Pierre F.
Les sprinters sont des délinquants et même parfois des bandits. Coups d'épaule, coups de coude, à 70 km à l'heure dans un virage, oe n'est pas loin de la tentative de meurtre. Mais il ne faut pas tout confondre. Les sprinters n'ont rien à voir avec la chute d'hier. José Gutierrez, l'Espagnoi qui est tombé à un demi-kilomètre de la ligne d'arrivée, entraînant la moitié du peloton dans sa chute, ne disputait pas le sprint. On ne sait pas pourquoi Gutierrez est tombé. Lui non plus, sans doute. Une maladresse, peut-être même pas la sienne. Ce qui est sûr, c'est que les sprinters n'ont rien à voir là-dedans. Impeccables, les sprinters, hier. Un sprint d'anthologie gagné par le meilleur sprinter de l'heure, Alessandro Petacdù, qui coiffait l'Australien McEwen, son plus proche rival. Logique. Transparent.
À la flamme, on se demandait où étaient passé Petacchi et ses équipiers de la Fassa Bortolo. Il n'y en avait que pour les McEwen, Freire, Zabel. Où est Petacchi ? Il était où il devait être, à l'affût, dans les roues. Il a surgi aux 300 mètres. Facile. Frustrant. Tout ça pour ça. Cette longue balade dans les blés pour ces 300 mètres-là. Cette pompeuse traversée de Paris, pour ça. Les sous-bois de la forêt de Fontainebleau, sûrement une des plus belles forêts de France. Pour ça ? Quand c'est la montagne qui accouche d'une souris, au moins on a l'air des hauteurs, mais quand c'est la plaine ?
Ce qui commnence à être criant, c'est le décalage entre les exploits d'antan, qu'on nous rabâche à pleines pages (Tour de centenaire oblige), et la monotonie de la course actuelle. « La monotonie d'aujourd'hui est soluble dans le suspens d'hier », écrit Blandine Hennion dans le journal Libération. J'allais le dire autrement : ce Tour dégouline de nostalgie. Et plus on évoque les forçats de jadis, plus on trouve forcément que les coureurs d'aujourd'hui se pognent le cul. Attendez, je suis injuste. Ils ne sont pas paresseux, ils manquent de culot. Ils sont soumis à la dictature du peloton, qui impose, dans les étapes de plat, une course parfaitement ennuyeuse. Comme l'a été celle d'hier, comme le seront celle d'aujourd'hui et celle de demain. Après le premier sprint, trois jeunes Français ont tenté l'aventure. Quand j'ai demandé à ma voisine, une journaliste hollandaise, qui était en échappée, elle a haussé les épaules :
Quelle importance ? De toute façon, ils vont se faire manger, vous le savez bien.
Effectivement, le peloton les a avalés à 25 kilomètres de l'arrivée.
Plus on évoque les épopées de jadis, plus on trouve la course d'aujourd'hui stéréotypée. Plus on évoque les duels épiques du passé, Coppi-Bartali, Koblet-Kubler, Poulidor-Anquetil, Merckx-Ocana, plus on trouve que cet Armstrong roule en carrosse vers un succès programmé.
Qui donc écrivait que la course elle-même, dans son déroulement sportif, ne donnait plus guère à rêver, que le plus souvent les événements se produisent à la périphérie de la course elle même ? Ne cherchez pas, c'est dans mon texte de samedi. Cette première étape abonde largement dans mon sens. L'événement de cette première étape est une chute qui a envoyé au tapis 50 coureurs, dont Levi Leipheimer, un Américain qui pouvait terminer dans les 10 premiers, ex-coéquipier de Armstrong, aujourd'hui leader de l'équipe Radobank. Le voilà hors-course avec une fracture du bassin comme son coéquipier Marc Lotz durement touché au visage. Un autre Américain et pas des moindres, le Bostonais Tyler Hamilton, que l'on voyait sur le podium, décidera ce matin s'il prendra ou non le départ. Il souffre d'une fracture à l'épaule gauche. Hamilton venait de connaître une saison exceptionnelle, on le voyait sur le podium. Très grosse perte pour le Tour s'il devait renoncer. À noter que dans cette chute, Armstrong aussi est tombé, apparemment sans conséquence. Je croyais que la pire chose qui pouvait arriver au Tour était une victoire d'Armstrong sans opposition. Il y aurait pire encore : qu'il le perde sur une chute.
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