À fond dans le sport
extraits d'entrevues réalisées par Mathieu Laberge
(les origines de ce projet)

Lutte antidopage : un peu d’organisation dans les prélèvements s.v.p.

Être un athlète de haut niveau, c’est l’être 24 heures sur 24, même si la saison de compétition est terminée. En plus de passer des tests antidopage après des compétitions présentées en sol canadien, le CCES (Centre canadien pour l’éthique dans le sport) procède également à des tests inopinés. Cela signifie que les agents de l’organisme peuvent se pointer chez les athlètes, à leur lieu d’entraînement ou de travail, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et exiger qu’ils fournissent un échantillon d’urine pour un contrôle antidopage.

Afin de mieux retracer les athlètes pour les contrôler de façon inopinée, ceux-ci doivent fournir au CCES un journal de bord, également connu sous le nom de Programme de localisation des athlètes. Le journal de bord doit contenir plusieurs informations comme les horaires et lieux d’entraînement et de camps d’entraînement, les horaires des déplacements prévus et le calendrier des compétitions. Les athlètes doivent fournir ces informations détaillées au CCES tous les trois mois et les informer à la moindre modification afin d’assurer la mise à jour la plus exacte possible.

(...)

Émilie Mondor partage son opinion à propos du travail des autorités de lutte au dopage.

« L’AMA (Agence mondiale antidopage) nous contrôle totalement, mais ils ne l’ont pas l’affaire. Moi, je me fais tester par le CCES très régulièrement et c’est très, très fatigant. Sauf que j’y crois. Mais ce qui est très malheureux, c’est qu’ils ne font pas de tests sanguins (Ndlr : en 2005, au moment de l’entrevue,) donc finalement, les tests super dérangeants qu’ils me font à longueur d’année, ne peuvent pratiquement pas attraper un athlète de ma discipline.

Pour détecter l’EPO par exemple?

C’est ça. Je leur dis : « Pouvez-vous me faire un test sanguin? » Moi, je veux le faire, car je sais que je suis propre. Je veux que vous me le fassiez et que vous le fassiez aux autres. Mais dans ce temps-là, ils me répondent : « ça coûte trop cher et il faudrait une infirmière ». Ils me disent des conneries de ce genre, alors c’est pourquoi ils ne le font pas ce test en ce moment. Le test sanguin n’est pas fait de manière inopinée. À la fin, je leur dis qu’on vient de perdre trois heures de notre temps et qu’on vient de perdre beaucoup d’argent aussi. Le test d’urine coûte très cher et il ne servira à rien.

Les gens du CCES peuvent se pointer pour un test n’importe quand, n’importe où?

J’ai reçu trois visites en deux semaines, chez moi, en Colombie-Britannique, avant les Jeux olympiques de 2004. Trois fois en deux semaines, dont deux en l’espace de douze heures. Une niaiserie ultime! Ils chialent qu’ils n’ont pas d’argent, mais ils font deux tests en douze heures parce qu’ils étaient mal organisés. Une personne venait de l’IAAF (Fédération internationale d’athlétisme), donc de l’AMA et l’autre venait du CCES. C’est une perte d’argent, mais c’est ça qui arrive. Et après ils disent qu’il n’y a pas d’argent pour trouver les tricheurs. Mais tout ça, c’est une question de bureaucratie dans ces organisations. S’ils laissaient faire les tests d’urine qui ne servent à rien dans les sports d’endurance et qu’ils les remplaçaient par des tests sanguins, ça serait plus utile. Mais non. Quand ils se présentent, tu n’as pas le choix de leur dire oui. J’ai failli manquer mon avion une fois. Je suis tout le temps déshydratée et ça me prend à peu près trois heures pour faire un test d’urine. J’avais un vol et je n’avais aucun droit de refuser. Si j’avais refusé, c’est comme si j’étais droguée.

Et tu dois avoir un carnet de bord et indiquer où tu te trouves, à telle heure et tout ça?

Oui. Maintenant on doit remplir tous les trois mois un calendrier pour indiquer où l’on se trouve, qu’est-ce qu’on fait tous les jours. Dès qu’il y a un changement, ne serait-ce qu’une compétition, et on sait qu’il peut y en avoir des changements dans la vie d’un athlète. À toutes les fois, il faut renvoyer ton formulaire à l’IAAF, Athlétisme Canada et au CCES.

Tu ne trouves pas que c’est vraiment une incursion dans la vie privée?

Ça en est une, mais j’en ai fait mon deuil. Moi, je suis prête à investir dans ça et je suis prête à être flexible parce que je veux vraiment combattre le dopage. Mais c’est vraiment fatigant et stressant. Et il n’y a absolument rien de fun à faire là-dedans pour un athlète, sauf que moi j’y crois. Je crois à l’antidopage.

