Je la crois
Pierre F.
Je n'ai jamais pris d'EPO, ni aucune substance interdite, a dit Geneviève Jeanson hier. Vous allez rire, mais je la crois. Je suis le seul ? On doit bien être deux ou trois... Mais c'est vrai, la grande majorité de mes confrères, pas tous des nonos - ils étaient quarante hier à la conférence de presse à l'hôtel Delta -, mes confrères, disais-je, ont un doute. Un gros. En fait, ils étaient surtout déçus. Ils s'attendaient tellement à une confession. Ils souhaitaient tellement qu'elle dénonce son entourage. Ils sont plutôt tombés sur une petite chèvre cabrée qui opposait ses cornes aux caméras dès qu'on tentait de la bousculer : je n'ai jamais pris d'EPO.
Je la crois. Je la crois depuis le début. Hier, elle a rappelé qu'elle avait été mise au courant de toute cette histoire il y a un an, par un journaliste montréalais. Et si je l'ai mise au courant, c'est précisément parce que je n'ai jamais cru qu'elle prenait de l'EPO.
Un soir, c'était il y a un an, je suis allé voir ce médecin Duquette dans son bureau au sous-sol de l'hôtel dont il est propriétaire, rue Saint-Jacques :
Avez-vous prescrit, administré de l'EPO à Jeanson, docteur Duquette?
Non.
Pourquoi ne pas l'avoir affirmé aussi clairement aux inspecteurs du syndic?
Comme je m'impatientais impétueusement de ses imprécisions, il a tout envoyé promener : bon, si c'est comme ça (si compliqué que ça, voulait-il dire) je vais plaider coupable, je serai suspendu quatre mois, je m'en fous vous savez, la médecine c'est pas la fin du monde pour moi. Les bras m'en sont tombés. C'est brillant ! Plaider coupable ! Cela va sûrement arranger les affaires de Jeanson... C'est à ce moment que l'ai compris que ce médecin était complètement extravagant.
C'est le même médecin extravagant qui, la semaine dernière, donc un an après la scène que je viens de vous raconter, plaidait effectivement coupable d'avoir prescrit et administré de l'EPO de manière inappropriée à Jeanson en même temps qu'à 11 autres de ses patients, pour se dédire le lendemain dans une lettre qui rectifiait : « Je n'ai jamais administré d'EPO à Geneviève Jeanson.
Une volte-face qui a beaucoup occupé mes confrères hier. Ils y ont vu une manoeuvre : le clan Jeanson avait fait indûment pression sur le pauvre docteur.
Pour avoir vu le pauvre docteur dans ses oeuvres, je le crois, moi, capable de se reconnaître coupable et, le lendemain, quand mademoiselle Jeanson l'appelle pour l'engueuler, de réaliser qu'il a fait une connerie : je vais vous écrire une lettre. Je le reconnais tout à fait dans cette bouffonnerie.
Au tout début de cette histoire, il y avait donc ce médecin imprévisible, fantasque, accusé d'avoir prescrit et administré de l'EPO de façon intempestive à une douzaine... d'athlètes. C'est ce que je croyais au début : des athlètes. C'est comme ça que la nouvelle est sortie en février dernier sur les ondes de Radio-Canada. Un docteur dopeur comme on en connaît en Europe, un docteur Mabuse et son écurie. Vérifiez autour de vous, c'est encore ce que croit l'opinion publique.
Or, on n'est pas du tout devant un médecin dopeur. Si le docteur Duquette a jamais distribué de l'EPO, ce n'est pas comme on croit. Un jour cela sortira, mais ce n'est pas ce que l'on croit. En attendant, le bon docteur Duquette est accusé d'avoir mal administré de l'ÉPO à des patients qui DEVAIENT EN RECEVOIR de toute façon à des fins thérapeutiques. Des gens dans la cinquantaine qu'on venait d'opérer. On n'est pas devant un médecin dopeur. On est devant un mauvais médecin selon le Collège des médecins. Un mauvais médecin qui a mal traité une douzaine de patients et mal traité aussi Geneviève Jeanson en la soignant pour une anémie (ce qui ne relève pas de ses compétences), en lui administrant de la novocaïne (un anesthésique local)... et en lui administrant une dose d'EPO et même plusieurs, soutient le Collège des médecins qui montrera ses preuves en février.
Je n'ai jamais pris d'EPO, démentait Geneviève Jeanson, hier.
Je la crois. Je ne l'imagine pas mentir avec cet aplomb. Je ne l'imagine pas mentir en sachant que les preuves du Collège la feront passer pour une folle mythomane en février.
Mais son taux d'hématocrite à Hamilton, me direz-vous ?
Je vous ai dit que je la croyais. Affaire de foi ? D'amitié surtout.
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