Quelques extraits :
Ce qui me fâche ici, c'est qu'André Pratte, et à travers lui tout notre journal, a été traité de pute par une des plus joyeuses guidounes de la profession, Franco Nuovo du Journal de Montréal. Il est gentil, Franco, mais qu'est-ce qu'il est con. Il est beau, mais qu'est-ce qu'il est nul. Ça fait 10 fois que je lui dis : arrête d'écrire, fais de la radio, ça paraît moins.
(...)
Regarde, Franco, le jour où tu vas comprendre quelque chose que j'aurai pas compris, je prends ma retraite.
(...)
Tu devrais appeler André Noël, Franco, ça te ferait une bonne chronique si tu l'écris pas comme les autres en 20 minutes.
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Franco Nuovo a répondu le lendemain.
18 février 2005

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Cette chronique s'adresse à vous tous, mais surtout à Pierre Foglia, vous savez le gars de la page 5 de l'autre journal qui a fait, hier, une douloureuse montée de lait digne d'une chatte aux mamelles engorgées. Alors, Foglia, c'est pas drôle d'être pris à partie dans une histoire de convergence, hein ? Je comprends. Ça t'énerve particulièrement depuis quelque temps, on dirait. Probablement parce qu'avant, quand on pensait convergence, c'était toujours Quebecor. Jamais La Presse, Power, Gesca, le Parti libéral, les Desmarais ... Or, depuis quelque temps, cela a changé. Et ça t'énerve d'autant plus parce que tu sais que les patrons ne tiennent pas notre plume, du moins celle de la plupart d'entre nous. Ça t'énerve tellement que le 2 décembre 2004 déjà, dans une chronique intitulée Pro Domo, tu défendais avec véhémence ton intégrité et celle de tes collègues. Ce qui t'honore puisque tout, comme moi, tu bénéficies d'une liberté totale qui nous permet à l'occasion de prendre la plume au nom d'autres journalistes tenus, eux, à plus de réserve. |
Maintenant, Foglia, revenons à ce que tu as écrit me concernant. Que tu me trouves nul ou beau m'est complètement égal. T'es pas mon genre, Foglia; trop vieux, trop grognon, et peut-être un pou bougon.
L'autre chose, Foglia, tu écris : « Franco, le jour où tu vas comprendre quelque chose que j'aurai pas compris, je prends ma retraite. » Tu peux la prendre, Foglia, parce que quand on ne sait pas de quoi on parle, plutôt que de réagir par pulsion et dire ainsi n'importe quoi, il vaut mieux fermer sa gueule. Par exemple, tu m'accuses d'avoir traité votre éditorialiste, André Pratte, de pute. Je ne sais pas où tu as pris ça. Tu dis ensuite que j'accuse La Presse de faire honteusement la promotion du site d'Outremont. Je n'ai pas écrit ça non plus, mais je me suis demandé, c'est vrai, si La Presse se chargeait des relations publiques du lobby des gens d'affaires désireux de voir le CHUM s'installer à Outremont. Et je vais t'expliquer pourquoi.
Sache d'abord que, tout comme toi, je me fous complètement de l'emplacement du CHUM, tant qu'il y a consultation et non pression. Alors, ce n'est pas le fond de cette histoire qui m'a indigné, mais la forme. Et si je me fie à ce que tu as écrit dans ta chronique du 27 janvier « Je m'indigne presque toujours sur la forme, alors que vous, c'est plutôt sur le fond.» Eh ! bien, moi aussi, c'est la forme, Foglia, la façon dont tout ça se fait.
Oui, je me suis interrogé sur le rôle de La Presse et de tes patrons dans ce dossier. Je m'interroge encore. Et ce n'est pas seulement à cause des éditoriaux souvent contradictoires de ton ami Pratte qui, telle une girouette, entre le printemps et l'hiver, a changé souvent d'avis sur l'emplacement du fameux CHUM. Le 17 avril, par exemple, il se rangeait du côté de Saint-Luc, s'appuyant sur les recommandations de MM Johnson et Mulroney. Le 27 novembre, il n'en avait plus que pour Outremont. Entre temps, évidemment les gens d'affaires et la famille Desmarais étaient intervenus dans le dossier.
Le lien flagrant
Maintenant, Foglia, je vais te raconter une histoire et peut-être t'apprendrais-je quelque chose que tu ne savais pas.
Le ler février, en arrivant au bureau, j'ai pris mes messages. J'en avais au moins un et il disait ceci : « Bonjour Franco, Hélène Desmarais à l'appareil, j'ai des informations pour toi sur le CHUM. On pourrait peut-être en discuter. Est-ce que tu pourrais me rappeler au numéro...»
J'ai rappelé, elle n'y était pas, sa secrétaire m'a assuré qu'elle me rappellerait. Elle l'a fait, mais j'étais parti pisser. Deuxième message : « Bonjour, Franco, tu peux me rappeler. » Et je l'ai rappelée.
Foglia, les messages sont toujours sur mon répondeur, veux-tu les écouter ? À l'époque, j'avais protégé ma source qui pourtant, par son intervention, démontre le lien flagrant entre les Desmarais et le site d'Outremont.