Tu crois à l’antidopage, mais en même temps tu dois mettre ta vie personnelle et ta dignité de côté. Tu dois quand même uriner devant quelqu’un, ce qui ne doit pas être la chose la plus agréable

Je considère ça comme faisant partie de mon travail. Quand j’ai décidé d’être athlète amateur, c’était inclus dans le travail. Quelqu’un qui travaille, il a des contraintes. C’est aussi pour ça que je fais beaucoup de conférences dans les écoles. Ça ne me tente pas tout le temps et c’est la même chose pour les entrevues avec les médias, sauf que tout ça, ça fait partie de mon travail d’athlète. J’ai décidé d’être une athlète, alors il y a des pour et des contre. C’est un package deal. Tu ne peux pas seulement prendre les bons côtés. C’est malheureux, parce que ce n’est pas tout le monde qui voit ça comme ça. C’est une des raisons pourquoi la culture du sport au niveau canadien n’est pas forte. »

Clara Hughes va dans le même sens qu’Émilie Mondor. Selon elle, les tests antidopage font partie du travail des athlètes.

« Oui, tu dois t’asseoir avec ton chandail remonté et tes pantalons descendus aux chevilles et il faut que tu urines devant quelqu’un. Ça fait 17 ans que je fais ça. En fait, je me sens plus désolée pour la personne qui doit regarder. Rendue à ce niveau, je n’ai plus vraiment de droits. Ça fait partie du métier et les gens qui se plaignent disant que ça ne respecte pas leurs droits et ci et ça, arrêtez-moi ça! (give me a break). Ça fait partie du métier, tu le sais et gère tout ça. C’est nécessaire. »

(...)

La patineuse de vitesse souligne qu’elle apprécierait toutefois une meilleure coordination de la part des différentes autorités au moment des tests inopinés afin de ne pas nuire à l’entraînement des athlètes.

« C’est une bureaucratie et ils ont des problèmes qui existent comme dans toutes les bureaucraties. Je sais que lorsque j’ai eu de la difficulté à remplir mes formulaires, ç’a été un cauchemar d’obtenir des réponses. Du moment où j’ai un problème à essayer de faire la bonne chose pour m’assurer de pouvoir répondre de mes actes, il n’y a pas de réponse claire qui arrive immédiatement. Ils s’attendent à ce que nous soyons accommodants, mais, de leur côté, ils ne le sont pas. Il y a un gros problème et je leur en ai fait part. Il y a quatre semaines, je me suis fait tester deux fois en quatre jours.

Les deux fois par le CCES?

Oui. La première fois, ils sont venus 20 minutes avant mon entraînement. Tu ne peux pas faire ça! Tu ne peux pas arriver avant ma séance d’entraînement. Il y a dix personnes qui comptent sur moi à cet entraînement. « Non, tu dois le faire, car nous sommes ici. » Ils se sont trompés dans l’heure à laquelle ils devaient arriver. Ils ont donc affecté mon entraînement. C’est agaçant. Selon leurs règles, ils ne sont pas supposés faire ça, mais je n’avais pas le choix de répondre à leur demande.

Parce que si tu refuses de passer le test, c’est comme si tu avais obtenu un résultat positif.

Exactement! Chaque organisation peut travailler à être plus efficace, mais je ne sais pas si elles font plus de tests. Je ne sais pas si elles font des recherches. Je ne sais rien là-dessus, alors je ne peux pas vraiment répondre. Je ne sais pas vraiment quel est leur mandat.

Ce n’est pas clair pour vous les athlètes?

Ce qui est clair, c’est qu’ils veulent essayer d’attraper ceux qui trichent. Pour y arriver, font-ils quelque chose d’autre que de tester? Je ne le sais pas. Je ne peux pas répondre à cette question.

à venir demain, 10 décembre : « Une aide qui se fait attendre »
8 décembre : Dopage sport olympique vs. sport professionnel : deux poids, deux mesures
7 décembre : Dopage des riches, dopage des pauvres
4 décembre : Jongler entre le sport et les études
3 décembre : Clara Hughes, repartir à zéro
2 décembre : Le mythe « sport de haut niveau = santé »
1er décembre : L´argent : problème et solution

veloptimum.net a le plaisir de vous présenter en exclusivité
des extraits d´un ouvrage en préparation écrit par Mathieu Laberge,
que les amateurs de vélo et de ski de fond connaissent bien pour avoir lu
des centaines de fois dans nos pages les nouvelles de vélo,
de ski de fond et de biathlon qu´il a écrites pour Sportcom.

Guy Maguire
webmestre

Les photos du haut de page sont de Bernard Brault du quotidien la Presse pour Clara Hughes et Émilie Mondor et de Rob Jones de The Canadian Cyclist pour Dominique Perras.


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