29 septembre 2007
Laurent Martel
"Pierre Foglia signe ce matin dans La Presse un article intitulé Jeanson et moi. En gros, il revient sur ses quelques interventions personnelles dans la carrière de Mme Jeanson tout en avouant avoir été, parfois, tellement con. Effectivement M. Foglia, tellement con. Mais ce n’est pas le plus grave. Le plus grave, c’est que vous ayiez été tellement con publiquement. M. Foglia ne peut ignorer qu’en tant que journaliste-vedette d’un grand quotidien au Québec, ses propos ont un grand impact sur l’opinion publique. S’il est avant tout un excellent chroniqueur social, le public le perçoit également comme un connaisseur du cyclisme. Dans ce contexte, ses propos sur Geneviève Jeanson au cours des dernières années auront très certainement contribué à forger l’opinion publique sur cette athlète : "si Foglia le dit, c’est que c’est vrai, il connaît ca lui".
Comment ne pas croire que le clan Jeanson a ainsi profité des positions de M. Foglia au cours des dernières années, le journaliste se portant souvent à sa défense ? Le premier devoir de tout journaliste est de vérifier ses sources, de consulter des experts lorsque le terrain qu’on veut couvrir n’est pas le nôtre. "Il nous apparaît évident que M. Foglia a été souvent négligeant à ce niveau" : « Une petite recherche m'aurait permis... ». Qu’il a manqué de jugement et de recul à bien des occasions. Qu’il s’est laissé bêtement aveugler par le clan Jeanson. Qu’il aurait dû, plus souvent, nuancer ses propos en alertant le public que oui, il y avait une possibilité qu’elle soit dopée, vu certains faits plutôt surprenants. Il existait des sites, notamment celui-ci, qui aurait pu mieux l’informer sur les événements de la carrière de Mme Jeanson. Qui auraient pu lui permettre de mieux estimer si Mme Jeanson lui mentait ou non sans, bien sûr, en être absolument sûr.
Il en va de même pour d’autres individus, comme "Éric Goulet" : Oui, c'est possible ou Ivan Simoneau, qui ont produit tous deux des rapports scientifiques (!!!) expliquant qu’il était possible d’atteindre des taux d’hématocrite élevés en utilisant une tente hypoxique. Seul hic dans l’affaire, les chercheurs n’avaient pas jugé bon de vérifier la valeur de ce taux d’hématocrite de Hamilton, se fiant sur celui donné par… le clan Jeanson ! Scientifique, vous dites ?
Nos lecteurs pourront se rappeler ici notre réaction aux propos de M. Goulet. Les cyclistes professionnels ne manquent pas d’exploiter certains médias voire certains scientifiques souvent plus victimes que complices de ces sportifs. L’affaire Landis nous l’a récemment prouvé : l’homme est allé jusqu’à solliciter le grand public via certains médias pour assurer les coûts de sa défense au moyen d’une fondation ! Hallucinant. Et il a trouvé un soit-disant scientifique pour expliquer son taux élevé de testostérone.
La véritable crédibilité, il faut la chercher du côté de l’AMA et de Mme Ayotte, du côté du labo de Chatenay-Malabry et des autres labos accrédités. Probablement aussi de Dick Pound, malgré son style flamboyant. Et toujours se rappeler que les cyclistes professionnels utiliseront n’importe quel moyen pour tenter de déstabiliser ces institutions en jouant le plus souvent sur l’ignorance et la crédulité du grand public. Le journaliste d’Enquête, Alain Gravel, évoquait à la fin de son reportage jeudi soir dernier les responsabilités de tous et chacun dans cette triste histoire. Il aurait pu commencer par celles – indirectes il est toutefois important de souligner – de ses collègues journalistes, et notamment de M. Foglia qui a, des années durant, contribué au phénomène Jeanson en forgeant l’opinion publique.
"Comme nous l’avions déjà fait" (http://laflammerouge.com/archives/002520.php) en 2005 suite à la publication d’un de ses articles sur Lance Armstrong carrément intitulé Le plus grand (on serait curieux de savoir ce qu’il en pense aujourd’hui!), on invite de nouveau ce journaliste populaire à faire preuve de plus de nuance, de plus de mesure, lorsqu’il s’exprime sur le monde du cyclisme.
Il convient de terminer cet article en soulignant l’excellent travail et surtout l’excellent jugement dont a fait preuve la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes et son président, M. Louis Barbeau, dans le dossier Jeanson. La Fédé a eu notamment le courage de prendre ses responsabilités "en refusant de délivrer une licence de course à Mme Jeanson en 2004" estimant, avec raison, que sa santé était réellement menacée. À l’époque très critiquée pour ce geste compte tenu de la notoriété de Mme Jeanson, une notoriété notamment acquise grâce aux écrits de M. Foglia, il apparaît évident aujourd’hui que c’était là une très bonne décision. Bravo à la Fédé et à M. Barbeau, en espérant qu’ils sauront continuer d’être vigilants sur les performances de leurs athlètes licenciés de toutes les catégories.
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