13 octobre 2007

La Chine

Pierre F.

J'ai franchi mon 6000e kilomètre en allant chercher un film à Bedford. Où je n'en ai pas trouvé, bien entendu. Alors j'ai reloué Manufactured Landscapes, le documentaire du photographe canadien Edward Burtynsky. Tout ce que je regarde dans ce documentaire, cela doit bien faire 20 fois maintenant, ce sont les 10 premières minutes, un extraordinaire plan-séquence qui en dit plus long sur la Chine, sur l'économie mondiale et sur toute l'humanité que tout ce que vous avez pu lire sur la Chine, sur l'économie mondiale et sur l'humanité.

Je ne sais rien de la Chine - je veux dire rien de sa littérature. Un peu, un tout petit peu de sa poésie (dans la traduction de Claude Roy au Mercure de France).

On dirait une fleur. Ce n'est pas une fleur. On dirait une brume. Ce n'est pas une brume. Cela vient à minuit. Cela part au matin... (Po Kiu-Yi)

Mille trois cents ans plus tard arrive Manufactured Landscapes. Sur mille chaînes de montage toutes semblables, des Chinois assemblent des fers à repasser dans une usine d'un kilomètre de long. On dirait une fleur. C'est un fer à repasser, un séchoir à cheveux, une lampe de poche...

La poésie encore
On ne peut pas dire que je sois un grand-père très attentionné. Je vois mes petits-enfants de loin en loin, et même de loin en très loin. Je ne sais jamais quoi leur dire, j'oublie assez régulièrement leurs anniversaires. Va savoir pourquoi la plus grande, 10 ans, a dit l'autre jour à sa mère: je voudrais aller faire du vélo avec grand-papa.

On est donc allés faire du vélo. Une vingtaine de kilomètres. En chemin je lui ai posé des questions convenues. Comment ça va à l'école, es-tu encore amie avec Jérémie, et tes cours de clarinette? De temps en temps, je lui montrais à changer ses vitesses. Nous sommes arrivés à L'Oeuf, où elle a pris une crème glacée au chocolat pendant que le chat se pelotonnait sur mes genoux. Deux bonnes soeurs d'un couvent de Saint-Hyacinthe m'ont salué, nous avons échangé quelques politesses. Quand elles sont parties, la petite a dit :

Elles disaient n'importe quoi, non ?

Tu trouves ?

Oui, je trouve.

Je soupçonnais qu'elle avait dû s'ennuyer grandement et qu'elle ne manifesterait pas de sitôt une nouvelle envie de pédaler avec son grand-père. La suite, c'est sa mère qui me l'a rapportée. C'était au retour, dans l'auto.

C'était comment, cette balade ?

C'était bien, répond la gamine. Un silence et puis : Tu sais, maman, j'aime beaucoup grand-papa. Un autre silence et puis: Quand il va mourir, est-ce que je pourrai réciter un poème ?

Franchement, gamine ? Je préférerais une petite chanson. Tu connais : la belle dé Cadix a des yeux dé vélours, tchika tchika tchik ayayaille...


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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