7 juillet 2007

Le métier de coureur

Pierre F.

Vous êtes tannés de la dope ? Pas moi. La dope ne m'a jamais empêché de triper sur le Tour de France et sur le vélo en général. L'extraordinaire chevauchée de Flyod Landis dans la 17e étape du Tour l'an dernier - une échappée de 80 km dans les Alpes - reste un des grands exploits de l'histoire du vélo.

Quand, au lendemain du Tour, on a appris que Landis avait été contrôlé positif à la testostérone précisément à l'issue de cette étape, je ne suis pas tombé de haut, je n'ai pas dit : Ah ah ! C'est pour ça ! La veille, Landis avait craqué alors qu'il était tout aussi dopé que le jour de son exploit.

Il y a toujours eu de la dope dans le vélo, mais c'est l'apparition de l'EPO au début des années 90, une drogue effroyablement efficace, 30% plus efficace - c'est énorme à ce niveau-là - qui a changé la donne. La dope est devenue une obligation. Ou tu te dopes, ou tu n'es plus dans le coup. La moitié des coureurs du Tour, si ce n'est les trois quarts, sont dopés depuis le milieu des années 90, non pas pour gagner comme le croient les touristes, mais simplement pour pouvoir exercer leur métier.

Je l'ai écrit 100 fois : cela ne relève pas de la tricherie mais de la nécessité. Landis n'a pas gagné le Tour de France l'an dernier parce qu'il était dopé, mais, et toute la réalité du vélo est dans cette nuance : il ne l'aurait pas gagné s'il ne l'avait pas été.

Vous êtes tannés de la dope ? Pas moi. Mais dieu que je suis écoeuré des histoires de dope. Pour reprendre l'exemple de Landis, je suis tanné de cette saga qui dure depuis un an, tanné des énormes mensonges de Landis qui insultent mon intelligence, en même temps que tanné du procès qu'on lui fait sans faire celui du cylisme professionnel.

Tanné aussi de la dernière grande mode dans le peloton: les confessions. Zabel, Riis, Basso, Aldag, Jaksche, j'en oublie. On a touché le fond quand Ivan Basso est venu nous avouer que oui, c'est vrai, il s'apprêtait à se doper. Pardon ? Vous vous apprêtiez, jeune homme ? Vous n'êtes jamais passé à l'acte? Vous étiez à l'eau claire dans ce Tour d'Italie 2006 que vous avez dominé si outrageusement ? Ce n'est pas deux ans de suspension qu'il méritait, c'est trois ou quatre bonnes claques.

Puis Bjarn Riis, patron de la prestigieuse équipe CSC, est venu dire qu'il avait gagné le Tour 1996 à l'EPO. Comme s'il se trouvait un seul journaliste, un seul suiveur du Tour pour l'ignorer! Coureur très moyen, Riis avait stupéfié le monde. On savait tous pour sa potion magique, d'autant plus qu'à l'époque on en maitrisait encore mal la posologie et toute l'équipe de Riis (la Telekom) en avait été malade. Seuls les dirigeants du Tour fermaient les yeux bien dur, comme ils les ont fermés sur celle d'Ullrich qui a suivi, puis sur celle de Pantani, et sur les cinq premières d'Armstrong. Aujourd'hui ils font la morale. Ils ont le culot de réclamer le maillot jaune de Riis. Ce maillot dont ils le revêtaient avec grandiloquence à la fin de chaque étape. Tant qu'à réécrire l'histoire, pourquoi ne pas exiger le retour des maillots à pois de Virenque ? Le maillot jaune d'Ullrich (1997), celui de Pantani (1998) ? Et les sept maillots d'Armstrong ?

Un coup parti, pourquoi ne pas réclamer tout de suite le maillot du Kazakh Alexandre Vinokourov, qui va gagner le Tour de cette année ? Ce sera fait.

