Pierre F.
Sarran
À partir de tout de suite, on peut faire autre chose en suivant le Tour, on n'est pas obligé d'être là à prendre des notes, kilomètre 23, échappée du numéro 141. Non, non. Mardi par exemple, je suis allé jogger. J'ai laissé mûrir la bonne échappée, quand j'ai vu qu'ils étaient 25, qu'à peu près toutes les équipes étaient représentées, j'ai dit bon, le peloton ne va pas se mettre à chasser derrière ceux-là, c'est donc, véritablement, la bonne échappée. Et comme il reste trois heures de course, je peux faire autre chose...
D'ailleurs, mardi, je n'étais pas sur le parcours. J'ai une étape d'avance. Je suis à Sarran, où les coureurs ne seront que ce soir. Je raconte tout cela dans un autre papier (page A1). N'empêche, je n'ai rien manqué de l'essentiel de cette étape, la plus longue du Tour, 232 km, entre Pau et Lavaur, Lavaur que les touristes ne connaissent pas, mais qui est une très jolie ville dans la grande banlieue de Toulouse. J'y ai travaillé quelques mois dans une imprimerie, il y a de cela au moins cent mille ans.
Donc, je suis allé jogger sur une toute petite route ombragée, mais qui montait légèrement. Je me disais, je vais revenir par la même route, et ça va être le fun, ça va descendre légèrement. Pas du tout! Cette putain de route montait dans les deux sens! À l'aller comme au retour. Comment cela se peut-il? Je vous pose la question. C'est une colle, réponse à la fin de ce texte.
Je reviens donc de jogger, je prends ma douche, j'allume la télé, les 25 ont maintenant 20 minutes d'avance. Le peloton derrière est emmené par les US Postal qui font du cyclotourisme.
Que va-t-il se passer devant ? Facile. Cherchez le sprinter. Il y en a un: Alessandro Petacchi. Les 24 autres ont tous le même flash : si on l'emmène avec nous, il va nous sauter à la ligne. Il faut l'attaquer avant. Mais quand ?
La fin de la course va se jouer dans ce «quand». Ne pas laisser ses forces dans une attaque trop hâtive. Ne pas laisser partir n'importe qui. Tous contre Petacchi. Mais aussi, tous contre tous...
À 30 kilomètres, attaque d'un autre Italien, Marco Pinotti. Dans la tête des 24 autres : trop tôt.
À 20 kilomètres, le Marco Pinotti en question n'a toujours que 15 secondes d'avance. Dans la tête des 23 autres: il est cuit. Vingt-trois oui. Il y en a un 24e qui pense autrement: Rik Verbrugghe, de la Lotto. «Si je rejoins l'Italien maintenant, avant qu'il se rende, se dit le Belge, à deux on peut tenir.» Les dés sont lancés. Un as pour Verbrugghe. Ils n'ont pas été rejoints. Le Belge l'a emporté au sprint. Cinq secondes derrière eux, Alessandro Petacchi, le sprinter, se mordait les mains. Maladetta...
C'est facile, le vélo, quand c'est pas des filles. À la fin du cours, si vous avez bien travaillé, je vous expliquerai pourquoi les filles, c'est incroyablement plus compliqué.
Pour revenir à Verbrugghe, même s'il est à trois heures d'Armstrong au général, ce n'est pas un pied de céleri. Ce printemps, il a enlevé une classique, je ne sais plus laquelle, il a enlevé aussi le Criterium International et le prologue du Tour d'Italie à la moyenne assez incroyable de 58 km/h. Un très gros rouleur. Un vrai Flahute. Le vent, la pluie, les pavés, les bordures, amenez-en. Sûrement autre chose aussi. Peut-être qu'il fait du camping avec Lance Armstrong...
L'Américain a admis, lundi, à Pau, qu'il utilisait régulièrement une tente d'altitude pour améliorer le transport d'oxygène dans son sang (la chose est permise)... Anyway, si vous vous demandez pourquoi ce Verbrugghe est à trois heures de Lance Armstrong au classement général, c'est tout simplement qu'il ne grimpe pas. Il a souffert comme une bête dans l'Alpe d'Huez et le Tourmalet, porté par la seule idée d'en gagner une après la montagne. Voilà qui est fait.
On devrait revoir le même genre d'étape mercredi entre Castelsarrasin et Sarran où je suis déjà. Deux cent vingt-sept kilomètres. Un parcours casse-pattes, sensiblement plus exigeant que celui de mardi. On va beaucoup voir Jalabert. J'en mets ma main au feu. Et Dekker. Et peut-être encore Verbrugghe.
Ah oui, ma devinette. Pourquoi la même route qui monte dans un sens, monte aussi dans l'autre sens ? Comment cela se peut-il ? Vous allez être déçu. En fait, la route est plate. La côte est dans ta tête...
Arrête, j'ai dit la route, j'ai pas dit la vie.
page mise en archives par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive