Pierre F.
Une autre affaire Jeanson ?
Hélas !
Pour avoir négligé de se présenter au contrôle antidopage de la Flèche Wallonne le 21 avril dernier en Belgique, la jeune cycliste s'expose à une suspension qui pourrait achever de gâter complètement sa saison, en la privant et des Jeux olympiques et des championnats du monde plus tard à l'automne. Elle devrait cependant être au départ de l'épreuve de la Coupe du monde de cyclisme, samedi, sur le mont Royal.
Notons qu'il ne s'agit pas d'un refus de contrôle, mais d'une « omission ». Le règlement de l'Union cycliste internationale dit une carence de contrôle, et prévoit - article 131 - une suspension de un à six mois ou, si circonstances le justifient, un simple avertissement.
C'est évidemment ce que souhaite Mlle Jeanson, un simple avertissement, et elle a quelques bonnes raisons d'espérer la clémence des instances concernées. On ne le saura pas avant deux bonnes semaines.
Le 21 avril dernier, donc, Mlle Jeanson franchissait la ligne d'arrivée de la Flèche Wallonne à la 30e place après une course décevante, et une journée, une matinée surtout, très mouvementée. Les coureurs ont deux choses à faire après avoir franchi la ligne d'une épreuve officielle : se mettre une petite laine pour ne pas attraper froid et s'informer du contrôle antidopage. Suis-je sur la liste ? C'est la question que ne s'est pas posée Mlle Jeanson.
En plus de la gagnante de l'épreuve, sept coureuses ont été désignées au hasard, pendant la course, pour passer le contrôle antidopage. Les numéros de dossard sont écrits au crayon gras sur une feuille affichée bien en vue à la ligne d'arrivée. J'ai dit au hasard ? Pas dans le cas de Geneviève. Elle est sur la liste rouge de l'UCI depuis son exclusion des championnats mondiaux à Hamilton pour un taux d'hématocrite non conforme. Dans son cas, le hasard tombe toujours sur elle. À toutes les courses. Elle le sait. Elle n'a pas d'excuse. Et son entourage, qui l'entoure si mal depuis si longtemps, moins encore.
À Huy, c'est la petite ville où se termine la Flèche Wallonne, il y avait sept numéros sur la feuille. Dont le 101, le dossard de Jeanson. Elle sera la seule à ne pas se présenter au contrôle. L'UCI a pris acte de l'infraction. En a référé à la USA Cycling (Jeanson court sous licence américaine), et la USA Cycling a refilé le cas à la très sérieuse USADA (US Anti-Doping Agency) qui a demandé des explications à la coureuse.
Pourquoi avez-vous négligé de vous présenter au contrôle antidoping, Mlle Jeanson ?
Je lui ai posé exactement la même question.
Liège, le 21 avril. Au petit matin, comme à Hamilton, l'équipe médicale antidopage de l'UCI débarque à l'hôtel où séjournent Jeanson et les autres coureuses de l'équipe Rona et procède aux prises de sang. Une heure plus tard, coup de téléphone du médecin responsable des analyses : Mlle Jeanson, vous ne pouvez pas prendre le départ de la Flèche Wallonne. Votre taux d'hématocrite est hors norme (plus de 47). Veuillez passer à notre hôtel pour l'analyse de l'échantillon B.
« Je me suis rendue à leur hôtel comme Jeanne d'Arc se rendant à son bûcher, raconte Geneviève. Je ne pouvais pas le croire. Je m'étais testée à la centrifugeuse deux jours avant et j'étais à 43. J'étais en état de choc. Ma carrière était finie, ma vie qui tient tant au vélo était finie aussi. J'arrive à cet hôtel du Cygne-d'Argent, je me souviens du nom, une chambre, des messieurs qui parlent en flamand, en arrivant on me demande un échantillon d'urine. Il n'y a pas de femme présente et je dois m'exécuter devant un médecin homme. Je comprends que je suis sur la liste rouge, mais est-ce que cela signifie que je doive accepter n'importe quoi ? J'accepte cependant. Après le pipi, on procède à l'analyse de l'échantillon B. Et là, énorme surprise. 44,9 ! Alors que l'échantillon A était à 49,3. »
(Petite parenthèse : échantillons A ou B, c'est le même sang exactement, de la même prise de sang, prélevé au même moment avec la même seringue. Les différences entre les deux échantillons sont très très rares : moins de 1 % des cas. Et encore, quand il y a différence, elle est infime. Dans le cas de Geneviève, elle est énorme, incroyable, inexplicable. J'ai le graphique officiel devant moi : le A, 49,3. Le B, 44,9. Incompréhensible.)
« Dans la chambre, après l'analyse du B, raconte Geneviève, le malaise était immense. Les messieurs n'en finissaient plus de s'excuser. Mais moi, j'étais détruite. Et dans un état second. Je me souviens qu'on est arrivé au départ à la dernière minute. J'ai mal couru cette course que j'ai déjà gagnée. Et à l'arrivée à Huy, je ne pensais à rien. On a traîné plus d'une heure dans le coin. J'aurais dû aller avoir la liste. Mon entraîneur aurait dû aller voir la liste. Mais on ne l'a pas fait. Ne me demandez pas pourquoi. Le matin j'avais eu une prise de sang et donné un échantillon d'urine. Je ne dis pas que c'est pour cela, mais inconsciemment, je me disais sans doute que j'avais déjà satisfait à tous les contrôles possibles pour la journée... »
Ce en quoi Mlle Jeanson avait tort. Les deux contrôles sont indépendants. Elle aurait pu prendre des produits illicites pendant la course qui ne pouvaient évidemment pas apparaître dans le prélèvement du matin. Soit dit en passant, l'échantillon matinal a été analysé au Deutsche Sporthochschule de Cologne et s'est avéré négatif.
En principe, l'USADA devait recommander hier à l'UCI la sanction appropriée, simple avertissement ou suspension. Dans une communication-surprise hier après-midi, l'agence américaine a accordé à Geneviève jusqu'au 4 juin pour préciser de nouveau ses explications, mais surtout pour traduire en anglais celles de son entraîneur, André Aubut. Mlle Jeanson devrait être fixée sur son sort entre le 5 et le 10 juin. D'ici là, elle tentera de satisfaire à son dernier critère de qualification pour les Jeux en se classant dans les huit premières, sur les pentes du mont Royal, samedi.
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