À fond dans le sport
extraits d'entrevues réalisées par Mathieu Laberge
(les origines de ce projet)

Clara Hughes, repartir à zéro

Lorsqu’elle a quitté le cyclisme pour revenir au patinage de vitesse au début des années 2000, Clara Hughes a dû faire table rase dans sa carrière d’athlète, même si elle avait déjà une grande expérience sportive.

« En revenant au patinage dix ans plus tard, je n’étais pas désespérée. En arrivant à Calgary pour m’entraîner, j’ai dû payer pour louer du temps de glace, avoir les services d’un entraîneur et me loger. J’ai commencé au bas de l’échelle. Je ne voulais pas de passe-droit et je voulais mériter ma place dans l’équipe.

C’était important pour toi?

Oh oui! J’ai entendu des histoires à propos de d’autres athlètes qui se disaient « j’étais bon dans un sport, alors je mérite un meilleur traitement. » Pour moi, c’était clair dès le départ : je ne voulais rien de personne. J’ai acheté mes patins, 1300$, et je savais ce qu’il fallait pour être la meilleure. En arrivant ici, je n’étais pas satisfaite du travail de mon entraîneur et je l’ai changé une semaine plus tard pour l’entraîneure avec laquelle je suis encore aujourd’hui. Je savais ce que je cherchais et je me souviens d’avoir été avec un entraîneur et de me dire : « je paye pour ça? C’est ridicule! Je ne vais pas payer pour ça. Ce n’est pas assez bon. Je dois exiger ce qu’il y a de meilleur, surtout si c’est moi qui paye. » Combien de temps est-ce que ç’a m’a pris pour me classer dans l’équipe nationale? Ç’a m’a pris sept semaines à partir du moment où je suis arrivée sur la glace. J’ai fait l’équipe nationale qui allait participer aux Coupes du monde et celle des Championnats du monde deux mois et demi plus tard.

Tu es chanceuse, parce qu’à Calgary il y a une bonne collaboration entre le centre national d’entraînement et le département de kinésiologie de l’université. Il y a beaucoup de recherches qui sont en cours et est-ce qu’on vous informe des résultats qui pourraient vous intéresser ou bien c’est plus la tâche des entraîneurs?

Oui, c’est plus le travail des entraîneurs. Il y a beaucoup de collaboration, mais les choses peuvent toujours être améliorées. Nous sommes quand même chanceux : tous nos tests sont faits à l’université et j’ai la possibilité de faire des tests que je n’ai jamais faits lorsque j’étais une cycliste de haut niveau. J’ai un SRM sur mon vélo (Ndlr : un appareil qui permet de mesurer la puissance en wattage développée par le cycliste) qui m’est offert par Patinage de vitesse Canada. Je fais des entraînements en hyperoxy sur un vélo stationnaire à l’université. J’ai toutes ces ressources disponibles que j’aurais bien aimé avoir lorsque j’étais cycliste. Mais si nous avons tout cela, c’est parce que le Canada gagne beaucoup de médailles en patinage de vitesse et que les prochains Jeux olympiques d’hiver seront présentés au Canada. Beaucoup d’argent a été investi. Les ressources pourraient être mieux utilisées, sauf que nous en avons beaucoup plus que bien des sports.

C’est donc un très bon moment pour être un athlète en sport d’hiver au Canada?

Oui. C’est un très bon moment d’être parmi les meilleurs au monde dans un sport d’hiver, c’est certain.

Tu as donc vécu une période où tu n’avais pas de ressources et une autre où tu en as?

Oui, sauf que lorsque je n’en avais pas, je me débrouillais. Je ne me disais pas : « je n’ai pas ci ou pas ça. » J’ai mis de l’argent de ma poche pour améliorer ma situation. J’ai payé mes entraîneurs pour qu’ils puissent venir à mes compétitions avec moi. J’ai dépensé de l’argent pour créer la meilleure situation professionnelle possible. Et plusieurs athlètes n’ont pas prêts à faire ça. Ils vont rester assis et se plaindre à propos de tout, sauf qu’ils vont conduire une voiture qui vaut 50 000 $. Je n’ai pas de sympathie pour cela. Investis dans toi-même (Put your money where your mouth is.) Si ça n’arrive pas à toi, arrange-toi pour que ça arrive. Je vois plusieurs athlètes qui ne font rien et qui se plaignent, alors je dis : « voyons, quel type de voiture conduis-tu ? » Ça, c’est le vrai test à savoir s’ils vivent ou non sous le seuil de la pauvreté. Quel type de voiture conduis-tu? (rires). Et j’en ai vu de belles voitures et de belles maisons, des immeubles à revenus chez les athlètes. Et ils se plaignent à propos de ce que l’équipe nationale ne leur donne pas? J’ai été dans cette situation et j’ai payé mes spécialistes afin qu’ils voyagent avec moi. J’ai payé mon équipement, des recherches et tout ça. Et c’est probablement une des raisons pour lesquelles je suis devenue bonne. C’est parce que j’ai fait en sorte que cela se produise.

(...)

Demain : Jongler entre le sport et les études
mercredi : Le mythe « sport de haut niveau = santé »
mardi : L’argent : problème et solution

veloptimum.net a le plaisir de vous présenter en exclusivité
des extraits d´un ouvrage en préparation écrit par Mathieu Laberge,
que les amateurs de vélo et de ski de fond connaissent bien pour avoir lu
des centaines de fois dans nos pages les nouvelles de vélo,
de ski de fond et de biathlon qu´il a écrites pour Sportcom.

Guy Maguire
webmestre

Les photos du haut de page sont de Bernard Brault du quotidien la Presse pour Clara Hughes et Émilie Mondor et de Rob Jones de The Canadian Cyclist pour Dominique Perras.


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