Je suis tanné de ces affaires qui se succèdent depuis 10 ans et cela jusqu'au récent Tour d'Italie, dont le vainqueur (di Luca) et le troisième (Mazzoleni) sont impliqués dans un trafic de produits dopants.

Ce Tour de France lui-même commence par la suspension du sprinter Petacchi qui a abusé du salbutamol au Giro, et commence aussi dans la controverse autour de l'équipe Astana, l'équipe du favori Vinokourov qui admet travailler avec le préparateur italien Michele Ferrari. Gourou de Lance Armstrong, c'est ce même Ferrari qui a déjà dit que l'EPO n'était pas plus dangereuse que du jus d'orange. Il a été condamné en 2004 à un an de prison (avec sursis) pour fraude sportive.

Je ne suis pas tanné de la dope, elle-même. Mais dieu que je suis écoeuré de cet abcès crevé 100 fois, et qui pourtant ne se vide jamais. Je suis tanné de l'hypocrisie de l'UCI, qui a fait signer aux coureurs avant le départ du Tour une déclaration «sur l'honneur» qu'ils n'ont pas l'intention de se doper. Du vent. Des niaiseries. Rien, absolument rien n'a changé.

Alors ? Alors branchez-vous.

Soit vous arrêtez de nous casser les bonbons avec ces histoires de dope. Vous laissez ces grands garçons à pédale prendre leurs responsabilités. Jouer à la roulette avec leur santé. Servir de cobayes à la recherche pharmaceutiques.

Soit vous arrêtez tout. Plus de Tour. Plus de compétitions. Un moratoire d'un an pendant lequel les coureurs auront l'obligation de trouver un moyen de se faire confiance.

Tout est affaire de confiance. Les coureurs ne se dopent pas pour tricher. Ils se dopent pour «s'égaliser». Ils se dopent parce qu'ils pensent que ceux de l'équipe en face se dopent. Ils se dopent pour être au même niveau. En fait, 90% des coureurs se dopent simplement pour faire leur métier. Sans dope, ils ne seraient pas capables de ramener le peloton sur l'échappée. Sans dope, ils ne seraient pas capables de rouler à fond pour mettre leur leader en orbite. Je vous le répète: ils se dopent pour faire leur métier.

Les coureurs, et eux seuls, peuvent changer ça.

Je vous entends bien, vous répétez la même chose chaque fois qu'on revient sur le sujet : on n'empêchera jamais les tricheurs.

Ça n'a rien à voir ici. Dans le vélo, la tricherie n'est pas un problème pour l'instant. Le problème du cyclisme professionnel, c'est justement qu'il n'y a pas de tricheurs. Quand tout le monde triche, il n'y a pas de tricheurs.

Les coureurs cyclistes ne trichent pas, ils font leur métier. Eux seuls pourraient décider de le faire autrement.

Prédictions
Je ne voulais pas me risquer, mais je vous entends déconner que le Tour qui commence aujourd'hui à Londres est très ouvert, Valverde, Leipheimer, Carlos Sastre, Frank Schleck, Cadel Evans, Denis Menchov, Christophe Moreau... et pourquoi pas Popovych tant qu'à dire des sottises ?

Arrêtez donc. Alexandre Vinokourov n'a qu'un seul véritable adversaire : Andreas Klöden, et comme Klöden est dans son équipe... Sur la troisième marche du podium, je verrais bien Levi Leipheimer, mais ce sera peut-être Moreau qui marche comme il marchait quand il festoyait avec les Festina de Virenque.

D'autres prédictions ? Dans les arrivées massives de la première moitié du Tour, Boonen va se faire planter par McEwen et même par Heinrich Haussler, le petit nouveau de la Gerolsteiner.

Le prologue d'aujourd'hui à Londres ? Pour vous donner au moins une occasion de me crier des noms, je vais y aller d'une long long shot, comme disent les Chinois : Hincapie plutôt que Cancellara.


