Le Niger au bord de la catastrophe alimentaire. Une frégate avec des centaines de marins canadiens à bord, qui file vers la Nouvelle-Orléans pour aider les rescapés de l'ouragan Katrina. Un bateau scientifique, l'Amundsen, qui vogue sur les flots bleus de l'Arctique, un voyage surréaliste en Libye, au pays du colonel Kadhafi. Une incursion dans le monde étrange des évangélistes au coeur des États-Unis. Les photographes de La Presse ont ramené des souvenirs étonnants de leurs voyage. En cette fin d'année, ils vous présentent leurs meilleures photos, accompagnées d'anecdotes, dans ce numéro spécial du PLUS consacré entièrement aux photographes.

Martin Chamberland
Le matin du départ, je me demandais bien ce que j'allais pouvoir photographier. Je me promenais sur le quai, les yeux écarquillés, prêt à tout saisir. Je tenais mordicus à exprimer la tristesse du départ, mais en y intégrant la structure géante de l'Amundsen. Coup de chance j'ai réussi à capter l'empoignade familiale quelques minutes seulement avant le départ officiel, une image remplie d'émotion. Et la passerelle faisait le lien entre les gens et le bateau, ce qui donne plus de force à l'image.
Tous les photographes et caméramans présents se sont précipités pour venir saisir la scène. Mais trop tard, l'étreinte n'avait duré que quelques secondes. J'étais donc seul à avoir cette image. Et comble de bonheur, La Presse a publié cette photo pour illustrer le départ de l'expédition.
J'ai eu la chance de faire des photos aériennes de l'Amundsen à notre arrivée dans un fjord de l'île de Baffin. Nous avons survolé des falaises de 1500 mètres de haut, avant de redescendre vers le navire qui, perdu dans ce paysage tout en grandeur, semblait minuscule malgré ses six étages. Le capitaine se trouvait à bord et commandait le brise-glace de son siège. Il a demandé au second de se diriger vers une immense banquise afin de démontrer la force du bateau.

C'est à ce moment que le pilote a vu au loin un ours polaire. L'animal est resté sans broncher un long moment, avant que le bruit de l'appareil ne finisse par le faire déguerpir. J'ai pris plein de clichés. J'avais l'impression d'être dans une de ces émissions de télévision sur la vie animale, où l'on voit des troupeaux de girafes ou d'éléphants s'éloigner de l'hélicoptère en courant.

L'hélicoptère nous a laissés, le journaliste Charles Côté et moi, dans l'île Bylot, au nord de Baffin. Nous étions tout sourire, car n'entre pas qui veut dans ce parc national. Les cris des oies résonnaient pendant que des scientifiques s'affairaient à leur poser des bagues d'identification. Au, bout de quelques heures, il a fallu partir à la recherche d'autres oies à baguer. L'hélicoptère a emporté les bagueurs par petits groupes.

Charles et moi avons été les derniers à être transportés. Nous étions seuls au monde. Avant de nous quitter, le pilote m'a lancé un sac. Au cas, a-t-il dit, où un ours polaire déciderait de nous transformer en petits pâtés. J'ai ouvert le sac ; il contenait une carabine. Soudain, je me suis senti immensément petit. Et j'ai poussé un soupir de soulagement, au retour de l'hélicoptère, 10 minutes plus tard.