4 février 2008

Marc Pigeon

La police de Montréal ouvre la machine pour commercialiser ses services. Aux prises avec d'importantes coupures budgétaires, le SPVM compte plus que jamais sur la vente de ses services pour se financer. Bienvenue dans SPVM inc.

On offrait déjà le policier armé pour prévenir les vols dans un commerce, pour faire la circulation lors d'événements privés, les escortes policières, la protection rapprochée.

Mais l'opération commercialisation ira beaucoup plus loin : installation de micros cachés, écoute électronique, filature, analyses de risques, formations de toutes sortes, services de prise et de répartition d'appels, achats de groupe.

En fait, presque toute l'expertise qui est exportable est à vendre.

Un grand objectif
"Ma vision ultime, c'est que le service de police s'autofinance, avance le directeur adjoint de la police de Montréal, Mario Gisondi.

« On a un budget de 600M$. Si on était capable de s'autofinancer de 600M$, ça ne coûterait plus rien aux citoyens d'avoir un service de sécurité publique. »

La commercialisation des services figure parmi les trois grandes priorités de la police de Montréal, en 2010. Une façon nouvelle de maintenir et même d'augmenter les services à la population, selon la direction, malgré les 34M$ de coupures budgétaires auxquelles le SPVM est contraint, depuis l'an dernier.

« Il faut trouver des solutions novatrices pour augmenter nos revenus, parce que la taxation a ses limites », a dit M. Gisondi.

De gros contrats
Le directeur du service, Yvan Delorme « en a fait son cheval de bataille ». Des présentations ont été faites aux policiers sur le territoire. On demande au personnel d'être créatif et de repérer les opportunités d'affaires.

Le SPVM est d'ailleurs en pleine négociation pour de gros contrats, a-t-on appris.

Actuellement, le plus gros contrat de service est celui de l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, qui rapporte 4M$ à la police.

Le SPVM assure être en mesure d'offrir ces services sans affecter les services de base offerts aux Montréalais. Ce sont plutôt des policiers en congé ou en temps supplémentaire qui font le travail, sur une base volontaire.

Et on projette aussi de créer une escouade de policiers uniquement dédiés aux contrats de type «rent-a-cop».

Seulement pour ce volet, le nombre de dossiers a doublé depuis deux ans, passant de 527 en 2007 à 803 en 2009. Les revenus aussi vont en augmentant : 1,6M$ à 4,2M$, pour la même période.

Il y a toutefois des limites éthiques, prévient- on, à la commercialisation des services. Chaque demande est analysée au cas par cas, parfois par le service de Renseignements criminels, afin d'éviter de se retrouver à faire la sécurité au mariage d'un Hells Angels, par exemple.

Le SPVM c'est...
- 4600 policiers
- 33 postes de quartier
- 586 M$ de budget pour 2010
- 21,5 M$ de compressions budgétaires en 20010

4 février 2008

Veston, mallette et catalogue

Des policiers ont troqué leur uniforme de patrouille pour celui de représentant des ventes, sillonnant maintenant la province avec leur mallette, pour présenter le catalogue des services offerts par le SPVM.

La commercialisation des services, c'est du sérieux. La Charte de la ville de Montréal a même été modifiée, cet automne, afin de permettre d'exiger des redevances pour des services offerts.

Aussi, le volet de commercialisation fait maintenant partie intégrante du plan d'action 2010 du service de police.

Une équipe de policiers a d'ailleurs été mise sur pied pour vendre des services, sous la supervision d'un nouveau patron, le commandant Gino Dubé.

« Il s'agit d'une équipe très motivée », dit-il. D'ailleurs, selon lui, le concept est plutôt bien accepté des policiers du SPVM.

Les policiers de son équipe rencontrent les corporations, les autres corps de police en province et les citoyens, afin de leur offrir les services du SPVM.

« Si tu décroches quelques contrats intéressants, dans une année, tu obtiens un chiffre d'affaires de 15, 16 ou 17M$, c'est comme une PME », illustre l'assistant-directeur Sylvain Brouillette.

Arrondissements
Par exemple, le SPVM souhaite aller ravir les contrats que certains arrondissements donnent à des entreprises privées pour des tâches reliées à la sécurité publique, qui ne font plus partie des services de base de la police.

La patrouille dans les parcs, les chicanes de clôture, la surveillance des assemblées du conseil d'arrondissement, notamment.

La police de Montréal estime pouvoir offrir un meilleur service, en utilisant des cadets policiers, et à meilleurs coûts. La visibilité du SPVM en serait accrue et les cadets, équipés d'émetteurs-radio, auraient accès rapidement aux policiers.

« Pour ces tâches, un policier c'est trop, un agent de sécurité c'est correct, mais un cadet policier c'est encore mieux, parce qu'il est dans la famille du SPVM. (...) Et ce n'est plus la firme privée qui fera les profits. Ils restent dans les poches de la ville », indique M. Brouillette.

Formations
La formation est un autre gros pan du projet. En tant que corps policier d'importance, le SPVM a acquis des expertises en plusieurs matières. Les maîtres-chiens, le maniement de bâton télescopique, la conduite de moto ou d'autos de patrouille, tir, etc.

Sans vouloir se substituer à l'école nationale de police, le SPVM offre un tas de formations dans des disciplines où il a une expertise. Des formations qui pourraient bénéficier à d'autres corps policiers.

Il n'est pas exclu d'offrir le service de prise d'appels et de répartition des appels depuis la centrale de Montréal pour le compte de corps policiers de l'extérieur.