À fond dans le sport
extraits d'entrevues réalisées par Mathieu Laberge
(les origines de ce projet)

Dopage sport olympique vs. sport professionnel : deux poids, deux mesures

Extrait d’entrevue avec Émilie Mondor :

Quand vient le temps de négocier un commanditaire ou que tu as besoin d’argent pour faire ton sport, comment expliques-tu la réalité de ton sport aux gens? Eux, ils vont dire « tu n’es que septième dans une étape de la Golden League » (équivalent d’un Coupe du monde)?

« Je n’essaie même pas de l’expliquer. C’est tabou et il ne faut pas parler de ces choses-là. En Amérique du Nord, on vend ça la malpropreté au niveau du sport. Le public aime mieux voir un sprinter courir le 100m en 9.80s ou voir Mark McGwire faire 150 circuits, même si tout le monde sait qu’il est sur les stéroïdes. On essaie de ne pas les voir ces choses-là parce que, je pense que le sport est devenu un peu comme les films. Ça fait rêver les gens de voir des choses inaccessibles dans un certain sens. Si on faisait un sondage pour savoir si on croit que le baseball professionnel est propre, on aurait une réponse que ce sport est reconnu comme n’étant pas propre. Finalement, ça ne dérange pas monsieur et madame tout le monde, donc, c’est très difficile de parler de ces affaires-là et à la fin, ça revient tout le temps que tu ne fais que passer pour celui ou celle qui se plaint. Je n’ai pas le goût d’embarquer là-dedans. Tant que tu n’as pas de preuves, tu ne peux rien dire, alors je ne m’avancerai pas là-dedans. J’aime mieux ne pas en parler parce que oui, c’est vrai aussi, mon sport se vend avec des mégas stars qui font des choses extrêmement irréelles. Mon sport se vend avec ça et si tout ça s’effondre, mon sport va s’effondrer aussi. De toute façon, je ne crois pas que c’est mon métier et que c’est ma place pour faire ça. On devrait avoir les associations antidopage qui devraient en faire plus, mais ce n’est pas à moi de faire ça. Je fais ce que je peux avec les moyens que j’ai. Je ne suis pas dans ce milieu-là et ce n’est pas mon mandat de critiquer ces choses-là, car à la fin, c’est moi que ça va pénaliser de toute façon. »

Dans quel sens? Dans le même que les cyclistes qui ont décidé de parler?

« Oui. Il y a une expression que je trouve très bonne et c’est : « La drogue dans le sport, dès que tu t’en approches, du bon ou du mauvais côté, tu te fais salir par ça. » J’aime mieux ne pas me mettre près de cet environnement. Je reste dans ma bulle et à la fin, s’il y a des commanditaires qui me laissent tomber pour des choses comme ça et si je fais moins d’argent que d’autres athlètes, tant pis… Il n’y a pas que l’argent dans la vie. Moi, je sais que je suis propre et que ce que j’ai fait, je l’ai fait avec mon corps et à la fin de ma carrière je serai fière de ce que j’aurai accompli. Je serai peut-être la seule qui le sera, mais je m’en fous finalement. »

Dans son exemple, Émilie Mondor parle du joueur de baseball Mark McGwire. En 1998, McGwire a établi le record du plus grand nombre de coups de circuits dans une saison (70). À l’époque, les amateurs de baseball se sont passionnés à savoir si le joueur de premier but allait ou non briser la précédente marque de 61 qui appartenait à Roger Maris. En 2001, Barry Bonds a haussé la marque à 73 coups de circuit en une saison.

En 1998, Steve Wilstein, journaliste à l’Associated Press, révélait que McGwire prenait de l’androsténédione, un précurseur de la testostérone. Ce produit figurait sur la liste des substances interdites de l’Agence mondiale antidopage et d’autres circuits de sports professionnels, mais pas sur celle des Ligues majeures de baseball. En sachant cette information, force est de constater que le traitement réservé au cogneur des Cardinals de Saint-Louis n’a pas été le même qu’un athlète qui viendrait d’échouer un test antidopage en compétition internationale d’un sport olympique.

Les associations de joueurs des différents circuits sportifs professionnels nord-américains montrent toujours des réticences à ce que leurs membres soient testés de la même façon que les athlètes qui sont soumis aux règles de l’Agence mondiale antidopage. Au printemps 2009, on apprenait que l’association des joueurs de la Ligue nationale de hockey était contre l’idée que ses membres passent des tests antidopage pendant les séries éliminatoires et la saison estivale. Pourtant, s’il y des moments où les joueurs qui veulent prendre des substances interdites vont se commettre, c’est bien pendant ces périodes.

