5 octobre 2008

Pour éviter de flamber une fortune

Autour des foyers et des cheminées, dans ce qui devrait être un vide de sécurité, Claude Oliver, ingénieur à l'Association des professionnels du chauffage, trouve des tubes de pâte à calfeutrer, des résidus de lunch, des boîtes de clous... Tous débris et déchets jetés dans le commode interstice par des travailleurs.

« Ne pas trouver de débris de construction, c'est plus l'exception que la norme », lance-t-il.

La semaine dernière encore, Claude Olivier a inspecté le foyer d'une propriété en voie d'acquisition. Verdict : le foyer et la cheminée doivent être remplacés, « même s'ils sont en bon état, parce qu'ils ne sont pas homologués. On parle facilement de 7000 $ de coûts. »

Les acheteurs feront baisser le prix d'achat en conséquence. « Mais s'ils l'avaient appris après la transaction, combien auraient-ils obtenu en Cour ? Peut-être 1000 $. »

En effet, plusieurs acheteurs apprennent trop tard quel est l'état réel du foyer. Ils ont fait inspecter la maison, mais la plupart du temps, les inspecteurs ne se prononcent pas sur l'âtre et la cheminée. Or, l'acheteur n'apprendra cette exclusion qu'en lisant leur rapport. Dans la précipitation qui entoure la transaction, il n'aura pas le temps de faire appel à un spécialiste. Si l'installation du foyer n'est pas conforme aux normes, il le saura trop tard. « Les coûts pour faire les réparations peuvent monter assez rapidement, énonce Claude Olivier. Et quand le dossier se retrouve en Cour, dans la majorité des cas, les gens ne peuvent récupérer la totalité de ce que les réparations vont leur coûter, parce que la plupart des juges vont appliquer une dépréciation basée sur la durée de vie utile des appareils. » Pour des travaux de 10 000$ sur un foyer de 20 ans qui a atteint 80 % de sa vie utile, donne-t-il en exemple, l'acheteur pourrait ne récupérer que 2000$. Les foyers préfabriqués installés au moment de la construction du bâtiment causent moins de problèmes ? Détrompez-vous. « Là où on rencontre le plus de problèmes avec les foyers préfabriqués, c'est quand l'installation a été faite pendant la construction du bâtiment », poursuit l'expert.

Dans les constructions neuves, les foyers et cheminées sont installés par des spécialistes très tôt dans l'érection du bâtiment. L'installation est alors généralement conforme aux normes. Mais les ouvriers qui finissent l'aménagement - menuisiers, électriciens - ne connaissent pas nécessairement les exigences de sécurité. «Ce sont eux qui rendent les installations non conformes et dangereuses, soutient Claude Olivier. Il est fréquent de voir des fils électriques en contact avec les cheminées. »

Vous achetez un condo doté d'un foyer ? Redoublez de prudence, recommande-t-il. « Il faut s'assurer que l'installation est conforme, particulièrement le cloisonnement au feu des cheminées. Les gens se retrouvent avec des lettres du service d'incendie qui exigent que les installations soient corrigées. Et on commence à voir les compagnies d'assurance prendre les devants parce qu'elles sont de plus en plus conscientes de ces problèmes. »

Il a vu des constructions aussi récentes que 2003 ou 2004 qui dérogeaient aux normes. Au début 2008, la Régie du bâtiment a d'ailleurs envoyé aux entrepreneurs concernés un bulletin qui rappelait l'importance de ces normes souvent négligées.

Quand il fait une inspection, même sur des maisons neuves, Claude Olivier pratique des ouvertures dans les murs. « Si je n'ai pas l'autorisation de faire des trous, je n'y vais pas. Il n'y a pas d'autres façons de vérifier. »

Il souhaiterait que soit partout appliquée la réglementation en vigueur à Longueuil : lors de l'installation de foyers et cheminées dans une maison neuve, des trappes d'accès doivent être ménagées pour l'inspection.


À consulter

• La Foire aux questions sur le site deL'Ordre des arpenteurs-géomètres du Québec
Les rapports de voisinage< sur le site du ministère de la Justice du Québec