Au fait, tu sais qui est Hélène Desmarais. Elle est, Foglia, ce qui n'est pas négligeable compte tenu de ce qui nous concerne, l'épouse de Paul Desmarais Jr., président du conseil et co-chef de la direction de la société et président du conseil, Corporation financière Power, ainsi que membre du C.A. de Gesca à qui appartient La Presse à 100 %.
Elle est présidente du conseil et chef de la direction du CEIM, présidente du C.A. des HEC, présidente de C.A. et du comité exécutif de la Société de développement économique Ville-Marie, etc. Y en a des pages comme ça.
Elle est aussi une lobbyiste influente qui a paassé tellement de coups de fil au bureau de Philippe Couillard qu'il en est rouge; le téléphone, et peut-être Couillard aussi. Elle est aussi de ces gens d'affaires qui, le 5 janvier, ont signé une lettre destinée au premier ministre et publiée dans La Presse.
La bru
Hélène Desmarais est donc la belle-fille, la bru du big boss, l'honorable Paul Desmarais. Power, Gesca, La Presse, ça te dit quelque chose, Foglia ? En passant, Foglia, quand, la dernière fois, avec ta grande gueule, as-tu osé remettre en question les Desmarais et leur empire ?
Alors, v'là que l'épouse d'un de tes grands patrons m'a appelé pour me parler du CHUM pendant une bonne heure sur un ton suggestif. Est-ce normal, ça, Foglia ? Je te rappelle que je bosse au Journal de Montréal.
Tu permets une question : que dirais-tu si la femme de mon grand boss à moi te téléphonait pour te donner des informations qu'elle souhaite te voir écrire ? Ça n'éveillerait pas chez toi quelques soupçons ?
Madame Desmarais et moi avons discuté presque une heure, Foglia, comme si on était les meilleurs amis du monde. Charmante, d'ailleurs. Elle voulait surtout que je comprenne bien que son beau-père, homme par ailleurs malade qui se fait soigner au John Hopkins Hospital de Baltimore - pas au Québec, mais aux États-Unis, parce que c'est tellement mieux -, n'avait rien à voir dans toute cette histoire. Qu'il a agi en faveur d'Outremont à la seule demande de l'Université de Montréal et quel est allé négocier la cour de triage avait le CP avec l'accord de Jean Charest.
Au fait, j'allais oublier, Foglia, c'est bien elle qui m'a parlé d'André Pratte, en soulignant que Lysiane Gagnon, Alain Dubuc et Pratte poussaient, en toute objectivité (!), sur Outremont parce qu'ils avaient vu les deux projets à l'automne. On les leur avait montrés à eux.
Tu te poserais pas des questions, toi, Foglia, sur les liens possibles entre La Presse, le CHUM Outremont, Québec et les gens d'affaires qui font pression ? Te rappeler, aussi, en passant, qu'il est question ici d'éditorialistes et que, par définition, ils reflètent dans leurs écrits l'orientation du journal qui les emploie et qui t'emploie.
T'insistes sur Pratte, Foglia, n'a t'il pas déjà goûté en février 1994 à la médecine de Paul Desmarais en perdant sa chronique parce que le boss n'avait guère apprécié ses propos. Le regretté Claude Masson avait alors dit : « Quand on mord la main qui nous nourrit, il y a des conséquences. » Tu continues à ne pas te poser de questions, Foglia ?
Elle m'a dit d'autres choses aussi, madame Hélène Desmarais, en plus de plaindre son pauvre beau-père. Elle m'a rappelé que Power redonnait de 2 à 3 % de ses profits à la société, aux hôpitaux, aux universités... Elle a dit que toute cette merde autour du CHUM était la faute des fonctionnaires et bien sûr des journalistes. Elle a même avancé que l'intérêt manifesté par GWL, une filiale de Power pour l'aménagement en partenariat public-privé du CHUM, était une invention de Kathleen Lévesque du Devoir. Madame Desmarais est d'ailleurs partisane avouée d'une industrie de la santé.
Après, on a raccroché, mais elle m'a retéléphoné le lendemain, 2 février. Cette fois, elle m'a fait appeler par sa secrétaire. Je ne lui ai pas retourné l'appel.
Une dernière chose
Une dernière chose, chroniqueur, dans ton texte d'hier tu laisses croire que ton canard est celui qui « le premier a accroché le pompon » sur la sécurité du CHUM en disant que ce n'est surtout pas le JdeM qui aurait fait ce job. Tu parles de textes de La Presse du 25 janvier, du 26, du 4 février...
You-ou, Foglia, n'as-tu appris à lire qu'en 2005 ?
Laisse-moi simplement te signaler que Michel C. Auger signait le 20 novembre une chronique sur les points dangereux, une autre le 27 sur les coûts et la sécurité, une autre le 2 décembre sur les besoins réels en espace de l'Université de Montréal, une autre le 4 décembre sur les dépenses du CHUM, les 13 et 14 décembre d'autres chroniques sur les dépassements de coûts. Et je t'épargne la suite, les textes que d'autred ont écrits ainsi que l'abondant travail de Kathleen Lévesque dans Le Devoir.
Allez, Foglia, moi aussi je t'embrasse pareil; je suis même pas fâché, t'es pas con, t'es juste présomptueux et mûr pour la retraite. Or, il est temps, je crois, que tu sortes la tête de ta litière. Tu verras, c'est fou tout ce qui se passe dehors.

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