Pierre F.
Ça la donc eu un retentissement certain. Vous avez été nombreux à me dire combien la lalalisation du langage vous énervait aussi. En fait, moi, elle ne m'énerve pas, elle me désespère. J'y vois bien plus qu'une faute, j'y vois une corruption, un avachissement, un ramollissement bien de notre époque... Bon, me voilà reparti, s'cusez...
Louise m'apprend que cette insertion d'une lettre superflue - le « l » de ça la - s'appelle une épenthèse. Je connaissais le mot, mais je suis un peu déçu. Je croyais que l'épenthèse désignait seulement un procédé littéraire, le célèbre merdrethéyâtre, pouème, etc.
Vous n'y êtes pas, me dit Claire, de Rawdon. Vous ne ferez honte à personne en publiant les lalalisations des gens : ils sont si persuadés de parler correctement que lorsque je dis ça a coûté cher, on me reprend discrètement, ah bon ça la coûté cher ?
La première dénonciation publique est osée par Michèle : Julie Payette serait une grande spécialiste du ça la. Je soupçonne l'astronaute de tomber sur les nerfs de ma correspondante. Chut, ne le répétez pas madame : moi aussi, pas capable. Marc Garneau non plus d'ailleurs. Je crois que c'est à cause des clichés. Je ne sais pas pourquoi les astronautes - les Américains sont pareils - ont un talent particulier pour collectionner les clichés, les plus navrants étant ceux qu'ils nous rapportent des cieux.
Seconde dénonciation (de Marie-Josée), Robert Lepage, le 25 avril chez Bazzo : Ça la un impact. Du même, d'innombrables ça la quelque chose, dans son entrevue à Bureau.
Des lecteurs attirent mon attention sur d'autres épenthèses, puisque épenthèses il y a, très répandues aussi, telles quand qu'on, quand que et ça va t'être. Même si la faute est du même tonneau syntaxique, le la m'énarve cent fois plus, sans doute parce que, se faisant avec la langue, il rend un son mouillé et moumoune, lalala. D'autres lecteurs s'agacent beaucoup aussi - pas moi - du redoublement du tu, tu manges-tu, tu viens-tu, tututu. Pas moi, disais-je, peut-être à cause du Tu m'aimes-tu de Desjardins, la plus belle chanson d'amour de tous les temps.
D'autres lecteurs comme Francesca s'écartent un peu du sujet, à mon avis, en tombant dans le tic de langage, ces gens qui commencent leurs phrases par regarde, et les terminent aussi par regarde ou même par ergarde ! Les sportifs sont familiers de ces fixations comme écoutez, qui leur servent invariablement d'entame quelle que soit la question, écoutez... On t'écoute, envoye shoote. En passant, je me suis appliqué, un midi, à compter les mais de Maisonneuve : 287 317 ! C'est des mais en ta... comme disait Moose Dupont.
Enfin, plusieurs lecteurs s'amusent des incessants aveux de Colette Provencher, la fille de la météo du 10. Je dois vous avouer Pierre, je dois vous avouer Sophie qu'il pleuvra demain. Avouer, c'est reconnaître qu'on a fait ou pas fait quelque chose. Vous pourriez dire à Pierre en ondes Je dois vous avouer, Pierre, que je n'ai pas mis de petite culotte ce matin, même si ce n'est pas vrai, juste pour voir sa tête. Mais vous ne pouvez pas avouer qu'il va pleuvoir. Surtout qu'entre vous et moi, on commence à en avoir jusque-là de toute cette pluie.
LE GRAND TOUR - Je fus du premier en 1994 ou 1995, on avait fini au parc La Fontaine devant la nouvelle Maison des cyclistes qu'on inaugurait pour l'occasion. Vous savez de quoi je parle ? Cette randonnée d'à peu près 2000 cyclistes, une semaine au mois d'août, environ 100 kilomètres par jour, pas de bagages, la fête le soir... Douze ans plus tard, le gros peloton n'est toujours pas devenu un troupeau, la belle histoire continue, la belle histoire et toujours une histoire de plein air, de plein ciel, et de plein d'amis. Et le prix aussi en est un d'ami - moins de 700 $ pour la semaine.
Cette année le Grand Tour passera trois jours au Vermont. Holà ! Deux mille cyclistes à la douane américaine ? Paraît que tout est arrangé. Départ de Morrisville (nord-est de Stowe) direction Lyndonville, retour au Québec par Stanstead. Pas mal, mais y'avait beaucoup mieux. Notez pour la prochaine fois : les plus belles routes du nord du Vermont sont au centre de l'État, disons entre la 89 et la 14 et entre la frontière et une ligne au sud qui passerait par Cambridge, Jeffersonville, Craftsbury. De Jefferson, tu fais le col de Smugglers Notch pour le fun, mais en haut tu reviens, tu bascules pas vers Stowe, Stowe c'est Saint-Sauveur, qui veut aller à Saint-Sauveur ? À moins d'une invitation de Réjean. Mais je vous dis que c'est pas souvent.
LE LANGAGE - J'ai juste saisi une bribe du sujet de Maisonneuve à l'écoute ce midi. Il était question des gais. D'un sondage, d'une étude, qui révélait que l'homophobie était plus forte chez les gens moins scolarisés. Qu'il était plus difficile d'être gai sur un chantier de construction que dans une université.
Méfions-nous des vérités trop vraies. C'est sûr que les beaufs traitent le pédé de pédé, alors que le prof d'université traite son collègue gai de cher collègue. Mais au-delà des apparences, du langage donc, je ne suis pas du tout certain que les gais soient moins bien acceptés dans les milieux populaires que dans les milieux petits-bourgeois. Être gai et avoir le choix, pas sûr que je ne préférerais pas un papa camionneur à un papa directeur de caisse populaire, ou même professeur.
Les études qui prêtent aux classes moyennes et supérieures plus de civilité qu'à la classe populaire sont préparées et faites par des gens de la classe moyenne et supérieure dont la référence en la matière est essentiellement le langage. C'est la classe moyenne qui a inventé le mot gai pour ne pas avoir à traiter de fifs ses enfants pédés.
On touche ici à un sujet délicat. Le langage correct, est, effectivement, un rempart contre l'oppression de la grossièreté. Mais en même temps, ce n'est pas de la magie. On peut bien appeler Noir le nègre qu'on a dans le coeur, on reste un enculé, et ça n'a rien à voir avec la classe sociale, ça à voir avec le coeur, je viens de le dire.
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