Pierre F.
J'en entends qui n'ont rien compris, alors répétons-le une autre fois : les médecins de l'Union cycliste internationale n'ont trouvé aucune trace de produit dopant dans le sang de Mlle Geneviève Jeanson, samedi matin. Ils en ont d'autant moins trouvé qu'ils n'en cherchaient pas.
Ce qu'ils ont trouvé c'est des globules rouges. Trop de globules rouges. Ce fameux taux d'hématocrite dont tout le monde parle. Elle avait le sang trop épais et risquait de graves complications, comme la formation d'un caillot (une thrombose). C'est la raison pour laquelle, on l'a mise immédiatement au repos. En conférence de presse quelques heures plus tard, encore en plein désarroi, Mlle Jeanson admettait, même du bout des lèvres, que, effectivement, pour sa santé, il valait mieux qu'elle n'ait pas pris le départ de cette course.
J'en entends de fort imprudentes qui ont aussitôt accablé Mlle Jeanson comme si elle était déjà suspendue pour deux ans pour dopage à l'EPO. « On le savait, on se demandait juste quand cela allait sortir », a déclaré une cycliste de l'équipe canadienne. Que savez-vous au juste, Mlle Bessette ? Et vous Mlle Jutras qui avez été la coéquipière - et la grande amie!!! - de Geneviève dans l'Équipe Rona ? Un de mes confrères vous téléphonait il n'y a pas si longtemps pour savoir s'il était vrai que Geneviève couchait sous une tente hypoxique, vous souvenez-vous de votre brillante réponse : Pis ? Veux-tu savoir aussi la coureur de ses bobettes?
Vous n'étiez pas prête à confirmer un fait aussi peu compromettant, mais voilà tout d'un coup que vous savez des choses? Que savez-vous donc toutes les deux? Je vais être bien curieux de vous entendre quand les tests d'urine de Mlle Jeanson vont revenir négatifs de Lausanne. Je ne veux pas vous faire freaker les filles, mais savez-vous que, statistiquement, les chances que les urines de Mlle Jeanson soient claires comme celles d'un bébé sont infiniment plus grandes que le contraire? Les urines des athlètes mis au repos pour un taux d'hématocrite trop élevé se sont révélées négatives dans plus de 90 % des cas.
Pourquoi? Deux raisons. Première raison: l'athlète n'était pas dopée tout simplement. Peut-être qu'il arrive effectivement que l'hypoxie technique par laquelle on raréfie l'oxygène dans une tente accroisse chez certains athlètes le volume de globules rouges aussi efficacement que le fait l'EPO, cette drogue si populaire dans les sports d'endurance.
L'autre raison est moins honorable : les urines gardent moins longtemps la trace de l'EPO que le sang. (Pourquoi ne pas chercher l'EPO dans le sang, plutôt que dans les urines ? vous demandez-vous peut-être. Parce que les tests sanguins sont beaucoup moins précis, ils ne permettent pas, de façon absolue, de distinguer entre l'EPO produite naturellement par les reins, et l'EPO exogène).
Et puisqu'on est parti à se poser des bonnes questions, quelqu'un peut-il m'expliquer quelle différence il y a au juste entre prendre de l'EPO pour augmenter son taux de globules rouges et ainsi apporter de l'oxygène à ses muscles, ce qui est strictement interdit, et coucher sous une tente hypoxique pour augmenter son taux de globules rouges et ainsi apporter de l'oxygène à ses muscles, ce qui est permis? Il me semble que les deux actions participent de la même intention de se donner un avantage que n'auront pas les autres compétiteurs, en particulier ceux du Bangladesh...
Mais je ne voudrais pas vous mêler plus que vous ne l'êtes déjà. Revenons à Mlle Jeanson qui vient de partir dans les Pyrénées avec ses parents, la tête bien tranquille tant elle est certaine d'être déclarée négative avant que la semaine ne se termine. Ce qui n'arrangera ses affaires qu'en apparence, malgré ce que semble en penser son entourage. Un entourage, il faut bien le souligner, qui ne s'est jamais distingué par son grand jugement, je le sais pour y être allé voir de près.
Il paraît que cela fait plus d'un mois que personne n'avait vérifié le taux d'hématocrite de cette jeune femme qui pourtant couche tous les soirs sous une tente hypoxique ! On ne félicite pas son entraîneur. On ne félicite pas non plus son commanditaire, Rona. Au fric que ces gens-là misent sur cette petite tête blonde, il me semble qu'ils pourraient s'inquiéter de ses globules rouges, et peut-être même de la couleur de ses urines. Le taux d'hématocrite se vérifie par un test d'une relative simplicité, avec un équipement minimum qui donne une lecture immédiate. Mais on peut aussi s'adresser à un labo privé à très peu de frais. Si on avait fait passer ce test sanguin à Mlle Jeanson la veille, on n'en serait pas là, elle serait rentrée chez elle en disant qu'elle avait la grippe.
On félicite encore moins l'Association cycliste canadienne qui pourrait elle aussi procéder préventivement à ces tests, en retenant les services d'un labo, celui de l'INRS par exemple, et s'assurer ainsi qu'aucun scandale ne l'éclaboussera la veille d'un championnat du monde ou de Jeux olympiques.
C'est sans doute ce qui m'a le plus sidéré jusqu'ici dans cette histoire: l'ignorance des athlètes, et l'à-peu-près de leur encadrement. J'étais à la ligne de départ quand on nous a appris que mlle Jeanson ne partirait pas à cause de son taux d'hématocrite trop élevé. Première question, quel est le taux limite pour les filles? Je voulais me le faire confirmer par des coureuses: elles ne le savaient pas. L'une m'a dit 48. La plupart pensaient que c'était 50 comme les hommes. Dans l'entourage de l'équipe, on avait déjà sauté aux conclusions... hématocrite, érythropoïétine, on mélangeait tout. Officiellement, on se désolait du scandale, mais il y avait ici et là des sourires de chat qui vient de bouffer une mésange. Quand Mlle Lyne Bessette a déclaré après la course: « on le savait, on se demandait juste quand cela allait sortir », elle traduisait assez bien le fond de l'air à ce moment-là. Que ce fût à elle de le faire, et avec cet empressement teigneux, est une autre question. Ce n'est pas la première fois que je remarque que les athlètes, ne savent remporter des victoires que sur les autres. N'ont jamais entendu parler de la victoire sur soi.
On le savait, dit Mlle Bessette. Elle a bien de la chance. Moi, je ne le sais toujours pas. Mais c'est vrai, les faits commencent à être pesants. Et si la fille, je parle de Geneviève, continue d'être attachante, la voilà qui file des petits mensonges, par exemple sur son taux d'hématocrite qu'elle garde secret tout en soutenant qu'il est très près de la limite. Or on sait de plusieurs sources maintenant qu'il est au contraire très très haut, ce qui nous éloigne de la tente hypoxique et nous rapproche d'on ne sait trop quoi.
Bref, je sais pas et je saurai jamais.
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