'originalité, ici, c'est que c'était un truck Procycle servant au transport des bicycles !...
Je faillis tomber, quittai la route et, en la retrouvant, j'avais retrouvé tous mes préjugés.
(note du webmestre : pour la suite de "l'histoire", lisez Le bonheur n'est pas mince dans La Presse du 20 juin 1991)
- Bon, nous disons donc du Mikado. Où en trouve-t-on ? C'est le même prix partout ?
S'ils en vendent chez ABC Cycles et Sport, au coin de l'avenue du Parc et Fairmount, c'est assurément là que vous le trouverez au meilleur prix. En fait, quelle que soit la marque du vélo que vous voulez acheter, il y a fort à parier qu'il sera au moins $20 moins cher chez ABC.
Mais ne comptez pas sur moi pour vous y envoyer. Même si c'est là que j'ai acheté mon Mauve il y aura bientôt dix ans... Je m'y arrête parfois, pour voir si ça s'améliore... Mais non ! Toujours pareil ! Bêtes, mais bêtes ! Il faut vraiment avoir envie de faire des économies pour se ramasser chez ABC. Il faut vraiment avoir envie d'une bicyclette et être prêt, pour l'obtenir, à se faire bardasser par des espèces de belles-mères bougonneuses qui sont là pour vendre, pas pour triper bicycle... T'es mieux de savoir ce que tu veux en entrant, autrement tu vas te faire revirer ça sera pas long. Suivant !
Pour à peine plus cher que chez ABC, je vous enverrais plutôt chez Laporte, sur Hôtel-de-Ville, près Marie-Anne. Demandez Simon ou Jean-Pierre. C'est pas chic comme dans les beaux magasins de bicycles, ça tient du garage et du hangar, les gars vous jasent tout en alignant leur roue, mais ils vous jasent, ils vous expliquent. Et puis quand vous y retournez pour changer un câble de frein, ils ne vous niaisent pas pendant trois mois...
- J'imagine que tout ce que vous me racontez là c'est écrit, comme d'habitude, dans le dernier numéro de la revue Vélo-Québec ?
Ben non ! Ce sont des gens sérieux à Vélo-Québec ! Ils font semblant de ne pas avoir de préjugés. Ils vous recommandent des CCM à $200, et des trois vitesses à $140... Ça ne les empêche pas, remarquez bien, de rouler sur des Marinoni à plus de $1000...
- C'est une vacherie, j'imagine, ce que vous venez de dire là ?
Ben non ! Tout au plus un petit reproche. Leur dernier numéro est leur meilleur depuis longtemps. Leur parti pris de s'adresser à la masse des cyclistes rejoint bien leur vocation première, mais je me demande si elle rejoint bien, aussi, leurs lecteurs... C'est qu'ils sont de plus en plus nombreux ceux qui tripent vraiment bicycle...
Et ce " vraiment " n'est pas là pour snober ceux qui se promènent innocemment sur deux roues, mais pour nommer ceux qui font du vélo avec la même implication que d'autres font de la voile, ou de l'alpinisme, en y investissant du temps, des énergies et du fric... même quand on n'en a pas beaucoup, quand on est fou, on en trouve... Il y a, au Québec, de plus en plus de cyclo-sportifs, en tout cas j'en vois de plus en plus sur les routes. De plus en plus, aussi, de longs randonneurs...
Bref, je me demande si ce n'est pas, finalement, ce public de tripeux-là qui lit Vélo-Québec. Or, la revue leur en donne bien peu. L'étude de marché, par exemple, ne touche pas du tout le haut de gamme...
Moi, j'aimerais ça savoir si mon Marinoni est mieux fait que les Bianchi, les Colnago, et autres Miyata...
Je suis sûr que oui. Mais c'est peut-être rien qu'un autre de mes préjugés à pédales...
page mise en archives par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive