Pierre F.
Je me suis si bien planté que j'en ris. Quand je pense que je voyais Lance Armstrong en demi-teinte. Mais celle-là, je l'ai vite ravalée ! Dès le prologue, il prenait 20 secondes aux favoris sur six kilomètres. Il nous avait joué du violon toute l'avant-saison ! Good, que je me suis dit. On va avoir tout un Tour de France. Je restais sûr d'une chose. Jan Ullrich, Tyler Hamilton et Iban Mayo étaient fin prêts.
Tu parles !
Au soir de la deuxième étape de montagne, Ullrich est à plus de six minutes. Iban Mayo à 45 minutes. Et Tyler Hamilton, que je voyais gagner le Tour de France, a abandonné. Écoeuré. Il dit qu'il a mal au dos. Mais il est écoeuré.
Le Tour est fini depuis vendredi. Armstrong les a sonnés dans la montée vers La Mongie, il les a achevés hier, au Plateau de Beille. Sur ce détail, au moins, je ne me suis pas trompé. Il n'y en avait que pour le contre-la-montre de l'Alpe d'Huez. Le tour se jouerait là. Moi, je disais : si Armstrong gagne le Tour, ce sera dans les Pyrénées. Et voilà le travail. Tous les favoris écrapoutis. Ullrich, Hamilton, Mayo, déjà cités, mais aussi les seconds violons, les Levi Leipheimer, les Roberto Héras, les Bobby Julich, les Zubeldia (abandon), les Menchov, meilleur jeune l'an passé (abandon), les Simoni, je relis une manchette de l'Équipe le jour du départ : Moreau voit loin ! Ben tiens ! il voyait loin en arrière.
Le Tour est plié, je vous dis. On passera les Alpes pour rien.
Il ne reste que le petit Ivan Basso qui a monté les Pyrénées dans la roue de Lance Armstrong. Armstrong l'aime bien, ce petit Italien, à qui il a fait cadeau de la victoire vendredi à La Mongie. Il l'aime d'autant plus qu'il n'est pas une vraie menace : l'Italien n'avance pas dans les contre-la-montre, il a fait 70e du prologue! À 30 secondes d'Armstrong. Sur six kilomètes. Imaginez sur 55 samedi prochain. Sauvé aussi du naufrage, le lieutenant d'Ullrich, Andreas Kloden. S'il arrivait quelque chose à Armstrong, il n'est qu'à trois minutes, mais que voulez-vous qu'il arrive à Armstrong ? Avez-vous vu travailler son équipe ?
Quand même, il se passe de drôles de choses dans ce Tour. Par exemple ? Par exemple quand Ullrich lâche pied pour la première fois, vendredi, dans la montée vers la Mongie, ce n'est pas Armstrong qui est aux commandes, ce n'est pas non plus Azevedo son guide de montagne, c'est l'immense Hincapie qui mène le train, Hincapie qui ressemble autant à un chèvre de montagne que moi à un lapin de Pâques. Hincapie qui lâche Ullrich au train en montagne ? Holà quelqu'un pour m'expliquer ?
Et où sont passés les Espagnols, à part Mancebo qui sauve l'honneur ? Où sont Héras, Galdéano, Marcado, Mayo, Zubeldia et toute l'équipe Euskaltel ?
Il se passe de drôles de choses, j'insiste. Pour dire le fond de ma pensée, je ne trouve pas Armstrong si impérial. Ce sont les autres que je trouve soudain bien impuissants. Comme si on avait mis quelque chose dans leur bidon pour les endormir. Ou plutôt non, le contraire. Comme si on ne pouvait plus mettre dans leur bidon ce qu'on y mettait avant, pour cause de contrôles plus efficaces par exemple.
Mais Armstrong alors ? Armstrong ne se dope pas. Si. Mais Armstrong a un secret.
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