Pierre F.
D'abord vous dire que ne je suis plus sur le Tour. Je suis de retour. Je n'ai pas fait l'étape Orléans-Evry comme les coureurs. J'étais déjà à Evry, alors j'ai fait Evry-Frelighsburg pour une courte escale avant de repartir pour Edmonton et les Championnats du monde d'athlétisme.
Eh non, je ne verrai pas le Tour arriver sur les Champs-Élysées. Cela ne me prive de rien. Je n'ai jamais trouvé très amusante cette traditionnelle dernière étape qui tient tout autant de la randonnée cyclotouriste que de la marche triomphale. On verra, en tête du peloton, Armstrong et Ullrich, une coupe de champagne en main, trinquer à la santé du vélo qui a bien besoin de leurs voeux. Puis les 144 rescapés remonteront dix fois les Champs-Élysées, du Jardin des Tuileries à l'Arc de Triomphe. Après un dernier sprint massif, que remportera encore Zabel à moins qu'on lui fasse une offre intéressante. Immédiatement après cela, le Tour se défera, se démaillera, s'annulera en quelques secondes comme une pastille d'Alka Seltzer dans un verre d'eau, ploc ploc fizz fizz, deux minutes après le sprint final, tu te retrouves tout seul comme un con avec tes valises dans le hall de l'hôtel Concorde. Où sont-ils donc tous partis ?
Anyway, je suis bien loin de là. J'ai fait le voyage de retour entre un jeune cadre de la FTQ, une Roumaine très maigre qui lisait La tante Julia et le scribouillard de Vargas Llosa, et juste à côté d'elle, un industriel gaspésien qui revenait de Côte d'Ivoire où il veut aller pêcher industriellement la langouste «parce que la morue, c'est fini». Juste avant l'embarquement, j'avais été interpellé par un employé de la ville de Lachine qui s'ennuie des chroniques de football de Bob Duguay, il trouve que j'écris un peu comme lui, mais pas assez. Je suis d'accord, j'ai le pied moins léger sur les choses de la vie. Bob se serait informé sur la langouste, il aurait dit une niaiserie du genre: pardon monsieur, j'ai entendu dire que la langouste était le dromadaire de la mer, a-t-elle une bosse ou deux? Voilà ce que Bob aurait dit. Je suis, moi, d'une race moins décontractée, mais qui vit plus longtemps. Vous m'attendez un instant, je voudrais toucher du bois...
Ma fiancée - mais non, ma fiancée n'est pas en bois, j'ai changé de sujet, c'est vous qui êtes sur le décalage ou c'est moi? - ma fiancée, disais-je, m'attendait à Dorval avec des fleurs du jardin, quelques marguerites, du trèfle, deux cosmos et un tournesol. Et le résultat de l'étape.
Zabel ? Quelle surprise !
GARDE-ROBE - Il reste quand même un dernier détail à régler dans l'étape de dimanche: l'attribution du maillot vert, le plus prestigieux après le jaune. Le maillot vert récompense le sprinter le plus régulier... L'Australien Stuart O'Grady le portait ce matin au départ de Corbeil. Mais il l'aura perdu ce soir à Paris. Seulement deux points le séparent d'Erik Zabel. Pour L'Allemand, plus rapide qu'O'Grady, ce sera un sixième maillot vert de suite...
Puisqu'on en est aux maillots, finissons de vider la garde-robe du Tour, le maillot blanc (pour le meilleur jeune de moins de 25 ans) ira à l'Espagnol Oscar Sévilla. Celui de la montagne est accroché aux épaules de Jalabert qui n'est pourtant pas, loin s'en faut, le meilleur grimpeur de ce Tour. Le meilleur, c'est Armstrong, mais Jalabert est passé plus souvent en tête des cols de deuxième, troisième, et quatrième catégories. Voilà.
À L'INSU DE LEUR PREIN GRÉ - Addendum à mon papier de l'autre jour sur les corticoïdes... Plusieurs pharmaciens me font remarquer que oui, c'est juste, certains corticoïdes sont aussi des anabolisants, mais pas la Ventoline comme je l'aurais laissé entendre... Je ne l'ai pas précisé non plus, mais cela allait de soit: l'usage abusif des corticoïdes n'est pas le seul fait des cyclistes. L'asthme, cette terrible maladie, frappe beaucoup chez les skieurs de fond, les nageurs, les avironneurs et autres marathoniens qui, les pauvres, n'ont pas d'autre choix que de demander une prescription à leur médecin. Notons tout de même que quelle que soit la prescription, un athlète ne peut recevoir de corticos par injections intraveineuses ou intramusculaires. Sauf que le règlement ne dit rien des intra-articulaires. Que pensez-vous que font les athlètes ?
