28 août 2000

Brillantes anglaises

Pierre F.

Gilfillan s'excuse d'avoir gagné le Grand Prix !

Sutton
Sorry, s'est excusée Ceris Gilfillan. Il paraît que c'est bien elle, ça, de s'excuser de gagner. Paraît que cette petite Anglaise de 20 ans est d'une timidité de marmotte, toujours prête à rentrer dans son trou. Cela ne l'a pas empêchée de gagner la quatrième édition du Grand Prix du Québec avec seulement deux minuscules secondes d'avance sur la Française Jeannie Longo. Timide peut-être, mais quelle vitalité !

Les Anglaises auront marqué ce Grand Prix de toute leur classe, de leur gentillesse et de leur intelligence de la course. Méticuleusement dirigées par leur entraîneur Ken Matheson, elles ont dominé la course mine de rien, avec une discrétion telle qu'on ne les a jamais vraiment prises au sérieux. Quand Sarah Syminglon s'est emparé du maillot de leader après la deuxième étape avec une minute et demie d'avance, elle a dit : «Oh, vous savez, moi, je ne suis pas dangereuse, je ne grimpe pas». N'empêche que ce maillot, elle l'a gardé trois jours. Elle ne l'a perdu qu'hier après-midi dans les derniers lacets du mont Sutton, et voyez comme les Anglaises étaient bien organisées, des épaules de Symington, ce maillot est tombé sur celles de Gilfillan, sa jeune coéquipière. Beau tir groupé. Champagne pour tout le monde, a annoncé leur entraîneur, mais sans le crier trop fort pour ne pas avoir l'air de triompher.

À deux pas de là, Jeannie Longo laissait voir sa déconvenue et, parlant de Ceris Gilfillan, elle bougonnait : «Je ne sais pas ce qu'elle a bouffé ce matin, celle-là !». Longo a perdu le Grand Prix par deux secondes. Deux secondes, c'est à peu près quatre longueurs de vélo, moins de 20 pieds. Sauf que l'Anglaise n'a pas cédé un pouce.

C'était prévisible, il y a eu deux courses hier. La première impliquant des filles attardées au classement général que les leaders ont laissé filer. C'est ainsi que l'Australienne Tracey Gaudry a pu remporter l'étape, devançant d'une minute l'Américaine Karen Dunne.

La guerre était derrière. Lyne Bessette a tiré la première, une embuscade à 20 kilomètres de l'arrivée dans la côte de Glen Sutton. Elle a été aussitôt rejointe par Longo. Un instant distancées, les Anglaises ont fermé le trou avec sang-froid, et tout était à refaire. Cinq jours de course, 500 kilomètres et rien encore n'était décidé. C'est vous dire l'âpreté de ce Grand Prix du Québec, et quelle course haletante elle fut jusqu'au bout. Bessette, Longo, Gilfillan étaient encore ensemble à deux kilomètres de la fin. Longo place alors un démarrage très sec. Lyne qui vacille depuis un moment est larguée. L'Anglaise est légèrement décollée. Longo a gagné ? Non. À l'arraché, Gilfillan recolle et la photo finish le confinera, l'Anglaise franchit la ligne d'arrivée dans la roue de Longo. Lyne Bessette les suivra 24 secondes plus tard, trop loin pour un podium.

Déçue de sa quatrième place au général, la grande Lyne ? Un peu. Plus déçue pour son public que pour elle. Elle n'a pourtant rien à se reprocher. Elle a remporté au courage la plus belle étape après avoir sombré un moment dans Jay. Mais Longo et Gilfillan lui étaient légèrement supérieures en montagne, en bout de ligne, elle leur rend une minute, le verdict du chrono est assez juste. Cela n'entame en rien ses espoirs de médaille olympique, on sera alors sur une autre sorte de terrain, et dans une toute autre course d'un jour.

Ce fut de loin le plus passionnant des quatre Grands Prix. Toujours aussi parfaitement organisée par Jean Lessard et Angèle Fortin, ce bijou de course n'a rien à envier aux plus grandes épreuves internationales. La présence des Anglaises qui ont promis de revenir, (je crois qu'elles ont aimé le paysage !) et la présence aussi de madame Longo, même bougonnante, ont ajouté le piquant qui manquait les autres années. Merci pour le show, les filles.


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