Grand Prix féminin
Pierre F.
Vous permettez que je commence par un cri du coeur ? Aberrant ! Stupide ! Que Lyne Bessette, affûtée comme elle est en ce moment, n'ait pas gagné ce Grand Prix féminin à cause d'une inconcevable erreur de coaching est proprement consternant.
Une superbe épreuve de vélo, pas une seule anicroche en cinq jours de course, des paysages à couper le souffle, même la météo a été irréprochable, un peloton très relevé, des étapes animées, bref, une seule erreur, un seul lapsus: la gagnante. Ce n'est pas la bonne. Ce n'est pas la meilleure qui a gagné.
Vous allez me dire, mais c'est ce qui fait la beauté du sport, c'est pas toujours la ou le meilleur qui gagne. Je vous arrête. Ici, hélas, ce n'est pas du tout affaire de beauté. C'est affaire de pure connerie.
Entendons-nous tout de suite sur un truc: la Finlandaise Pia Sundstedt qui a remporté dimanche la cinquième édition du Grand Prix féminin international, n'est pas la première venue. Une très bonne coureuse. Excellente grimpeuse, on se rappelle de son numéro il y a deux ans sur le mont Royal, entendons-nous bien, le Grand Prix n'a pas à rougir de sa mariée. Sauf que ce n'est pas la bonne.
Elles étaient quatre prétendantes au départ. Lyne Bessette. Geneviève Jeanson. Pia Sundstedt. Et l'Anglaise Nicole Cooke. Les 88 filles du peloton, les suiveurs, les directeurs techniques, tout le monde savait que la victoire allait se jouer entre ces quatre-là. Elles contrôleraient les deux premières étapes, feraient le ménage dans la troisième (celle de Jay), se disputeraient des secondes dans le contre-la-montre du lendemain, pour une grande finale au couteau, le dimanche, en escaladant le mont Sutton.
C'est comme ça que ça devait se passer. Vous allez me dire et l'incertitude qui fait la grandeur du sport? Vous êtes sourds? Il n'est pas question ici de grandeur, je vous l'ai dit, il n'est question que de pure connerie. Écoutez ça...
Première étape. Mercredi passé, aussi bien dire il y a un siècle. Les filles n'ont pas encore dix kilomètres au compteur. Elles viennent de quitter Farnham. Une échappée se dessine. Pia Sundstedt, la finfinaude Finlandaise, se glisse subrepticement dedans. Le croiriez-vous ? Le Grand Prix vient de se jouer. Le Grand Prix est déjà terminé !
Pour l'image, pour le fun, transposons au Tour de France. Première étape. Dix kilomètres. Une échappée. Dans l'échappée un des favoris du Tour, disons l'Espagnol Beloki. Que croyez-vous qu'il arriverait? Les US Postal de Lance Armstrong et les Telekom d'Ullrich chasseraient à fond la caisse, arrivé à la hauteur de l'Espagnol, Armstrong lui parlerait dans le casque : « T'as froid aux pieds ou quoi ? Tu crois pas qu'il est un peu tôt pour allumer le poêle ? »
Revenons aux filles. L'erreur, c'est de n'avoir pas sauté aussitôt dans la roue de la Finlandaise. Mais c'était une erreur tout à fait réparable. Il suffisait d'organiser la chasse. De rejoindre les échappées et c'était fini.
La directrice technique de l'équipe Saturn, Giana Roberge, devait en décider autrement. « On ne chasse pas ! » L'ordre tombe dans l'oreillette de Lyne Bessette qui n'a pas d'autre choix que d'obtempérer. « On ne chasse pas derrière Pia, on joue la carte Anke... » Anke Erlank, modeste coureuse de l'équipe Saturn, est dans l'échappée avec Pia Sundstedt et la directrice de Saturn vient de décider d'en faire son cheval gagnant pour le Grand Prix. Et de sacrifier Bessette. C'est d'une bêtise à pleurer.
L'équipe Rona se retrouve seule à chasser. Résultat, au soir de la première étape, Pia Sundstedt a deux minutes d'avance sur Jeanson et Bessette qui auront d'autant moins de chance de grignoter cet écart, que la Finlandaise est flanquée de la meilleure et la plus expérimentée équipe du peloton. Des filles comme Sandy Espeseth, l'assez extraordinaire capitaine de route Anne Samplonius, Catherine Marsal, Susan Palmar. C'est fini. Au soir de la première étape, le Grand Prix est bâclé. Tout le monde le sait. Sauf Giana Roberge qui devait être coach de boulingrin dans une autre vie, mais certainement pas de vélo. Giana croit encore aux chances d'Erlank qui, effectivement, habilement maternée par Bessette, en particulier dans l'étape de Jay, se surpassera. Mais ce ne sera jamais assez pour battre Sundstedt.
Hier, au départ de la dernière étape, Lyne Bessette faisait semblant d'y croire. Mais elle devait bien savoir, au fond d'elle-même, que c'était mission impossible.
Elle a livré une superbe bataille quand même. D'abord deux violentes attaques dans la côte d'Abercorn. La seconde a bien failli réussir, Sundstedt a flanché, et n'a dû son salut qu'à ses cinq coéquipières qui l'ont ramenée, quasiment en la portant, dans la roue de la Québécoise. Lyne a remis ça dans le premier raidillon du mont Sutton, mais le tranchant n'y était plus. Au sommet, Sundstedt ne lui avait concédé que huit très maigriottes secondes. Des deux minutes prises le premier jour, il en restait plus de la moitié à la Finlandaise.
Je ne sais pas si elle est allée remercier Giana Roberge, mais elle aurait dû. Merci beaucoup, madame.
POUR NOUS RÉSUMER - Pia Sundstedt, de l'équipe Intersports, l'emporte donc avec 21 secondes d'avance sur Anke Erlank, de l'équipe Saturn, et avec un peu plus d'une minute sur Lyne Bessette... Dimanche, tout à leur duel pour la victoire finale, les favorites ont laissé filer la victoire d'étape aux seconds violons, l'Américaine Amber Neuben, de l'équipe Autotrader, est arrivée détachée au sommet du mont Sutton devant l'Anglaise Rachel Heal à 1:50 et Lyne Bessette à 2:59... À souligner la huitième place de Manon Jutras, de l'équipe Rona, dans l'étape d'hier et son excellente neuvième place au général. De la même équipe, peut-être la plus agréable surprise de ce tour assez montagneux, la 16e place au général de Mélanie Nadeau pourtant plus connue comme sprinteuse que comme petite chèvre des montagnes.
LE DÉFI VÉLO MAG - Avant les filles, exactement sur le même parcours, plus de 700 cyclos ont pris le départ du Défi Vélo Mag. C'est presque le double de l'an passé. Un énorme succès. Pas du tout le Tour de l'Île. Pas le Grand Tour non plus. Tendance «on se défonce», ça va très très vite devant. Pour vous donner une idée, le premier, Ben'j Thibault, 21 ans, étudiant à l'Université de Sherbrooke, a bouclé les 90 kilomètres en 2:24.35, c'est sept minutes de moins que la fille qui a gagné l'étape! Il a devancé Sébastien Delorme, du club Argon, d'une quarantaine de secondes. La première femme, Marielle Boiteau, de Québec, 40 ans, agent d'indemnisation à la RAAQ, 2:37... Elle se serait classée dans les trente premières dans la vraie course, je répète, 40 ans et neuf enfants. Non, c'est pas vrai. Je ne sais pas combien d'enfants. Disons trois.
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