LINGE SALE - Une lectrice que je félicite pour son à-propos domestique, me demande : qui lave le linge des coureurs pendant trois semaines ?
« C'est moi », m'a dit Sophie Leroscouet, femme à tout faire à l'emploi de la modeste équipe Big Mat Auber. En passant, Sophie est la soeur de Christophe Leroscouet qui a déjà couru le Tour de Beauce avec son club parisien de l'ASPTT. Anyway. Sophie, donc, lave le linge de ces messieurs et le sèche dans les machines qui se trouvent dans la soute de l'un des deux autobus de l'équipe. 25 kg de linge sale par jour. Elle fait aussi les sandwichs pour le staff et remplit les 150 bidons quotidiens pour les coureurs. Le matin, elle ramasse leurs valises. Heureuse d'arriver à Paris, Sophie ?
Yessss !
À L'INSU DE LEUR PLEIN GRÉ,BIS - Depuis que les carabiniers italiens et les CRS français se sont mis à fouiller les valises, les poubelles et les chambres des coureurs, le dernier paradis de la dope, c'est le Tour d'Espagne (couru à l'automne). En Espagne, les coureurs ont la paix. Pas besoin d'attendre la nuit, pour aller se shooter subrepticement dans le winnebago de leur beau-frère que les suit de ville-étape en ville-étape. En Espagne, les coureurs peuvent arriver avec leur stock dans une valise. No problemo.
PAS RICHES - On me parle beaucoup d'argent dans les courriels sur le Tour. Combien gagnent-ils ? Peu. Disons moins de 200 000$ par année pour les trois quarts des coureurs professionnels. Une indication, quand Lance Armstrong a été engagé par US Postal, il a signé pour 250 000$ par année. Il relevait d'un cancer, c'est vrai. Personne ne se doutait à ce moment-là qu'il allait gagner trois Tour de France de suite, c'est vrai. Mais c'était quand même Lance Armstrong. Aujourd'hui, Armstrong est évidemment le coureur le mieux payé au monde, je ne sais pas combien, mais beaucoup, plein. Loin de la planète Armstrong, les grandes vedettes italiennes Bartoli, Cipollini, Rebellin, reçoivent leur petit million de dollars par année, Jalabert, Museeuw, Virenque nagent dans les mêmes eaux. Les très bons coureurs qui ont beaucoup de point UCI mais pas le statut de stars, je pense à Dekker, à Verbrugghe, Beloki, tournent autour du demi-million. Et puis vient la masse des coureurs du peloton qui vivent assez chichement. Rien à voir avec le hockey.
ERREUR SUR LA PERSONNE - Toujours les courriels. « À vous lire, on comprend que ce Lance Armstrong, serait une manière d'Eric Lindros »... Ciel, me suis-je si mal expliqué ? Notez que je n'ai jamais côtoyé Lindros, mais si je me fie à mes collègues qui couvrent le hockey, ce Lindros serait un gros bébé gâté, aussi mou dans la tête qu'il peut être dur le long des bandes. Armstrong, lui, est dur de partout. Et brillant. Très égocentrique, et malgré sa très vive intelligence, incapable de se projeter dans la réalité du monde ordinaire, mais ils sont tous comme ça les athlètes... C'est pour ça qu'ils se font si mal quand ils arrêtent.
TAISEZ-VOUS - Réponse à M. Leonard Kroll et quelques autres: Oui, je me pompe vite sur la dope. Dans les deux sens d'ailleurs. Les curés m'énarvent quand ils avancent que la dope remet en question la légitimité du sport en abolissant l'incertitude du résultat. Pour ce qui est du résultat, «tous dopés» revient exactement au même que «tous à l'eau claire». La dope ne fait pas des guépards avec des chèvres. Avec des chèvres, elle fait des chèvres dopées.
Mais me tapent encore plus sur les nerfs les tatas qui m'écrivent, « Foglia fait nous rêver ». Mon cul. Le sport comme machine à ne plus penser, c'est pas mon truc. Le sport c'est de la culture, c'est pas pour dormir, c'est pour s'allumer. La dope existe, je la nomme. Faudrait pas oublier que ces trucs-là donnent peut-être le cancer du foie, on ne sait pas. En attendant qu'on sache c'est peut-être une bonne idée que les enfants n'en prennent pas pour devenir plus gros et plus forts, même si c'est un avantage d'être gros et forts quand on veut être remarqué par les dépisteurs de la Ligue nationale de hockey.
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