Pierre F.
Pourquoi nous ? Pourquoi toujours nous ? se plaignent les coureurs cyclistes.
Parce que ça n'arrête jamais. Parce que le ver qui est dans le cyclisme est en train de lui bouffer le coeur. Parce que l'actualité cycliste est comme une rivière de boue. Depuis le début de l'année il y a eu la mort de Pantani, il y a eu l'affaire Cofidis, il y a eu les épouvantables révélations de Jésus Manzano et de Philippe Gaumont sur l'usage généralisé de la dope dans le peloton, il y a eu un scandale en Italie impliquant des coureurs de premier plan comme Danilo Di Luca, il y a eu Lance Armstrong accusé de dopage par son ancienne masseuse, et ce matin il y a l'Anglais David Millar, un des ténors du peloton, champion du monde du contre-la-montre l'automne dernier à Hamilton, grand ami de Armstrong, qui a avoué prendre de l'EPO.
Pourquoi vous ? Parce que dans les autres sports, l'athlétisme par exemple, ou la natation, quelques ténors se dopent, mais la base est encore à peu près saine - un coureur de 800, un nageur de 400 style libre peuvent raisonnablement espérer accéder à l'élite de leur spécialité sans se doper. Ce n'est plus vrai depuis longtemps dans le vélo. On ne peut pas gagner sa vie dans le peloton des pros européens à l'eau claire.
Pourquoi vous ? Parce que si ça continue comme ça vous allez tous crever d'une overdose de quelque chose, de beaucoup de choses en fait, comme Pantani.
Stop. Je dis stop et je le dis pour rien, bien sûr. MM. Hein Verbruggen et Jean-Marie Leblanc, respectivement président de l'Union cycliste internationale et grand patron du Tour de France, ne vont pas se téléphoner ce matin en se disant : As-tu lu Foglia dans La Presse ? Peut-être qu'il a raison on devrait arrêter, prendre un an ou deux pour relancer notre sport sur d'autres bases.
D'autres le leur ont déjà dit : Stop ! Mais c'est la dernière chose qu'ils commanderont. Après cent scandales et mille affaires, ils n'ont encore rien compris. Ils sont encore persuadés d'avoir affaire à des tricheurs. Ils pensent venir à bout de la dope par des écoutes téléphoniques, des descentes de police, des chartes d'éthique. Ils répètent que le cycliste dopé est l'exception, ils ne veulent pas voir qu'il est la règle, le commun, le tout venant du coureur. Ils n'ont pas encore compris que le dopage dans le cyclisme n'est pas la prise d'un produit interdit, mais une culture, une attitude, un modus operandi. Le dopage c'est ce que tout le monder fait.
Dans le livre qui vient de sortir sur Lance Armstrong, sa masseuse raconte qu'au soir d'une étape du Dauphiné Libéré, Lance lui confie que son taux d'hématocrite n'est que de 41, (et donc que son sang, bas en globules rouges et en oxygène, atteste d'un relatif état de fatigue). Hon, s'effraie la masseuse, qu'est-ce que tu vas faire ?
Tu sais, lui répond Armstrong en riant, ce que tout le monde fait.
Peut-être êtes-vous en train de vous dire que si tout le monde le fait, il n'y a donc pas de tricherie ? Effectivement. Lance Armstrong a gagné cinq Tours de France sans tricher. Ou en trichant comme tout le monde ce qui revient au même.
Mais bon, le sport n'est pas, ne peut pas être que cela. Ne peut pas être que l'incertitude du résultat.
Évitons les grands mots. Ne parlons pas de morale. Ni de santé. Tiens, ne parlons même pas de sport, le mot sport entraînant des discussions interminables avec des gens qui la plupart du temps n'ont aucune foutue idée de ce dont ils parlent. Parlons tout simplement de compétition sportive. Vous serez sûrement d'accord pour dire qu'il ne peut y avoir de compétition sportive sans règles communes ? Et que la règle commune ne peut être de s'épaissir le sang, de s'affoler les hormones, de se soigner un asthme qu'on n'a pas, ou de se shooter des molécules de synthèse pour pédaler plus vite ?
Eh bien voilà. C'est pour ça que je dis stop. Arrêtez les vélos.
Jeanson out
Laissons tout de même se terminer les championnats canadiens qui se déroulent ces jours-ci à Kamloops en Colombie-Britannique avec, pour fond de scène, la sélection pour Athènes. Jeudi avaient lieu les courses contre la montre, on attendait Lyne Bessette ou Geneviève Jeanson, ce fut une étonnante Susan Palmer. Bessette lui concédait 43 secondes ce qui est beaucoup sur 30 kilomètres, alors que Geneviève Jeanson se classait sixième à trois minutes ce qui est phénoménal et très révélateur de sa TRÈS médiocre condition actuelle. À moins d'une convaincante et bien improbable victoire dans la course sur route demain, Mlle Jeanson n'ira pas à Athènes. Deux sélectionnées pour sûr, Susan Palmer et Lyne Bessette, reste une place à prendre que vont se disputer Anne Samplonius et Manon Jutras.
Chez les hommes aussi, une place à prendre. Michael Barry indiscutable. Charles Dionne également, enfin selon moi. Qui le troisième ? Perras aimerait beaucoup. Fraser jure que ce sera lui. Je ne parierais pas dix sous, ni sur l'un, ni sur l'autre.
Le tour d'Ulrich
Le Tour de France commence samedi prochain. Lance Armstrong y cherchera une sixième victoire de suite. C'est loin d'être fait. Il arrive au Tour un ton en dessous dans sa préparation, battu dans le Dauphiné Libéré, troublé par ce livre dont je parle plus haut, on le dit aussi distrait par sa nouvelle blonde, la chanteuse Sheryl Crow. Un ton en dessous donc, ça tombe mal son principal rival, l'Allemand Ullrich arrive lui un ton au-dessus. De plus, le parcours avec ses difficultés toutes concentrées dans la dernière semaine avantage nettement l'Allemand, plus long à se mettre en route.
Un rendez-vous populaire et médiatique dominera ce Tour de France : le contre-la-montre de l'Alpe d'Huez. Il ne sera pas aussi décisif qu'on le dit. Le Tour se jouera, connne toujours, lors de la première arrivée en altitude, cette année au plateau de Beille dans les Pyrénées. L'Alpe d'Huez ne fera que confirmer. On s'en reparle, mais je peux vous donner le podium tout de suite si voulez. Ullrich, Hamilton, Mayo. Armstrong ? Armstrong ne finit pas le Tour cette année.
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