Pierre F.
Un mécano chez les facteurs
À une époque où nous n'étions pas nombreux à triper vélo à Montréal, où les bonnes boutiques étaient rares et chères, j'allais acheter mes sacoches, mes cartes, mes cuissards, mes pneus à... Ottawa, à la boutique Bikeway, mecque du vélo pour tout l'Est du Canada tenue par des freaks de la pédale. J'y passais des heures dans un ravissement total. La boutique a fait faillite en 1996. Ian Brown, son propriétaire, organise maintenant des voyages de vélo, et son fils Geoff est un des quatre mécanos des facteurs de l'US Postal.
Mais pas de Lance Armstrong souligne Geoff.
Pourquoi ?
Trop de trouble. On ne l'appelle pas monsieur Millimètre pour rien. De toute facon, il a son mécano personnel, un Belge, pas question que quelqu'un d'autre touche à ses vélos.
Combien en a-t-il ?
Sept.
Est-il aussi froid qu'on le dit?
Il est normal. Pas un mec à problèmes. Dès qu'il met le nez hors de la caravane, c'est la ruée, alors il se protège, mais il est correct.
Paraît que c'est une job de fou, mécano dans une équipe du Tour, premiers levés, jamais couchés...
C'était avant, ça. Maintenant, c'est plus relax. Je n'ai à m'occuper que de deux coureurs. Le Russe Ekimov et l'Espagnol Manuel Beltran. Pas des gars stressés. La belle vie, quoi.
Le matériel, des cadres en alu ?
Des Treck, tout carbone. Monté Shimano. Souvent des boyaux.
C'est quoi, ton boulot, pendant la course ?
Rien. Je dors. Je suis dans la deuxième voiture de l'équipe. Tu sais, US Postal, c'est pas compliqué. On n'a pas de sprinter, pas de baroudeurs, on ne va pas dans les coups. Quand il y a des gars dangereux au classement devant, on roule, sinon on laisse faire. Il y a Lance et huit coureurs au service de Lance Armstrong.
Bien payé ?
Comme ci comme ça.
T'es pourtant dans une équipe très riche !
Oui, mais il v en a un qui est parti avec le magot ! Écris pas ça !
(L'équipe US Postal et Berry Floor - l'autre sponsor, un fabricant de planchers de bois - refusent de révéler le budget annuel de l'équipe, qui dépasserait les 12 millions US, ce qui inclus le salaire d'Armstrong 4 millions, chiffres cités par le magazine Outside.)
Le plat du jour
J'ai pris un morceau sur le pouce à Coulommiers, pavé de thon avec des rondelles d'andouille posées dessus. La terrasse du resto donnait sur une chapelle moussue du XVIIe siècle. Le fromage aussi était moussu et peut-être du XVIIe siècle.
Et que boirez-vous comme vin, monsieur ?
Je ne bois pas de vin.
Ah si, il faut avec le ton c'est un peu sec, le thon.
Ça ne vit pas dans l'eau ce truc-là, c'es pas légèrement humide ?
La queue de la nostalgie
Cette fameuse auberge au Réveil Matin d'où est parti le premier Tour en 1903 et où, 100 ans plus tard, hier matin donc, a été donné le départ du Tour 2003, dont le grand favori est un Texan, eh bien ! figurez-vous que cette auberge est justement devenue un pub tex-mex ! La nostagie se mord la queue, mon vieux. Tant qu'elle ne mordra pas la mienne, S'cusez.
Montgeron, la municipalité voisine de l'aéroport d'Orly, où se trouve donc ce resto, Montgeron est jumelée avec Magog, au Québec, et avec Khourgouth, au Tatarstan. Croiriez-vous qu'un Portugais m'a demandé où était Magog ?
C'est pour m'écoeurer ou c'est parce que tu sais déjà ou se trouve Khourgouth ?
Les grands mots
Pour le centenaire du Tour, qui est un peu aussi l'anniversaire du vélo, on ressort ce que des personnages célèbres, surtout des écrivains, ont dit sur le Tour ou sur le vélo. Au fil du Tour, je vous égrènerai quelques citations de ma propre collection, dont quelques-unes complètement apocryphes d'ailleurs.
On commence par cet extrait d'un petit livre qui avait beaucoup marché il y a quelques années, au titre intriguant de Lila dit ça, signé d'un pseudo, Chimo : « Il m'a dit monte. Il m'a aidée à m'asseoir sur le cadre. Je me suis arrangée pour placer mon clito sur la barre, à chaque petit cahot ça me fait du bien, c'est comme si la route me touche. »
Dans un style plus convenu, tiré de La Force de l'âge, de Simone de Beauvoir ; «Sartre préférait de loin la bicyclette à la marche dont la monotonie l'ennuyait. Il s'amusait à sprinter dans les côtes, je m'essoufflais derrière lui. Sur le plat, il pédalait avec tant d'indolence que deux ou trois fois il a atterri dans le fossé. Je pensais à autre chose, me dit-il. »
Parfois il y a des gens qui me prennent pour un intellectuel ; la preuve que non, c'est que j'imagine plus volontiers l'autre cochonne en train de se frotter sur le cadre que Jean-Paul en train de sprinter sur le grand plateau.
Ridicoule
C'est donc un australien qui porte le maillot jaune du Tour de France, Bradley McGee. Il est de Sydney, dans la Province des Nouvelles-Galles-du-Sud. Le deuxième de l'étape d'hier, Robbie McEwen, est aussi un Australien de Sydney, ville olympique, dans la province de Nouvelles-Galles-du-Sud, j'insiste parce que les Nouvelles-Galles-du Sud viennent d'interdire les courses cyclistes ! C'est pas une blague. Hier, à l'arrivée, une journaliste a demandé à McGee ce qu'il en pensait. Shame, a-t-il dit. Et dans un français presque parfait (il habite Nice) : C'est complètement ridicoule.
Demain
La Ferté-sous-Jouarre - Sedan, 204 km à travers la Champagne, parcours très légèrement ondulé, une étape qui sera exactement calquée sur celle qu'on vient de vivre, une autre arrivée massive, McEwen prendra sa revanche.
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