date de publication inconnue

Le hillbilly à museau bleu

Pierre F.

Barbouville, Kentucky
Comment on dit des « hillbillies » en français ? Des morons ?...

Bref, j'en ai vu. Des vrais... On appelle souvent hillbillies des paysans qui ne sont qu'un peu attardés ou tout simplement loin du chemin, mais un vrai c'est autre chose, un autre monde. Un yéti, un brontosaure, une sorte de cynocéphale hirsute à museau bleu.

Généralement, le hillbilly squatte un bout de terrain au bord d'une route de montagne et il y construit une cabane de tôle. Il passe toutes ses journées zigoner et à bretter, à ramasser des cochonneries qu'il entasse dans sa cour et parfois aussi il pêche le caïman en attachant au bout d'une grande ficelle des poulets vivants...

Mais j'ai dit « tous les jours » et je me trompe, tous les jours, sauf le lundi. Le lundi le hillbilly s'assoit sur une grosse pierre au bord du chemin pour regarder passer les cyclotouristes. Et quand il en voit un, il part à courir derrière lui en riant comme un dément...

C'était lundi, quelque part dans le parc national Daniel Boone, pas très loin de la frontière du Tennessee. Quand le moron est parti à courir derrière moi j'ai arrêté net. Lui aussi. Mais il continuait à rire : hi ! hi ! hi ! Ses bras qui pendaient le long de son corps, descendaient, m'a-t-il semblé, plus bas que genoux.

Voilà c'est tout. Il a fini par s'en aller après que j'eus sorti ma pompe et fait quelques moulinets... Peut-être qu'on vous avait raconté, comme à moi, que les hillbillies mangeaient le foie des cyclotouristes, eh bien ce n'est pas vrai. Mon foie est entier, je vous le montrerai quand je rentrerai.

Cela dit, j'ai lu récemment quelque part, quelque chose d'assez inquiétant à propos du « hillbillisme »... Fréquemment observée dans les villages isolés des montagnes, cette tare (souvent accompagnée de goîtrisme) était, jusqu'ici, surtout attribuée aux rapports consanguins... Mais voilà qu'on note de plus en plus de cas de "hillbillisme" dans les sociétés ouvertes, urbaines et suburbaines. Et les causes seraient multiples, j'en cite quelques-unes de mémoire : le stress, le poulet à la Kentucky, les pluies acides, la chanteuse de Nuance, les déodorants, le céleri, la banlieue, des études supérieures, des idées tordues dans les phrases toutes droites et j'allais oublier la plus courante de toutes les causes de hillbillisme : l'incapacité de vomir, ou, dit autrement, la faculté de tout avaler, toujours, tout le temps, sans jamais éprouver le besoin de cracher, de temps en temps, dans la gueule des passants.

Mon tour du Kentucky se termine aujourd'hui et je rentre encore plus surpris de l'Amérique que les autres fois.

Dans certains comtés du sud du Kentucky, une Amérique pauvre comme l’Italie d’il y a 20 ans. Dans un village du côté de London, au pied des montagnes, j'ai vu des gens ramasser le charbon qui tombe des camions qui le sortent de la mine... Vers le centre et l'ouest où poussait le tabac, j'ai entendu des paysans amers et à Greenburg un jeune m'a dit : « C'est pas comme, si on était en Californie, on pourrait se convertir au pot... »

Mais la pauvreté n'est rien à côté de l'effroyable dèche culturelle qui recouvre le pays comme une gale. Au centre de l'univers du Kentuckien moyen, le shopping center, lieu de distraction, de rencontres et d'échanges. Pour l'information, la télévision fait le reste. Et j'allais oublier l'Église. Beaucoup d'églises - et influentes - comme dans tous les pays pauvres...

Un pays pauvre, oui, sauf que l'Amérique n'a aucun espèce de talent pour la pauvreté. Déjà que riche elle n'en a pas tellement l'air, pauvre, c'est la super grande misère !

L'avion, du vol !
Peut-on encore voyager aux États-Unis, pour pas trop cher ? Je ne sais pas moi, aller à New York, Boston, New Orléans, Denver, à des tarifs aériens raisonnables ?... Avant, je veux dire depuis trois ou quatre ans, c'était simple : il y avait People Express. Maintenant ?

Comment, vous ne saviez pas ? Hélas ! Depuis le premier février fini People Express , fini les aller-retour New York à $72 US, les aller-retour San Francisco à $189. Fini People Express, bouffée par Continental, une compagnie ordinaire, avec de tarifs ordinaires, c'est-à-dire très chers. Quand on ne connaît pas le truc.

Parce qu'il y a un truc. Et pour répondre à ma question du début : oui, il y a encore moyen d'aller à Philadelphie, Washington, Chicago sans payer des prix de fous, je veux dire plus cher que pour aller à Paris...

Exemple. J'ai payé mon billet aller-retour Burlington-Cincinnati $142 canadiens. Super cheap, d'accord ? Je voyageais avec une petite compagnie qui s'appelle Piedmont, et supposons que vous appeliez Piedmont demain et que vous leur demandiez un aller-retour Cincinnati, probablement qu'on vous proposera un billet à $350 ou $400 US, et vous allez encore dire à tout le monde que Foglia écrit des conneries...

Il y a pourtant sur chaque vol de Piedmont, un certain nombre de sièges vendus à des prix dit «Super Saver». Il suffit de les demander. C'est ça le truc : DEMANDER. Si vous ne demandez pas, ou si votre agent de voyage à les deux pieds dans la même valise, Piemont fera tout pour vous vendre un billet régulier...

Évidemment, des conditions sont attachées à ces aubaines «Super-Saver». Il faut les payer dans les 24 heures qui suivent la réservation. Ils ne sont pas remboursables en cas d'annulation, etc., et d'autres petites vexations et achalanteries qui n'ont d'autres raisons d'être que de vous rappeler que vous n'êtes qu'un pauvre qui n'a pas les moyens de s'acheter un billet plein prix ! Souffrez, ça vaut la peine...

Reste que Piedmont est sans doute, actuellement, la compagnie qui se rapproche le plus de People Express. Piedmont dessert Montréal et Ottawa vers Syracuse (NY). De Syracuse elle couvre tout le nord du pays, avec des vols vers Boston, New York, et même la Floride... Outre Syracuse, la compagnie rayonne dans tout l'est des États-Unis à partir de trois autres bases : Baltimore, Dayton (Ohio) et Charlotte (NC). Elle relie les grandes villes comme les petites, par exemple Albany, Burlington, etc... Il ne faut pas être très pressé. C'est souvent la «run» de lait. Et parfois, comme à partir de Burlington, dans des petits avions de 20 places, à hélices...

À ma connaissance, deux autres compagnies, US Air et Continental offrent aussi des tarifs très spéciaux (mais les conditions diffèrent) sur l'est des États-Unis.

Mais n'oubliez pas : il faut DEMANDER.


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