Pierre F.
On le répète souvent, même qu'on s'en gargarise, nous avons, au Québec, deux des meilleures cyclistes du monde. Mais nous avons aussi au Québec, hélas, le cocorico un tantinet intempestif. À l'ombre de notre clocher, Deux des meilleures, devient vite, les deux meilleures. Holà! Il y en a d'autres. On l'a vu hier à Zolder. Au moins quatorze autres.
Disons-le quand même: quatorzième du contre-la-montre des championnats du monde, c'est très moyen. Geneviève Jeanson et son entraîneur André Aubut avaient fait de cette épreuve un des objectifs de leur saison. Geneviève se voyait sur le podium. Plus circonspect, son entraîneur m'avait confié il y a quelques jours: «Je ne le lui dis pas, mais si elle se classe dans les huit premières, je serai très content.» Quatorzième, c'est pas brillant, même si une poignée de secondes la sépare du dixième rang...
Je ne suis qu'à moitié surpris. Je ne voyais pas Melle Jeanson dans les dix premières. À cause qu'elle est bien petite et bien légère dans le vent qui balaie les routes de ce trop plat pays. Je disais aussi, et j'ai même gagé avec Marinoni là-dessus, je disais Lyne Bessette bien avant Jeanson dans ce contre la montre, parce que Bessette est plus puissante. Me suis trompé. 22e Melle Bessette hier. Là c'est franchement médiocre. Remarquez elle a peut-être une bonne excuse. Généralement elle en trouve des pas pires.
Oui, oui, c'est une petite perfidie et totalement voulue, à part ça. Experte en la matière, Lyne appréciera. Je suis un peu tanné de l'entendre bitcher Melle Jeanson. Je suis tanné de cette sournoise chicane qui couve sous la braise depuis bien avant les Olympiques, depuis près de cinq ans maintenant, depuis que Melle Bessette, tout auréolée de sa toute nouvelle gloire a compris qu'elle aurait déjà à la partager avec Melle Jeanson. Dernier épisode dans le micro de Radio-Canada, à l'aéroport, juste avant son départ pour Zolder, Melle Bessette toute en points de suspension susurrait: «J'espère qu'on pourra s'entendre... savez avec Geneviève... je ne sais même pas si elle va habiter avec nous».
Je vous ai déjà dit, mais c'était une erreur, qu'il y avait deux clans dans le bicycle. Il n'y en a qu'un, en fait. La grande famille du vélo, les dirigeants de la fédération québécoise, les coureurs, les entraîneurs, les suiveux qui gravitent autour des courses, la majorité des médias, bref, la famille au grand complet, la famille élargie fait bloc contre un individu tout seul de son camp: André Aubut, l'entraîneur de Geneviève Jeanson. L'homme n'est pas accommodant, ni aimable, et il se plaît dans la marge, mais est-ce assez pour en faire le «reject» de tout un sport? On questionne ses méthodes, on mémère des débilités, mais surtout, avec une perfidie de tous les instants, on essaie de briser le lien de confiance très fort entre Geneviève et son entraîneur. Et comme on n'y arrive pas, Geneviève passe aussi dans le tordeur. Voilà pour le portrait de groupe.
Se greffe à cela l'épisode Jeux Olympiques qui a achevé de stigmatiser le tandem Jeanson-Aubut. Vous connaissez la version officielle: dans la course sur route des jeux, Geneviève aurait trahi Bessette sur l'ordre de Aubut. Bessette était en échappée, Geneviève a ramené le peloton sur elle, privant Bessette, pardon, privant le Canada d'une possible médaille. Cette version officielle est une malhonnête fabrication que l'on doit surtout à deux abrutis, l'un journaliste à Québec, l'autre était le chum de Bessette à l'époque. Bessette n'était pas en échappée, elle n'avait creusé aucun écart significatif, le peloton revenait à toute allure, on était près de l'arrivée, on s'en allait vers un sprint massif, point à la ligne. Oui c'est Jeanson qui revient sur Bessette, oui c'est une erreur, mais une erreur sans aucune incidence dont on a fait MALICIEUSEMENT un drame national. On a fait de Jeanson une pestiférée dans le peloton, de temps en temps pestiférée, de temps en temps martyre, pauvre enfant sous la coupe d'un monstre. Je suis très surpris qu'un zélé n'ait pas encore appelé la DPJ. Mais combien on parie que ça s'en vient? Ce ne sera pas la DPJ, ce sera pire.
Outre l'inélégance du commentaire de Bessette sur Jeanson à l'aéroport, tous les pré-papiers des présents championnats du monde ont tourné autour de cette idée de «Jeanson-qui-n'aidera-peut-être-pas-Bessette-à-devenir-championne-du-monde-parce-qu'elle-ne-sait-pas-ou-ne-veut-pas-courir-en-équipe». Tous les propos postulent la faute de Geneviève, par avance! Attendez la fin de la course au moins! J'ai entendu au téléjournal un jeune homme douter à haute voix de la loyauté de Jeanson. Le communiqué d'une agence de sport largement subventionnée par des fonds publics (SportCom, dirigée par l'ancien directeur-général de la fédé cycliste) s'interrogeait sur la capacité de Jeanson de s'entendre avec Bessette pour la course de samedi, et revenait sur cette soi-disant mauvaise communication de Sydney «qui leur avait enlevé toute chance de l'emporter»...
J'aime le vélo comme un fou et toutes ces niaiseries que l'on entend depuis quelques semaines me désolent infiniment. Prenez Charles Dionne. J'ai été le premier à saluer son exploit à San Francisco à la Une de La Presse. C'était génial de battre Lance Armstrong. Mais bon n'en mettez pas trop! Dionne est très très très très très loin de Lance Armstrong. Il y a de bien meilleurs coureurs que lui, ici même au Canada, Michael Barry, Mark Walter, même le vieux Gordon Fraser, même Dominique Perras, et surtout Roland Green actuel champion du monde de vélo de montagne, coureur complet qui pourrait bien obtenir, aujourd'hui, le meilleur résultat canadien à ces championnats du monde, dans le contre-la-montre des élites. C'est pas parce que Dionne se voit lui-même aussi gros que le Tour de France - holà quelqu'un pour le rasseoir sur sa selle - que vous êtes obligés de le croire.
Je me suis fait demander 20 fois « penses-tu que Dionne a une chance de gagner les championnats du monde ? ». Pas l'ombre de la queue d'une. Il a une carte à jouer, une seule: embarquer dans la première échappée - avec Jacky Durand sûrement - on appelle ça « aller montrer son maillot ». Qu'on le reconnaisse dans les voitures suiveuses, hé c'est le p'tit Canadien qui a battu Armstrong à San Francisco. Hé il a du culot ! Cent kilomètres comme ça serait un bien meilleur résultat que de se faire sortir de la roue des Italiens au 254e kilomètre dans l'indifférence générale. Au fait, est-ce qu'il a un coach, ce jeune homme ?
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