(…)

Malgré des règles antidopage beaucoup plus strictes qu’au hockey, le cyclisme traîne toujours cette réputation de « sport de dopés ». Dominique Perras explique pourquoi les cas de dopage sont traités de différentes façons dans les sports professionnels et les sports dits « amateurs ».

« Au hockey (ndlr : du moins, en 2004, année où cette entrevue a été réalisée), il n’y a aucun contrôle antidopage. Le vélo est professionnel en Europe et c’est quand même aussi gros, sinon plus gros que la Ligue nationale de hockey. Le Tour de France est plus gros que le hockey. (…). Dans le vélo, c’est vrai qu’il y a un problème dans le vélo, je ne le nie pas. Mais nous sommes quand même victimes du fait qu’il est le sport qui teste le plus les athlètes. Il y a 10 000 tests par année, tu pinces 30 gars et ça fait les manchettes à toutes les fois. Forcément, si tu fais 10 000 tests, tu vas en attraper plus de gens que s’il n’y en a pas comme dans la Ligue nationale de hockey. Et c’est dommage qu’on soit victimes. En tout cas, je trouve ça plate pour notre sport. Pourquoi c’est différent? Je ne sais pas. Peut-être parce qu’ici les médias ont tellement besoin du hockey pour vivre qu’ils ne veulent pas cracher dans la soupe? Peut-être. Le pire, c’est que si tu faisais un sondage et que tu demandais aux gens s’ils pensent que les joueurs de football prennent des produits pour être aussi gros que ça. Même monsieur ou madame tout le monde sur la rue Sainte-Catherine, je pense que 50% va dire oui. Mais ils s’en foutent.

Pourquoi?

Je ne sais pas. C’est bizarre hein? Quoi que dans le vélo, il y a quand même de plus grosse foules qu’il y en avait en 1998 le Tour de l’année du scandale du dopage (affaire Festina). Les foules augmentent, les cotes d’écoute augmentent, les commanditaires… »

(…)

Pour sa part, Richard Dober fait une différence entre les effets bénéfiques du dopage dans des sports où les habiletés techniques prennent une grande place en comparaison à la condition physique des athlètes.

« Si tu prends de la dope au hockey, est-ce que ça va te faire mieux patiner, te donner de meilleurs poignets pour marquer des buts? Ce sont des sports vraiment techniques. Au baseball, ok, tu as plus de puissance au bâton. Barry Bonds, Mark McGwire… je pense qu’on dirait que c’est vrai que c’est plus accepté dans le monde du sport professionnel.

Pourquoi? Parce que c’est un métier?

C’est ça (silence). On dirait que le fait d’être tricheur dans le monde professionnel, c’est plus accepté que dans le monde amateur. Je dirais que c’est pour l’enjeu de l’argent, sûrement… mais ça serait la même affaire dans le monde du sport amateur.

De la gloire, il y en a partout, non?

Exactement. Je te dirais que ça va être moins poussé parce que c’est aussi une question d’argent. Le monde qui a de l’argent a du pouvoir. Les gens veulent des héros et ils se disent " s’il est dopé, ce n’est pas grave. On veut des chronos, que ça continue à s’améliorer, que les records soient battus. " »

Selon le kayakiste, les effets bénéfiques du dopage sur la performance sont variables selon le sport.

« (En kayak), ce n’est pas comme en aviron ou en vélo. Eux, ils ont des transferts d’énergie directs. Tu pèses sur la pédale, le vélo avance. Nous autres, tu tires sur la rame et elle n’est pas attachée au bateau. Il y a tout un aspect technique. En kayak par exemple, c’est 50% technique et 50% forme physique. Si tu regardes le vélo, c’est 95% forme et 5% technique.

à venir demain : « La cueillette des prélèvements: un peu d´organisation s.v.p. »
7 décembre : Dopage des riches, dopage des pauvres
4 décembre : Jongler entre le sport et les études
3 décembre : Clara Hughes, repartir à zéro
2 décembre : Le mythe « sport de haut niveau = santé »
1er décembre : L’argent : problème et solution

veloptimum.net a le plaisir de vous présenter en exclusivité
des extraits d´un ouvrage en préparation écrit par Mathieu Laberge,
que les amateurs de vélo et de ski de fond connaissent bien pour avoir lu
des centaines de fois dans nos pages les nouvelles de vélo,
de ski de fond et de biathlon qu´il a écrites pour Sportcom.

Guy Maguire
webmestre

Les photos du haut de page sont de Bernard Brault du quotidien la Presse pour Clara Hughes et Émilie Mondor et de Rob Jones de The Canadian Cyclist pour Dominique Perras.


Page mise en ligne par SVP

veloptimum.net