Pierre F.
Finalement on ne sait plus si on doit plaindre Geneviève Jeanson de toutes les infortunes qui lui tombent dessus depuis un an et demi, ou si l'on doit s'ébaudir de toutes les chances qui viennent à chaque fois la tirer du pétrin. Juste comme on pense que cette fois elle va couler pour de bon, oups, quelqu'un lui lance une bouée... Elle vient tout juste de sortir indemne d'une autre affaire délicate, enfin, presque indemne. Un simple avertissement et une amende de 500 francs suisses (environ 550 $), ce n'est vraiment pas cher payé pour l'omission de se présenter à un contrôle antidopage. Même si sa bonne foi n'était pas en doute. La chose s'est produite, on s'en souviendra, à la Flèche Wallonne, le 21 avril dennier en Belgique.
La jeune coureuse risquait une suspension de un à six mois. Et peut-être même beaucoup plus si au lieu d'une omission, on lui avait prêté d'avoir refusé de se présenter au contrôle. Ses chances de s'en sortir avec un simple avertissement étaient pratiquement nulles, ce simple avertissement, prévu au règlement, n'étant accordé que dans des circonstances très exceptionnelles.
Son affaire a été entendue vendredi dernier par un panel de trois arbitres de la Triple A (American Arbitrater Association), sorte de tribunal agréé par l'Agence américaine antidopage (USADA) pour trancher les litiges sportifs.
« J'ai eu chaud ! admettait-elle hier de retour d'un entraînement dans les collines autour de Rigaud.
- La côte Bourget ?
- Non, non, je n'ai pas eu chaud à l'entraînement. J'ai eu chaud vendredi en assistant aux délibérations des arbitres. Ça a duré toute la journée. Je peux vous dire que mon avocat a fait une c... de job ! »
Revoilà donc Mlle Jeanson prête à courir aux Jeux olympiques pour lesquels elle s'est officiellement préqualifiée il y a deux semaines en remportant l'épreuve de Coupe du monde sur le mont Royal.
« Vous me disiez tout récemment que les Olympiques, bof...
- Oui mais à ce moment-là, on s'en allait vers une suspension. Vous-même avez écrit dans La Presse qu'il était certain que je serais suspendue. Si bien que j'essayais de me faire une raison.
- Et maintenant ?
- Et maintenant je me croise les doigts ! »
Si elle se croise les doigts, c'est que l'Union cycliste internationale a dix jours, donc jusqu'à lundi prochain, pour en appeler de cette sanction de la Triple A qu'elle pourrait juger trop clémente.
Rappelons que Geneviève Jeanson est licenciée aux États-Unis où elle vit une partie de l'année. Il appartenait à la fédération cycliste américaine de référer son cas à la USADA qui traite de tous les problèmes de dopage aux États-Unis. Mais dans les faits, lorsque l'infraction est établie, c'est l'Union cycliste internationale qui « suggère » soit la clémence, soit la sévérité de la sangtion.
Tout indiquait ici qu'on s'en allait vers une sanction de sévère à extrêmement sévère. D'où la décision du clan Jeanson de s'en remettre immédiatement, avant même l'annonce officielle de la sanction, au panel des trois arbitres de la Triple A qui ont tenu audience toute la journée de vendredi dernier, dans les bureaux de la firme d'avocats McCarthy Tétrault, rue Peel à Montréal.
Le panel était présidé par Me Walter Gaines, avocat à New York, assisté de Christopher Campbell et Peter Lindberg, du Minnesota. L'USADA, qui portait l'accusation, avait envoyé un très gros canon, M. Travis Tigert, qui mène les principales affaires de l'agence, notamment celles de Marion Jones.
Geneviève Jeanson était défendue par Me Jean-Pierre Bertrand, du cabinet McCarty Tétrault, qui suit l'affaire depuis le début. On a beaucoup critiqué l'entourage de Mlle Jeanson, faisons ici cette réserve : elle a été infiniment mieux servie jusqu'ici par ses avocats que par tous ses autres conseillers !
De toute évidence, les trois arbitres du panel ont retenu les circonstances très exceptionnelles de son omission de se présenter au contrôle après la course. Rappelons que le matin de la Flèche Wallonne, Mlle Jeanson avait subi un premier contrôle sanguin, et avait été déclarée inapte à prendre le départ à cause d'un taux d'hématocrite trop élevé. L'analyse de l'échantillon B devait révéler qu'il s'agissait d'une erreur de manipulation. Bouleversée, dans un état second pendant toute la course, Mlle Jeanson a omis de vérifier si elle figurait sur la liste des coureuses désignées pour le contrôle antidopage.
Un des médecins belges présents lors du contrôle sanguin a confirmé par téléphone aux trois arbitres que l'analyse des échantillons avait posé problème. Le directeur de la fédération américaine de cyclisme a rapporté que les huit contrôles subis par Mlle Jeanson depuis le début de la saison s'étaient tous avérés négatifs. Enfin, on a fait ressortir que la manière d'avertir les coureuses devant se présenter à un test anti-dopage est très différente en Europe, où Mlle Jeanson n'a pratiquement jamais couru, et ici, où un chaperon attend, à l'arrivée, les coureuses pressenties.
Sous réserve d'un appel de la sanction par l'UCI, la jeune coureuse de Lachine disputera donc, à la fin du mois, les Championnats canadiens à Kamloops. C'est à l'issue de ces championnats que seront confirmées les trois filles pour Aehènes, probablement Lyne Bessette, Sue Palmer... et Jeanson. Elle passera le mois de juillet dans la région de Montréal avant d'aller disputer avec son équipe (Rona) le Tour de Tuna en Pennsylvanie, juste avant les Jeux.
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