7 juillet 2007

Foglia a tort

Ca y est, le Tour est parti ! Remarquable performance de Fabian Cancellara aujourd’hui dans les rues de Londres puisqu’il est parvenu à repousser son dauphin, Kloden, à 13 secondes, une valise si on considère que l‘épreuve était un prologue de 8 bornes, plates comme la main. On ne veut pas trop gâcher la sauce, mais rappelons que Cancellara est suivi par Cecchini…

Parmi les enseignements de ce prologue, on note les deux leaders d’Astana parmi les 10 premiers (Kloden 2e et Vinokourov 7e). Voilà une solide performance qui met la table pour les trois semaines de course. On vous le répète, ca devrait être un festival Astana et pour le moment, c’est avantage Kloden. Gageons que Vinokourov voudra rapidement passer à l’offensive afin de se positionner seul leader au sein de son équipe.

Les Discovery ont aussi placé deux coureurs parmi les 10 premiers, Hincapie et Gusev. Attention à ces deux là pour des victoires d‘étape !

Parmi les déceptions, Zabriskie bien sûr, mais aussi Millar et, dans une moindre mesure, Wiggins. Ces spécialistes des prologues n’ont pu s’approcher de la fusée Cancellara. On attendait également mieux de Christophe Moreau qui s’est déjà imposé dans ce genre d’exercice.

Devancé par Pereiro, Valverde n’a pas impressionné non plus. C’est bizarre mais on le sent pas trop bien, Valverde.

Autour du Tour
On a suivi le prologue sur la chaine anglophone OLN, préférant ce poste à Canal Évasion, qui présente pourtant ses reportages en français. On a trouvé Phil Liggett et Paul Sherwen mieux que ces dernières années, Lance Armstrong étant absent et les Discovery nettement moins dominants. On a l’impression de retrouver un peu le Phil Liggett des années 1980, avec un discours comportant moins de superlatifs. Ca fait du bien !

Par ailleurs, Pierre Foglia, le populaire journaliste du journal montréalais La Presse, s’est laissé aller sur le thème du dopage aujourd’hui. En gros, il affirme que le dopage ne l’a jamais dérangé puisque cela fait partie du métier de coureur cycliste. Ce qui le dérange, c’est plutôt l’hypocrisie du milieu, et notamment des instances dirigeantes du sport, en particulier de l’UCI. Pourquoi demander à Riis de rendre son maillot jaune et non à Virenque de rendre ses maillots à pois ?

Sur ce dernier point, Foglia voit juste. Nous partageons la même opinion quant à l’UCI.

Mais Foglia se trompe quant il affirme que le problème du cyclisme professionnel, c’est justement qu’il n’y a pas de tricheurs. Quand tout le monde triche, il n’y a pas de tricheurs.

Ce raisonnement tiendrait la route si tous les coureurs se dopaient de la même façon. Mais on le dit et on le répète, il n’y a pas un dopage mais bien des dopages dans le cyclisme. C’est comme partout : c’est l’argent qui décide de quel dopage on parlera pour tel ou tel coureur. Les ténors du peloton, hauts salariés, ont les moyens de se financer des programmes sophystiqués de dopage coûtant plusieurs centaines de milliers d’euros par année. Le porteur d’eau du peloton, qui émarge à 15 000 euros par mois, n’a pas cette possibilité, ou réserve ses cures sophystiquées aux grands événements.

Alors quoi ? Alors tout est faussé, M. Foglia. Riis, un modeste coureur, se transforme en tombeur d’Indurain. Armstrong, un coureur de classique, se transforme en rouleur/grimpeur et remporte 7 Tours de France consécutifs. Si tout le monde pouvait se doper pareil, d’accord, il n’y aurait, au fond, plus de tricheurs. Mais c’est justement parce que tout le monde ne se dope pas pareil que le dopage demeure inacceptable. Parce que ce dopage des années 1990 et 2000 fausse la première règle du sport : que le meilleur gagne. Ce qui n'était pas le cas avec le dopage d’avant les années 1990.


page mise en archives par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

veloptimum.net